LE REPOS DU CYGNE -Le Poète de Ndayane – Extrait – 2001

(A Alioune B. COULIBALI Pdt du Cercle des poètes de St Louis)

Sous le ciel indigo, par la source azurée
Une blancheur de cygne aux courbes veloutées
– Gerbe de jasmins dérivant –
S’en va.
Caresses belles glissant sur le bleu de l’onde
N’êtes – vous point la bise de manne venue
Dormir ce soir, paisible à la Sainte Prairie ?
Trois roses sur rive s’inclinent
Leurs âmes bercées par le doux chant des sirènes.
Ému, j’ai demandé tout bas au Vent – Du – Sud
De la fresque sublime la valeur profonde.
Et résonne limpide la voix des Esprits !
Depuis lors j’ai compris ce que je n’ai su dire
Sous un ciel indigo, la blancheur d’un cygne ;
Sa caresse glissant sur l’onde qui s’endort.
Mais j’ai surtout compris par le salut des roses
Dans l’immense Prairie, le repos du beau cygne :
Au royaume des Elus,
Léopold Sedar SENGHOR
S’en est allé !

Entretien avec Kama Sywor Kamanda, dramaturge, écrivain, conteur et poète Congolais

 

Bonjour Kama Sywor Kamanda. Je suis Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet entretien. J’en suis honorée. À la question « qui êtes-vous », que avec Aimé Césairerépondrez-vous ?

 Kamanda – Je suis écrivain, poète, dramaturge et essayiste Congolais. A.D. Pas seulement. Vous êtes conteur aussi

A.D. Vous parlez de vous en tant que Congolais d’origine Égyptienne. Je crois deviner pourquoi.41txBDCuDyL._SX195_ Cependant, je souhaite que vous nous en parliez

 Kamanda – Je suis né Congolais avec des grands parents Égyptiens déportés au Congo en tout début de l’occupation du pays par les Belges. Ils avaient le statut des colons indépendants de 280413_270482819760974_834406419_ol’administration coloniale Belge ! Mon père avait d’immenses plantations et faisait travailler des milliers de familles.

A.D. J’étais loin d’imaginer cela. Je pensais à Cheikh Anta Diop et de sa théorie sur l’origine négroïde des pharaons d’Égypte

A.D. Pouvez-vous nous parler de votre enfance, de vos études ?

Kamanda – J’ai eu une enfance et une jeunesse très solitaire. Je ne me connais pas d’amis51Q9GD4H65L._UY250_ d’enfance. J’ai beaucoup étudié et beaucoup lu. J’ai été dans le journalisme, la philosophie, les sciences politiques et le droit. En vérité, je n’avais besoin d’étudier que pour satisfaire mon indépendance intellectuelle et élargir mes compétences. Mon 51AX4Z6YXDL._SX195_chemin était déjà tracé: l’écriture.

A.D. Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? Kamanda – J’ai découvert l’écriture très jeune ! A.D. Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ? Kamanda – Dès l’âge de 12 ans. Mes premiers poèmes et mes51w6a+558GL._UY250_ premiers contes datent de cette époque. A.D. Qu’a pensé votre famille de votre désir d’écrire ? Kamanda – Je ne l’avais jamais exprimé ! Pour les miens, les écrits et les études se confondaient. A.D. Vous avez édité des poèmes que vous aviez écrit à douze ans. Vous les aviez toujours gardé en mémoire ? Kamanda – Je les ai toujours, mais jamais je n’ai voulu les éditer. 2738455476rA.D. Je pensais qu’ils faisaient partie de ceux que vous aviez édités.

A.D. De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?  Kamanda – Quand vous lisez mes romans, c’est mon imaginaire propre et mon style qui viennent immédiatement ! J’ai toujours voulu être original dans mon inspiration et dans mon style littéraire.

A.D. Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En 9782343075228rétiez-vous satisfait ?  Kamanda – Trois ans! Un peu!

A.D. Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?  Kamanda – Très bien.

A.D. Vous écrivez aussi bien des contes, des romans, que des pièces de théâtre ou de la poésie. Est-ce facile de passer de l’un ramses-ii-drame-historique-de-kama-sywor-kamandaà l’autre ou avez-vous une technique, une méthode ?

Kamanda – Je n’ai pas de méthodologie particulière quand j’écris. Je suis mon idée originelle jusqu’au bout et je l’enrichis avec mes observations du monde et de la vie!

A.D. Depuis, en aviez-vous écrit d’autres ? comment vous002500116 sentez-vous à chaque publication ?

Kamanda – Les CONTES DE KAMANDA est une œuvre complète de 1786 pages. C’est l’une de mes plus belles réalisations ! Un écrivain, c’est une OEUVRE ! À sa sortie ,j’étais soulagé! Je venais d’accomplir un rêve d’enfant! 9782919613137A.D. Je vous comprends. C’est l’aboutissement d’une belle carrière. 

A.D. Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ? Kamanda – Oui ! Par la lecture!

A.D. Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement ?

Kamanda – Tout! C’est ma contribution à l’évolution du monde des idées, du savoir et de l’imaginaire. C’est aussi un engagement pour améliorer si possible les conditions de2738475760r l’homme !

A.D. Vous intervenez dans le monde entier. Vous parlez et écrivez le japonais. Ce qui est un art très rare. Avez-vous envisagé de réécrire vos contes ou vos poèmes dans cette 978-3-639-65428-8-frontlangue. Je dis bien réécrire et non traduire. Pourquoi ?

Kamanda – Je ne me crois pas doué pour réécrire mon œuvre ! Chaque livre symbolise une étape de vie .J’ai écris 70% de mes livres au Japon. C’est le pays qui m’a beaucoup donné ! J’espère voir les Japonais lire tous mes livres en Japonais, mais traduits par de très bons traducteurs Japonais.

A.D. En fait, je pensais que vous écriviez en japonais et qu’il vous était possible de traduire personnellement vos livres, malgré la difficulté de cette langue.

A.D. Quels sont vos futurs projets ?11160658_975969965755626_8758022158899565722_n-2

Kamanda – Après mes contes complets, ma poésie complète, je voudrais finir mon théâtre complet. Le reste de ma vie sera consacré aux justes causes, à l’écriture romanesque et aux essais sur l’Afrique perdue entre les rêves et les réalités.

A.D. De beaux projets en perspective.

002500123A.D. Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?

Kamanda – Tout jeune auteur doit croire en ses dons et se méfier de l’arrogance ! Il doit se considérer comme un artisan !

A.D. Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?

Kamanda – En faire une tribune d’idée neuve, un lieu de mémoire littéraire avec plus des images d’archives sur les écrivains, éviter de vous laisser manipuler par ceux qui se disent faiseurs de légendes, de héros et de dignitaires Noirs.9782708707153FS

A.D. C’est mon rêve le plus cher. Et quand je reçois des bonnes 2747525864rcritiques de personnes en Corée, aux Etats-Unis ou d’ailleurs, qui sont heureux de découvrir la Littérature Africaine, cela me donne envie de faire plus et mieux. Pour les images, Je suis en train d’y travailler car beaucoup d’écrivains me le demandent. 

A.D. Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Kamanda – Je suis fier de vous et reconnaissant. Parler des écrivains sans préjugés ni volonté d’exclure est un immense courage et un honorable engagement.

A.D. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.  

A TOI MA – Badou Sène, le Poète de Ndayane

(2002. Second anniversaire de maman au royaume des ombres)

Hier en songe, j’ai souvenance,
Caressant sa pierre tombale,
Avoir murmuré à ma mère :
Ma, j’ai confié à l’ange ton salam matinal
Je n’ai voulu ce faisant, manquer de prestance
Je lui disais bien : «Tu sais, j’adore ma mère
Qui plus encore me chérit
Le jour pour moi, aux flancs de ma mère
Est comme un songe qui ne tarit
L’un pour l’autre si souvent
Nous demandions à Dieu le bonheur éternel
Aux petits bouquets de jasmins si bels
Que de temps en temps je lui tendais
Elle m’arrachait du sol me contemplant dans le vent
Sa bise tendre au beau soleil d’or, explosait
Sur mes joues roses bronzées »
Maman, tu es le plus beau des poèmes
Que le poète n’étale sur son parchemin
Ton nom plante le Baobab de la joie, sème
Les pollens de l’amour dans le cœur de l’humanité.
Tu es, maman, la poésie vivante
Qui se vit quant on ne sait avec art la déclamer.
Et l’ange a souri comme tu viens de sourire !
Je savais qu’il t’apporterait
Le souffle nostalgique
De ton petit garçon

Maisons hantées – Kama Sywor KAMANDA In Éclipse d’étoiles

Maintenant, nous avons nos doutes pour pleurer.
Quand les identités et les années
Se perdent dans le sable,
Nos villes moroses
Se parfument de roses
Déposées sur les tombes.
Nos maisons hantées
Par de longues solitudes
S’ouvrent aux vagues de l’amour,
Aussi abondantes qu’une mer des adieux.
Les offrandes amères
Peuplent les sphères de nos ambitions.
Nous cherchons nos racines
Comme d’autres des vérités cachées.

 

Fadhila Chebbi – Poétesse libre & arabophone Tunisienne – 1946

Fadila chebiFadhila Chebbi est née le 24 janvier 1946 à Tozeur (Tunisie). En 1971, elle est diplômée en langue et littérature arabe. Langue qu’elle enseignera durant trente ans à l’université de Tunis. C’est aussi à cette période qu’elle fonde le mouvement littéraire « Poésie autre que géométrique et libre » avec Tahar Hammami et Habib Zannad (poètes Tunisiens). Elle en est le seul membre féminin. A partir de 1988, elle se consacre totalement à l’écriture. Elle est conférencière littéraire à travers le Monde Arabe et l’Europe.

Fadhila Chebbi écrit en arabe littéraire et en arabe Tunisien. Certains de ses écrits sontsans-titre traduits dans différentes langues, mais plus souvent en français et en anglais. Elle écrit aussi bien des romans, des contes, de nouvelles que des poésies. Elle est titulaire de fadhila-chebbi-livre1nombreux prix littéraires: le Prix Wallada de poésie en 1984 pour « des nuits aux lourdes cloches » [Allayali dhat el ajrass athaqi la] qu’elle ne peut recevoir faute de pouvoir se déplacer, le Prix Zoubeïda Bchir  pour la création littéraire en langue Arabe en 1998 pour « Miya Nesbiyya » et en 2009 pour « Bourouk el mata« , le Prix de la foire du livre en 2002 pour « Hayyi sayyad el achi’aa« . Sous le gouvernement Ben Ali, elle a connu la censure car dans un de ses écrits elle a fait allusion à un général qui, par erreur, afadhila-chebbil-livre2-209x300 fait castrer toute son armée.

Fadhila Chebbi aborde différents sujets. Dans El Ofôan, 1999, (le python) elle aborde la mythologie. En 2011, elle rend hommage à Mohamed Bouazizi (marchand ambulant qui s’immola par le feu, en 2010, et fut à l’origine de la révolution qui évinça le président Ben Ali du pouvoir) et décrit la révolution dans un recueil poétique « l’épopée« . Dans « Foyer du vent » [Manzilaa arrih], elle évoque la liberté et la justice. En 2013, elle édite la totalité de ses sans-titreoeuvres en cinq tomes.

Son premier recueil de poésie, « Parfum de terre et de colère » [Kawa ib al ardb wa l ghadbab], paraît en 1973. Puis, « Tigelle« [chamârîk] et les jardins géométriques en 1991. Un recueil de poésie, Assou’al fajroun youssafer paraît en 2008 dans lequel se trouve le poète, le monde et la rose. Son roman « arpenteur des heures absentes » [Tasalluq al sâ ât al-ghâ’iba] paraît en 2000, puis, un recueil de nouvelles Anissat ez-zaman el mouareb en 2009 et, enfin, en 2003 sort Taffattouq el hijara.

Mbaam dictateur – Cheikh Aliou Ndao – 1997

Quatrième de couverture

L’histoire se déroule dans un pays d’Afrique ou d’ailleurs. Mbaam dictateur y règne, vit, gouverne. Las déployer sous la férule et les caprices du tyran, le peuple se tourne vers le pouvoir occulte des ancêtres. Un devin maître de l’invisible l’aide à se débarrasser de Mbaam dictateur sans verser de sang. Exclu du monde des humains, le tyran est précipité dans l’univers des bêtes. Grâce au devin, voici Mbaam Dictateur devenu un mort vivant. Présent et absent. Condamné à se mouvoir dans l’énigme jusqu’à la fin des temps. Où commence l’âne et où finit le dictateur, se demande t-il?

L’auteur

cheikh-aliou-ndaoSidi Ahmed Aliou Cheikh Ndao est né le 3 août 1933 à Bignona (Casamance) au Sénégal. Après avoir fait ses études secondaires au Sénégal et en France, il entreprend des études universitaires à Grenoble. Il a été professeur d’anglais. En homme de Lettres, il a écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des poèmes.

Avec ses confrères dont Cheikh Anta Diop, il a, dans les années 1940/1950, posé les bases de l’alphabet ouolof, en se référant aux études de Cheikh Anta Diop: les liens entre l’Egypte pharaonique et le Ouolof. Aussi, dès 1990, Cheikh Aliou Ndao décide d’écrire dans sa langue et milite à cet effet. Il fait les traductions de ses oeuvres en français. Ce qui est le cas de Mbaam Dictateur.

Le Roman

Dans cour familiale, un âne réfléchit et s’étonne car il réfléchit en humain. Il agit enmbaam-dictateur humain et ne mange pas de paille, ni d’herbes. Autour de lui, les gens ne parlent que de la disparition du dictateur. Personne ne sait où il est et nul ne s’en plaint. Au contraire. Mbaam a pitié de cet homme haï de tous. Cet homme dont tout le monde parle n’avait que des tares, des défauts et Mbaam le juge. Sans concession. Puis, vint le déclic. La stupeur. L’indignation. Les souvenirs.

Un jour. Un matin comme les autres. Un dictateur se réveille dans sa luxueuse chambre. Mais, quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va plus. Il se réveille dans la peau d’un animal: un âne (Mbaam). Que se passe t-il? Rêve? Cauchemar? La vie ne sera plus la même. Cet homme adulé par certains, craint par d’autres se trouve en fâcheuse cheikh-aliou-ndaoposture: Il doit quitter le palais sans être vu.

Mbaam dictateur est écrit avec beaucoup d’humour. Un humour que Cheikh Aliou Ndao maîtrise entièrement dans ces écrits. Le lecteur se surprend à rire aux éclats malgré l’histoire tragique de ce dictateur qui ressemble à tous ceux qui ont régné sur le continent. Ces derniers auraient pu partager le sort de cet âne. Au fil des pages, nous entrons dans la vie de cet âne, avant et après la transformation. Les regrets, le repentir lui permettront-ils de recouvrir son apparence humaine? Est-ce trop tard pour l’âne dictateur?

 

Entretien avec Amina Seck, auteure, actrice et scénariste Sénégalaise

Bonjour Amina Seck, Je m’appelle Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet interview
– Merci, le plaisir est pour moi

Pouvez-vous vous présenter auprès de vos lecteurs ?
– Mon nom c’est Amina Seck, je suis auteure, scénariste et actrice à mes heures perdues. Je suis une femme de culture qui aime tout ce qui touche à la création artistique depuis mon plus jeune âge.

Pouvez-vous nous parler de votre enfance, vos études ?
– Je suis née et grandie à Dakar, j’ai passé toute mon enfance au quartier populaire de Fass Delorme à côté des parents très strictes notamment mon père un ancien gendarme reconverti en expert-comptable.  Apres mes études secondaires j’ai fait une formation enarton5023 marketing et communication des entreprises.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
– A travers la musique, enfant je voulais être chanteuse donc après l’école je ne faisais qu’écrire de petits textes de chansons et plus tard j’ai tenu un journal intime pendant des années. L’écriture était devenue ma seule liberté durant toute mon adolescence

À quel moment aviez- vous décidé de devenir écrivain ?
– Depuis que j’ai senti qu’à travers l’écriture je pouvais guérir mes maux, dénoncer une injustice, avoir le pouvoir du OUI et de pouvoir les partager en suite.

Qu’a pensé votre famille de votre rêve?
– Ils savent tous que j’écris depuis toujours

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
imagesJEE7BMQW– « MAUVAISE PENTE » est mon premier roman sorti en novembre 2017 mais le dernier à être écrit. Tout au début de l’écriture de ce roman, je voulais juste parler de la solitude des femmes et mettre l’accent sur la souffrance qu’elles vivent le plus souvent en silence.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfaite ?
– Il m’a fallu quatre mois pour l’écrire. Plutôt fière d’avoir enfin terminé une histoire, ce qui n’est pas encore le cas pour les autres.

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
– Plutôt bien je dirai. Il fait son petit bonbonne de chemin je ne me plains pas.

Depuis, en avez-vous écrit plusieurs ? Comment vous sentez-vous à chaque publication ?
– Je viens de finir un scenario de court métrage. Soulagée

Quels sont vos futurs projets ?
– Un film court métrage que je souhaite faire avant la fin de l’année et inch’ Allah un26648735_1857845037582525_2045121966_n deuxième roman en 2019

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
– C’est possible mais ce n’est pas mon cas.

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
– Qu’ils ont leur place dans ce mon merveilleux de la littérature, à chacun son style, son chemin et sa chance.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog dont voici le lien https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
– Je vous remercie d’abord pour cette belle initiative. Le conseil : étant un blog pour faire la promotion des auteurs, il est donc nécessaire de faire beaucoup plus de communication pour une bonne visibilité.

A.D*. C’est vrai. Cependant, c’est un blog qui a moins d’un an. Je m’y attelle et c’est en cours.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
– Juste dire que je déplore ce manque de communication, de visibilité et d’accompagnement des autorités pour les jeunes auteurs sénégalais.

A.D. J’espère que vous serez entendue

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt
– Je vous remercie pour cette belle occasion de parler de moi et de mon œuvre

A.D. Merci à vous

 

*A.D. Amélie Diack

Amina Seck – auteure Sénégalaise aux multiples casquettes

imagesJEE7BMQWTitulaire d’une licence en Marketing et communication des entreprises, Amina Seck sort son premier roman « Mauvaise Pente » en 2017. Un roman qui est en fait le journal intime de l’héroïne Alimatou Ly. Cette dernière y dévoile toute sa vie. L’occasion pour l’auteure d’aborder des sujets tabous dans la société sénégalaise (la difficulté des mariages religieux mixtes, l’avortement) ainsi que d’autres qui gangrènent la vie sociétale: L’hypocrisie, l’amour, le rejet, la déception, la trahison. Aminata Seck, au travers de son roman, met en lumière la condition des femmes dans son pays.

Cependant, Amina Seck n’est pas seulement auteure. Elle est aussi comédienne, scénariste et réalisatrice. Selon elle, l’écriture est une thérapie qui aide à la guérison. De plus, l’écriture représente pour elle la liberté, la sensation d’exister, de créer un imaginaire.

https://www.goethe.de/ins/sn/fr/m/kul/sup/ceu/21206246.html

 

 

 

JE VOUDRAIS ÊTRE POÈTE (à Amel Lee) – Badou Sène

Sainte Lumière bénie soit ma Prière !
J’adore la dialectique sacrée des ombres
Le muet conjuguant au présent le plus vieux
Et le plus beau des verbes sur la terre : AIMER !
Je voudrais être souffle qui donne vigueur
Et insuffle le charme à l’aile du bel ange.
Je voudrais être âme à la nuit qui féconde
Mystérieux paradoxe où la vie se fait Mort !
Seigneur, fais de moi l’émotion qui terrasse !
La symphonie qui ne meurt, le bonheur naissant
A la croisée généreuse et belle des races !
Ô Seigneur ! Comme je voudrais au point du jour,
Être l’Aube – Solfège qui allège et rythme
La cadence élégante de l’humanité,
Debout avant soleil et déjà sur le front
Essuyant la goutte laborieuse et salée !
Blancheur plurielle sur la rosée des prés,
Les colombes tournoient sous l’indigo du ciel !
Mon cœur ivre crie liberté. Ô liberté !
En mon âme ruisselle la source limpide
Au parfum d’Ilihine. Il me tarde Seigneur
D’être poète pour la quiétude des hommes.
Vois ! Ma Muse chaste de puberté trépigne !
Ah ! Je voudrais être poète !
Sur la voie lumineuse et belle
Qui mène à la source éternelle
Seigneur, je te confie deux vœux :
Une grâce divine ô Miséricordieux
Sur la fertilité de ma Muse compagne
Et sublimé l’élan de mes doigts tout de hargne.
Le Poète de Ndayane. Extrait « Odes Éternelles » – 2012 –

Nimrod – Poète Tchadien – 1959

41X0-gDTGyL._SX210_Nimrod  Bena Djangrang est né le 7 décembre 1959 à Kogom au Tchad. Il fit ses études supérieures en Côte d’Ivoire. Docteur en philosophie, il est aussi romancier, essayiste et poète.et animateur de revue (Aleph, beth, de 1997 à 2000, et Agotem, 2003 à 2005) et éditeur (Le Manteau & la Lyre).. Il a animé quelque temps une chronique de critique littéraire sur le site Web d’Africultures41HK0dMk3bL._SX256_BO1,204,203,200_ intitulée « Phase critique ». Il enseigne la philosophie en France.

Nimrod a reçu entre autres le Prix de la Vocation (1989 pour Pierre, Poussière), le Prix Louis Labé (1999 pour Passage à l’infini), la Bourse Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres (2001 pour Les Jambes d’Alice). Au printemps 2008, Le Bal des princes (roman) et La Nouvelle chose française (essai) ont reçu les Prix Benjamin Fondane, Édouard Glissant et 51CPbeqPlxL._SX195_Ahmadou Kourouma. Nimrod a reçu le Prix Max Jacob en 2011 pour Babel, Babylone (poèmes, Obsidiane) et le Prix Pierrette-Micheloud en 2016 pour Sur les berges du Chari, district nord de la beauté (poèmes, Bruno Doucey). Il fut professeur visiteur à l’université du Michigan (Ann Arbor) à l’automne 2006 ainsi qu’en septembre 2008 pour une résidence d’écriture de six mois. Le magazine Le Matricule des anges (n° 91, mars 2008) et la revue de poésie Autre.

Bibliographie

• 2017 J’aurais un royaume en bois flottés
• 2017 Petit éloge de la lumière nature
• 2016 Sur les berges du Chari, district nord de la beauté, Prix Pierrette-Micheloud,
• 2004 En saison, suivi de Pierre, poussière, poèmes
• 2004 Les éléphants, poèmes, livre d’artiste avec le peintre Décebel,
• 2010 Babel, Babylone, poésie, Prix Max Jacob
• 1999 Passage à l’infini, poèmes (Prix Louise Labé)
• 1989 Pierre, poussière, poèmes, (Prix de la Vocation Fondation Marcel Bleustein-Blanchet)

Gens de brume  2017
L’enfant n’est pas mort  2017
Un balcon sur l’Algérois roman, Prix des Charmettes / Jean-Jacques Rousseau 2013
L’or des rivières récit 2012 « Revenant au pays comme chaque année pour visiter sa mère. Nimrod emprunte aux premières lueurs de l’aube les ruelles ocre de son quartier d’antan. Par-delà les années la vieille dame n’a pas bougé, et pour son fils exilé, voyageur lettré de passage en ce monde dont elle préserve l’intemporelle réalité, un sentiment soudain se précise : « C’est ma mère qui invente ce pays. Comme j’ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j’ai eu dix-neuf ans – qui est l’âge de la guerre civile -, le pays ne cesse de me piller. Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes tchadiens – présents et à venir – je dédie cette parcelle de nudité que même la fraîcheur matinale dédaigne désormais. Il faut beaucoup d’imagination pour lui trouver un attribut maternel. C’est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad. » A partir de ce subtil hommage, Nimrod déploie, dans une succession de tableaux, des récits dans lesquels il réenchante les bonheurs passés, évoque les rares moments de partage avec son père, grand absent de sa vie, et revient aux origines de son tempérament contemplatif, comme si dans l’enfance il percevait déjà l’inévitable départ et dès lors s’efforçait de préserver en lui un refuge aux dimensions de l’univers : la poésie est fille de mémoire ».
La nouvelle chose française roman 2008
Le Départ récit, 2005
Les jambes d’Alice, roman,  2001 (Prix Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres) « Les pieds montent et tanguent dans l’espace — qui s’en trouve poli —, atterrissent et, de nouveau, rebondissent. Rien de violent, rien que de la souplesse. L’eau, l’air et le vent sont leur royaume. La sécheresse du sol ne trouble pas la vision que je m’en fais : ces pieds sont vraiment miraculeux, leur détente est un bonheur que tout fétichiste se doit d’adorer. Moi qui cours après le mirage, quelle impression de bien-être, quelle récompense ! D’infimes frémissements me transmettent le rythme de ces pieds, et c’est l’extase à chaque pas !
La distance se creuse entre nous. Dans le soleil progressent Alice et Harlem ; elles sont arrivées au bout de la pente débouchant sur la courbure de la route, prochaine amorce d’une ligne droite jusqu’à l’horizon. On sent que leurs jambes esquissent un virage. C’est d’un même élan que leurs pieds vont et viennent, cadence quelque peu lassante et, cependant, assez véloce pour suggérer des variations que seul pourrait rendre visible un ralenti de cinéma. »

• Visite à Aimé Césaire, essai, Obsidiane, 2013
• Aimé Césaire « Non à l’humiliation » Actes Sud, 2012
Le bal des princes essai 2008 « Aux vieux, je dois cacher une vérité pour le moins anodine : je suis d’ailleurs, même si c’est toujours sur eux que je m’appuie. Mon présent est celui du voyeur, qui ne saurait témoigner de ce qu’il voit tant son discours intègre des références étrangères au milieu. Je sais que le village a raison, la modernité tout comme ; il leur faut seulement dialoguer, et les vieux n’ont pas appris la forme du dialogue moderne. Et c’est épuisant de s’expliquer aux uns et aux autres, de souhaiter que les vieux meurent pour qu’advienne un monde plus homogène. Le passé est ma nostalgie, c’est mon arrière-monde, ma profondeur dans le paysage. Je perds trop de temps en allant d’un monde à l’autre, et je me perds à vouloir expliquer qui je suis, car je n’ai pas besoin de m’expliquer pour être. Là, sur la digue, j’aimerais danser puisque sur la digue, en un jour comme celui-ci, on danse, on frémit. La foule, elle, est des plus sérieuses. L’infini, au loin, cache ou masque un événement considérable. Je suis là en clandestin, et ma joie aussi, et ma peine, et mon chant, et cette souffrance pour trouver un accord rudement négocié entre des langues, des mœurs, des valeurs disparates. Cela m’empêche d’être léger par moments… Sauf quand je suis seul, quand je n’ai pas à justifier ni mes actes ni mes pensées, qui sont solitaires et innombrables, comme le soleil en ce moment. Je le sais : quelquefois, je suis un rayon de lune… »
• Commerce de l’imagination, essai, éd. Mémoire d’encrier, Montréal, novembre 2005
• Tombeau de Léopold Sédar Senghor, essai, Le Temps qu’il fait, 2003
• En majesté, le soleil rouge et noir. Sur la peinture de Colette Grandgérard, essai, Aleph, beth, ouvrage à tirage limité

Littérature jeunesse
• Rosa Parks, non à la discrimination raciale, roman, 2008, coll. « Ceux qui ont dit non ».
• Non à l’individualisme, collectif,  2011, coll. « Ceux qui ont dit non ».
• Aimé Césaire, non à l’humiliation, roman, A2012, coll. « Ceux qui ont dit non ».
• Non à l’indifférence, collectif, Actes Sud Junior, 2013, coll. « Ceux qui ont dit non ».
• Léon-Gontran Damas, poète jazzy, éditions À dos d’Âne, Paris, 2014.
• Non à l’intolérance, collectif, Actes Sud Junior, 2015, coll. « Ceux qui ont dit non ».

Le chant du destin – Kama Sywor KAMANDA

Je vais où me guide le vent de l’espérance
Et je poursuis l’astre des existences inachevées.
Le chant du destin accable l’humanité
Des plaintes des croyants.
Ouvrage des morts, prière des disciples,
La rivière s’éloigne avec mes langueurs.
Ô parole sacrée, prolonge ta liberté
Où s’enracine la vérité des amours.
Le maître ivre, le commandeur fou,
Mon illusion absolue d’imiter les Dieux,
T’accorde, ô femme,
Emportée dans l’ivresse des songes
Et le vertige des voluptés,
Un sursis à l’immortalité.
Mirage de tous les temps,
Mer d’où s’élancent toutes les passions,
Nature de la beauté,
Ah ! Comme dans le soleil de toutes les vies
Et le sang de tous les désirs,
Tu symbolises les miracles des jours !
Ton plaisir vaincu, tes ambitions dénudées,
Et ton ombre abusée, tu trouves ton refuge
Dans l’alchimie des rêves.
Hélas, j’ai caché mes larmes dans la pierre
Lorsque tes yeux se sont ouverts
Dans l’épouvante tragique du déclin des choses.
Les vastes fleuves de la foi
Inondent mon âme débordée et frémissante
Dans le flux et le reflux du songe
Comme une faucille d’or
Au fond des vagues d’une cascade.
Et sur mon corps passent et repassent
Les eaux de l’Histoire.

Les Résignations

Entretien avec Fousseni Togola, le philosophe écrivain à l’écoute des maux du peuple Malien

Bonjour, Fousseni Togola, je suis Amélie Diack. C’est un plaisir d’échanger avec un blogueur comme moi. Merci d’avoir accepté.
Bonjour Amélie. Très heureux ce matin de vous avoir rencontré autour de cette table pour un entretien littéraire.
A. D. Moi de même

Pouvez-vous vous présenter auprès des lecteurs et des followers?
9200000078232245Je suis Fousseni Togola. Né en 1989 à Fana, dans la région de Koulikoro, cercle de Dioïla. J’ai fait toutes mes écoles primaires entre les villages vu que mon père, Zancoura Togola, travaillait en tant que fonctionnaire à la compagnie malienne des textiles (CMDT). C’est seulement après mon diplôme d’Étude fondamentale (DEF) à l’école fondamentale de Sanando que je rentre à Ségou, 4e région du Mali, où j’obtins mon baccalauréat en 2008 en série lettre.Exif_JPEG_420 Je possède une Maîtrise en Philosophie obtenue à la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences de l’Éducation (FSHSE) de Bamako. J’ai également un master acquis à l’École Normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Je suis présentement professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et pair éducateur.

Parlez-nous de votre enfance, de vos études ?
obcurantismeUne enfance assez mouvementée et nomade comme je vous l’ai dit au début de cet entretien. Mon père étant un travailleur à la CMDT, j’ai dû découvrir des cultures de différentes localités du Mali. Mon enfance est celui d’un villageois, car ayant passé la majeure partie de mon jeune âge à me faufiler entre différents villages, mais aussi et surtout pour être né dans un village, je connais mieux ces localités que la vie citadine. Toutefois, je me dis que c’est cette vie dans la brousse qui permet d’expliquer tout mon amour pour les études. Car, vous savez ma chère Amélie, dans ces coins, il n’y a pratiquement rien comme loisirs. Dans ces conditions, j’étais obligé de me concentrer sur mes études et51qUpSDsf8L._SX331_BO1,204,203,200_ surtout que j’ai bénéficié d’un père de famille qui se montrait rebelle contre les promenades inutiles des enfants. Tout ce que je faisais, j’étais suivi de près par lui. L’étude n’était plus un choix pour moi et j’ai dû me battre fort au primaire afin de découvrir d’autres réalités, d’autres aventures différentes de ce que je vivais auprès de mes parents. C’est ce qui fera que durant tout mon parcours au second cycle (classe de 7e à la 9e année), j’étais le premier de ma classe. Il convient d’évoquer également mes mésententes avec mon père ; des conflits qui me faisaient fuir constamment. Dans la plupart des cas, ces querelles provenaient des mésententes entre mes sœurs et moi. Tous ces phénomènes ajoutés aux souffrances que vivait ma mère, Sétou Fomba, me motivaient davantage dans mes études.
En ce qui concerne mes études, il convient de vous dire que je suis passé par les lettres 31jbUQZdSIL._SX195_au lycée. J’ai fait la série Lettre et littérature (LL) pour m’inscrire ensuite à la filière langue (anglais) à l’université avant de demander un changement de filière pour la philosophie où j’obtiens une maîtrise avec un mémoire sur la théorie de la falsifiabilité du philosophe anglais, Karl Popper. Pendant que je faisais encore cette classe de quatrième année philosophie, je postule au concours d’entrée à l’École Normale Supérieur où je serai déclaré admis. De là, je sors après une formation de deux ans comme détenteur de master. Il convient également de noter mon passage à l’Institut de Formation des Maitres (IFM) de Kangaba dans la région de Koulikoro que j’abandonnerai au bout d’une année pour ma vocation philosophique. À côté de tous ceux-ci, j’ai bénéficié de plusieurs formations parallèles en informatique, biologie, politique, etc.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? egalite-hommes-femmes-enigme-a-briser.jpg
Les petites lectures que les professeurs nous soumettaient en classe au cours des séances de lectures ont toujours attiré mon attention. C’est la raison pour laquelle, quand je faisais la classe de la 6e année (CM2), je me rappelle que je possédais un calepin contenant les petites histoires que me racontait mon père ou ma mère et que je prenais le soin de bien noter parce que l’écriture a été ma passion première. C’est à travers ces pratiques ajoutées aux louanges que me faisaient tous mes correspondants à chaque fois que je leur adressais une lettre que je me suis demandé pourquoi ne pas devenir écrivain comme me laissaient entendre certains 51a0a2r0EDL._AC_US218_d’entre eux.

Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
En classe de 6e année au primaire. C’était en 2002. À cette période mon grand-frère Daouda Togola faisait encore le lycée. Celui-ci ayant pris goût à la lecture d’Arthur Rimbaud ne cessait de me parler de ce jeune poète précoce. Depuis lors, j’ai commencé à avoir l’amour pour la lecture, la recherche et par ricochet l’écriture. C’est depuis ces temps que j’ai décidé d’écrire sur certains faits majeurs de l’histoire du Mali que m’avait raconté mon père, mais le problème d’édition a fait taire cette ambition en moi.

A.D Je comprends

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?Du-sommeil-dogmatique-au-reveil-farouche-chronique-de-vamp
Quand j’ai sincèrement décidé de me lancer à proprement parler dans ce métier, j’étais déjà à l’université. La question que m’a posée ma famille était de savoir s’il était possible de gagner ma vie dans ce métier. Ma réponse comme aujourd’hui n’a pas changé : j’écris pour l’amour de l’écriture et des lettres et non pas pour manger dedans. Cette réponse avait choqué notamment ma mère, mais qui finit par comprendre et m’a finalement souhaité bonne chance. Quant à mon père, celui-ci se préoccupait également d’un boulot plus rémunérateur. C’est pourquoi il a eu à maintes reprises à me répéter que le temps de l’écriture ne passera jamais et qu’il m’invite à aller à la quête d’autres métiers. Toutefois, quand j’ai annoncé la sortie de mon premier livre, tout le monde était content et chacun voulait à tout prix le voir, le toucher voire le lire.

AD C’est vrai que pour un auteur, toucher son livre, le montrer à tout le monde est un plaisir sans nom

41DBF9G3wiL._SX331_BO1,204,203,200_De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?
De mon environnement. Comme pratiquement tous les écrivains et notamment les philosophes qui sont les « fruits de leur temps », les actualités de mon pays m’interpellaient. Le terrorisme battait son plein, les problèmes institutionnels étaient là et je ne voyais aucun de mes professeurs se dire vouloir prendre la plume pour décrypter ces fléaux. Alors cette passivité de ceux que je considérais comme des grands intellectuels a été pour moi une force impulsive. Mon premier manuscrit s’intitule Le terrorisme : Chronique d’un orphelin de guerre. Un livre qui a été réédité à plusieurs reprises.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Moins d’un mois. Quand j’ai commencé l’écriture de ce bouquin d’une quarantaine de pages, je passais toute la journée cloitré dans ma chambre sans sortir. J’écris et je relis. Il faut reconnaitre Amélie que la satisfaction n’était pas au rendez-vous, car toujours je sous-estimais mes propres capacités et cela malgré que des amis m’aient aidé dans la41n-2DHh5-L._SX195_ relecture. C’est la raison pour laquelle je disais que ce bouquin publié sur Amazon KDP a été à plusieurs reprises enlevé puis remis.

AD Ah ah. C’est le quotidien de tout auteur, relire et réécrire son roman se fait sans fin. Il y a toujours quelque chose à améliorer ou/et à rajouter

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Je dirais mal parce que son auteur n’a jamais eu le courage de le montrer au grand public en se reconnaissant dedans. Ce livre est alors resté inconnu jusqu’à nos jours. Si ce n’est à cette occasion, je ne parle même pas de ce roman au cours de mes entretiens.

AD C’est dommage

41+sGApSjsL._SX331_BO1,204,203,200_Depuis, vous en avez écrit d’autres, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Je continue à écrire et à publier. Toujours c’est l’anxiété qui s’empare de moi bien vrai que je commence à faire la promotion de ces livres via les réseaux sociaux. Tu vas certes me demander pourquoi être envahi par la peur. Eh, bien, parce que je ne cesse de me demander comment les lecteurs vont accueillir mon livre. Est-ce que les thèmes abordés vont leur plaire. De tas de questions m’envahissent. Mais finalement, j’ai fini par transformer cette anxiété en force pour redoubler d’efforts afin de relever le défi : faire bouger les lignes de la littérature voire de la philosophie au Mali.
AD C’est exactement ça. Le trac qui nous tient jusqu’à la parution du prochain roman. Beaucoup d’écrivains en parlent car ils le vivent intensément

Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?51hXhhTHCxL._AC_US218_
L’écriture est une forme de drogue, une fois qu’elle nous pique, plus moyen de s’en débarrasser. Vous savez ma chère Amélie, l’enfant, en voyant à chaque fois son père assis autour de sa table manipulant le clavier, est emporté par la tentation. Il veut l’imiter en manipulant cet outil. Pour la simple histoire, le benjamin de notre famille, à force de me voir chaque jour corriger les copies de mes élèves, se permettait en mon absence de se saisir de mon stylo pour m’imiter. Bref, je réponds par l’affirmatif. La passion d’écrire peut se transmettre.

51vJNdRlpDL._SX314_BO1,204,203,200_Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement?
Évidemment ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai embrassé l’écriture. J’ai trouvé qu’il y a trop d’injustice dans le monde. Du coup, je me suis proposé de devenir la « voix des sans voix ». Pour paraphraser Jean Paul Sartre, l’intellectuel est celui qui s’engage pour la cause de sa société. Cette conception sartrienne sur l’intellectuel est restée une vérité pour moi. Outre cela, j’ajouterai également qu’elle constitue pour moi un moyen de perpétuation de l’espèce. L’écrivain ne meurt pas, mais disparait. À ce titre, même si on ne se marie pas, même si nous n’avons pas d’enfants, l’écriture peut remplir toutes ces places.

AD Ce que vous dites là est très beau et très vrai

Quels sont vos futurs projets ? musoya (2)
Deux projets d’écritures en cours. Pour le premier, La Féminitude, qui se publie au sein d’une maison d’édition classique au Mali, paraitra bientôt puisqu’il ne reste plus que l’impression. Quant au second, basé sur ton métier, notre métier, je veux dire le blogging, lui, il sera en ligne dans juste quelques jours. Après ces deux, j’envisage achever un autre livre sur la problématique du développement de l’Afrique et ensuite écrire le deuxième tome de l’Enfant philosophe.

41rAmubRZOL._SX331_BO1,204,203,200_Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
De lire. Pour écrire, il te faut au préalable avoir énormément lu. L’écrivain est comme l’enseignant qui, pour dispenser un cours, doit avoir le maximum d’information afin de donner le nécessaire à ses élèves. Outre la lecture de tous les bouquins importants, il faut l’échange. C’est à travers le dialogue avec autrui que nous résorbons certains points d’obscurité en nous. Ces échanges sont surtout plus fructueux au moment des relectures. Cette étape est énormément importante. Il n’est pas à négliger pour rien au monde. Enfin, il convient d’écrire sur des thèmes qui puissent intéresser tes lecteurs. Chaque écrivain doit être susceptible de connaitre le goût de ses lecteurs afin de s’y conformer.

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien estLe-desir-de-l-eternite-comme-peur-de-la-mort https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Je vois déjà en toi une blogueuse professionnelle. À ce titre, mes suggestions sont moindres. Néanmoins, je te recommande de songer à la monétisation de ton blog, si tu ne l’as pas encore fait, en insérant des affiliations comme Amazon partenaire ou Google Adsense. Avec ceux-ci, vous allez sûrement assez travailler avec les liens qui sont hyper-importants pour le blogueur et notamment pour sa visibilité sur la toile.
AD Merci d’apprécier mon blog. Beaucoup de bloggeurs me conseillent la même chose. Il est vrai que j’y réfléchis

l-orphelin-des-barbus-fousseni-togolaAvez-vous quelque chose à rajouter ?
Je vous remercie pour cet entretien non moins important qui, bien que ne n’étant pas un premier, constitue quand même un entretien de taille dont j’ai bénéficié en tant qu’écrivain. Je tiens, avant de finir, à préciser que les avis des lecteurs ainsi que les critiques littéraires me permettent d’affiner davantage ma plume. J’invite alors les lecteurs, les chroniqueurs, les journalistes, les blogueurs à découvrir mes livres et à ne pas hésiter à me contacter à chaque fois que le besoin se fera sentir. Je serai toujours disponible pour vous afin de répondre à vos questions et recueillir vos suggestions. Car nul ne peut détenir le monopole du savoir.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt.
Tout le plaisir fut pour moi.

Les roulements du tambour – Kama Sywor KAMANDA

Ô toi qui mêles les prières aux souvenirs
Sous les roulements du tambour,
Écoute le chant des femmes et des orphelins
Venus recueillir tes révélations.
Tu murmures les psaumes
Comme des versets du tonnerre
Et tes paroles sont des vents forts
Qui nous déséquilibrent sur le chemin de chimères.
Et toi, symbole de la sagesse millénaire,
Ton sourire de sphinx
Se cache dans la terre de nos luttes.
Te voici maître de nos doutes.
Et comme le soleil de chaque jour,
Tu veilles sur nos pas hésitants
Aux abords du précipice.
Nous te suivrons jusqu’aux confins du rêve
Où nos morts revêtus de lumière
Comme des pagnes translucides
Évitent nos regards audacieux.
Nous nous emparerons de tes légendes
Pour dresser l’esprit des hommes devant les Dieux.

Le Songe des origines

Fousseni Togola, écrivain, philosophe et bloggeur Malien – 1989

Fousseni Togola est né le 19 septembre 1989 à Fana (Mali). Il fait toutes ses études dans son pays et est titulaire d’un Master en philosophie, matière qu’il enseigne actuellement. Il est membre de la Communauté des Bloggeurs du Mali (Comiblog). Il est aussi l’auteur de romans et d’essais qui dénoncent la face obscure des politiciens, de la politique. Voici ce qu’il dit de lui  » La majeure partie de mes ouvrages sont des essais philosophiques et politiques. Jusque-là, je n’ai publié que deux romans dont le second constitue un roman philosophique. « 

Du-sommeil-dogmatique-au-reveil-farouche-chronique-de-vampDu sommeil dogmatique au réveil farouche : chronique de Vampirebougou (bougou signifie ville, village, quartier ou État). Les vampires désignent tous les dirigeants sanguinaires ainsi que tous les citoyens malhonnêtes dans nos régimes démocratiques. Les attitudes que je qualifie de vampiristes sont fréquentes parce que les citoyens se trouvent dans l’État d’inconscience [ce qui explique] le sommeil dogmatique. Ce sommeil annonce toutefois un beau jour parce que ce peuple inconscient et insouciant se réveillera pour lutter contre ces51qUpSDsf8L._SX331_BO1,204,203,200_ attitudes « violationnistes ».

Des démocraties en cause – Chronique de Bidougou : Bi signifie aujourd’hui et dougou veut dire ville, village, quartier, État-  évoque également les maux des démocraties modernes et notamment le changement climatique voire l’insécurité alimentaire. L’accentuation de tous ces problèmes est décrite comme étant de la responsabilité des citoyens, mais sans la résolution desquels la stabilité recherchée par 31Tc0FVZcjL._SX327_BO1,204,203,200_nos États sera difficile d’accès.

L’Enfant philosophe t1 : de la métaphysique Ce roman philosophique constitue une apologie de la condition enfantine dans maints États. Ces êtres considérés comme immatures se voient écarter de toutes les considérations humaines. Je mets en scène un enfant imaginaire qui aborde des questions strictement métaphysiques avec son père. Les questions de la mort, du bien et du mal, de l’au-delà, de l’égalité genre, etc., abordées et résolues partiellement par cet enfant.

Le terrorisme : chronique d’un orphelin de guerre – évoque la situation des enfants41DBF9G3wiL._SX331_BO1,204,203,200_ victimes du terrorisme dans le monde. Seydou est cette figure qui représente toutes ces enfances privées de leur joie de vivre par leur situation d’orphelins, obligées de vivre dans la souffrance et donc de mener des activités illicites voire devenir l’ennemi de leur nation comme fit Seydou qui finit par rejoindre le camp terroriste qui extermina ses parents. Les enfants-soldats constituent une conséquence de cette situation. Il convient de la part de nos États de prendre grand soin de tous ces enfants devenus orphelins pour qu’ils ne rejoignent pas ces groupes terroristes et finissent par devenir des kamikazes.

loupNataba et le Roi Loup – publié sous le pseudonyme T. Fouscovski, évoque le problème du favoritisme, de l’hypocrisie ainsi que des vertus comme le pardon, le compromis, etc. Ce livre est juste le reflet des réalités exactes de la société malienne.

Le Mali de 2013-2018 : du règne de l’obscurantisme – publié sous leobcurantisme pseudonyme T. Fouscovski est une analyse critique sur les épines de la démocratie malienne de ces cinq dernières années. Une démocratie caractérisée par les violations graves des droits de l’homme sur tous les plans et notamment sur le plan de la liberté d’expression, mais aussi de l’inversion totale des valeurs maliennes, des violences dans les espaces universitaires jusqu’au problème du terrorisme voire de la laïcité.

musoya (2)Féminitude : Musoya – Cet ouvrage qui doit bientôt paraître chez Innov Éditions, une jeune maison d’édition malienne qui se veut féministe, évoque la situation que vivent les femmes dans nos sociétés, des sociétés dans lesquelles, elles sont sans voix, déconsidérées. La féminitude se veut alors un cri pour la considération du statut des femmes.

 

 

 

 

 

 

L’exil – Kama Sywor KAMANDA

Il s’en est allé, le visionnaire,
Voir naître le soleil dans le ciel des prémonitions,
À travers les nuages de l’imprévu et, à la nuit tombée,
Contempler fleurir l’azur d’étoiles immobiles
Plus immortelles que nos rêves.
Morne, vide et sans force, telle une feuille morte,
L’homme épris de liberté s’évanouit de bravoure
Dans un vertige des émotions,
Vers des lendemains sans peur,
Quand en s’enfonçant en quête de ses racines,
Il se perd dans l’entonnoir de la tornade !
Sans préavis, comme un insaisissable météore,
L’exil se réjouit de ses prétendants exaspérés.
Le migrant erre ainsi, loin des regards familiers,
Incertain et tremblant d’inquiétude,
Dans l’immense abîme sans fond
De l’angoisse sinistre du rituel des passions.
La peur l’étreint, l’espoir le torture
Et son esprit tourbillonne sans fin
Dans la langueur, l’ennui et la révolte,
Vers l’aurore d’un monde inaccessible.
Ses yeux tournés vers l’horizon des remords,
Ses souvenirs se perdent dans la mémoire des sables
Que les typhons confidents charrient
Sur la longue échine de l’humanité
Et révèlent dans l’essaim des songes se mouvant
Dans les plis des destinées des croyances trahies,
Des aspirations inassouvies
Et la solitude impalpable du martyre.

Chants de Brumes

RAMA KAM – David Diop – 1956

Me plaît ton regard de fauve
Et ta bouche à la saveur de mangue
Rama Kam
Ton corps est le piment noir
Qui fait chanter le désir
Rama Kam
Quand tu passes la plus belle est jalouse
Du rythme chaleureux de ta hanche
Rama Kam
Quand tu danses
Le tam-tam Rama Kam
Le tam-tam tendu comme un sexe de victoire
Halète sous les doigts bondissant du griot
Et quand tu aimes
Quand tu aimes Rama Kam
C’est la tornade qui tremble
Dans la chair de nuit d’éclairs
Et me laisse plein de souffle de toi
O Rama Kam !

David Diop, Coups de pilon, 1956

Les victimes du vent d’est – Manuel Lopes – 1996

Quatrième de couverture

Au Cap-Vert, les premières pluies annoncent l’espoir de nouvelles récoltes de maïs sauf si le redoutable vent venu des côtes africaines se met à souffler en brûlant tout sur son passage comme une tornade de feu. Sur l’île de San Antaõ, il y a ceux qui plantent dès les premières gouttes, ceux qui attendent des signes plus certains de pluies bénéfiques et même ceux qui en sont réduits à consommer les semences. Mais, tous risquent d’être les nouvelles victimes du vent d’est qui mène un combat inégal et meurtrier.

Mon avis

vent d'estDes paysans, braves, vaillants, face au destin. Face aux aléas de la vie. Du temps. Ainsi va la vie sur une île du Cap-Vert. Le destin de différentes familles, plus ou moins bien loties face au redoutable vent d’est qui ne consume pas que les plantes, mais aussi les humains, leur vie, leur destin. Manuel Lopes nous campe une belle galerie de portraits. De destins. D’hommes et de femmes. En attente de la fin de ce malheur qui les frappe. Qu’auriez-vous fait à leur place? Quel aurait été votre comportement face à l’innommable? Face à ce malheur qui les frappe, l’humain se révèle. Pas forcément sous ses meilleurs jours.

Les victimes du vent d’est est un roman très fort. Très dur. Très humain. Si humain!! Des hommes et des femmes qui ont l’habitude du malheur. Des hommes et des femmes qui sont arrivés au bout de l’espérance. Qui ne trouvent plus beaucoup de solutions de survie. Dès lors, les caractères se révèlent. Certains subissent. D’autres deviennent tyranniques. Quelques-uns restent sereins.

Dans les victimes du vent d’est, la destinée de ces hommes et de ces femmes représente le destin du Cap-Vert et de ses habitants. Un pays qui reste debout face à la pauvreté et qui continue d’aller de l’avant. En effet, sur cette île de Sao Antaõ, même arrivés au bout du désespoir suprême, les iliens continuent à espérer. Un meilleur destin. De nouvelles pluies. Une nouvelle vie. Malgré l’absence des autres: les victimes du vent d’est...

Extrait

C’était un enfant éveillé, serviable, assez maigre, beaucoup plus grand que Lela, bien que plus vieux seulement d’un an et demi; sur la chemise faite d’un sac de farine de blé qui lui cachait pudiquement le sexe, il portait toujours une bande de sisal attachée à la taille. La bande de sisal était un signe distinctif de travail parmi les gamins prétendant être des hommes. Un enfant portant une ceinture sur le ventre a des devoirs, car une ceinture signifie un endroit pour mettre le couteau de travail… […]

Le temps passant et les pluies devenant plus rares, le nombre de rigoles diminuait peu à peu, dès lors, les terres irriguées se trouvaient de plus en plus près de la source. Enfin la réserve d’eau devint une flaque, une tache humide nourrissant quelques maigres douzaines d’ignames, près de la pierre usante et moussue. Il retrouva difficilement la source. La mare avait disparu. Il ne restait plus que la roche désolée, des blocs de pierres noires et lisses, des cailloux. Une cascade d’eau trouble tombait en zigzaguant et en moussant entre les rochers.

 

 

Le chant des rameurs – Birago Diop

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux jacassants Corbeaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos ;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait tout près dans les rides de l’Eau,
Mais que l’Eau désirant demeurer toujours belle
Efface à chaque instant les replis de sa peau.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux verts Palétuviers
Où allait l’âpre Chant des Rudes Piroguiers;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait très loin au sommet des Palmiers;
Mais que tous les Palmiers ont les cheveux rebelles
Et doivent tout le temps peigner leurs beaux cimiers.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux complaisants Roseaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos.
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le confiait là-haut à un petit Oiseau;
Mais que l’Oiseau fuyant dans un furtif coup d’ailes
L’oubliait quelquefois dans le ciel indigo.

Et depuis je comprends
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Leurres et lueurs

VERNALE – Birago Diop

 

Un sanglot qui se brise
Meurt dans un parfum de lilas
Une chimère hier exquise
Laisse mon cœur bien las.

L’odeur seule persiste
Sur un bouquet déjà fané
Et mon cœur est triste, triste
Comme un cœur de damné.

J’avais fait un beau rêve
Rien qu’un peu d’amour aujourd’hui,
Mais, comme une bulle qu’on crève
Mon rêve s’est enfui.

Leurres et lueurs

Pourquoi? Comment? Je vous explique….

Beaucoup d’auteurs ont répondu à mes demandes d’interview, ont renvoyé des documents, etc.  Presque tous se demandent  « Alors, c’est pour quand?« . Ce que je comprends et respecte profondément. C’est la raison pour laquelle je vais vous expliquer ce que je fais, mes méthodes de travail car savoir, c’est comprendre. Je tiens deux blogs. Un bog sur la littérature africaine et ses richesses que vous m’aidez à mettre en avant. Je ne vous en remercierai jamais assez et un autre sur les chroniques littéraires.

  •  Les chroniques de Lee Ham me permet de mettre en avant des livres d’une grande beauté. D’une grande richesse. Ces derniers sont envoyés par les auteurs et les maisons d’édition. Je dois les lire et en faire la chronique et les poster sur tous les sites. Je les reçois de divers endroits du monde et c’est toujours une magnifique découverte. Tous les jours, je vais à la chasse au trésor dans ma boîte aux lettres. Une étape importante, il faut noter les livres, leur date réception, de traitement, etc. (J’ai un tableau très sophistiqué, mis à jour quotidiennement). J’adore.
  • Littérature d’ailleurs. Le point commun à ces deux blogs, c’est la minutie et un travail de longue haleine. Dans Littérature d’ailleurs, j’aborde plusieurs thèmes. Pour les auteurs et les ouvrages, ce sont des recherches très pointues. Il faut recouper les données pour ne pas faire trop d’erreurs. Les romans sont classés par genre. Pour les auteurs, Tous les documents  sont classés par auteurs (vous comprenez maintenant pourquoi je vous les demande en pièces jointes, ha, ha). Les dossiers auteurs sont classés par pays (tout simplement par souci d’équité). Les entretiens sont intégrés aux dossiers des auteurs concernés.  Il faut faire une fiche de présentation qui parait en premier, puis une fiche d’entretien mise en ligne peu après. Je tente de faire en sorte qu’il y ait une mixité nationale.

Je travaille dans le respect des écrivains et de leurs oeuvres. Ce qui me pousse à être minutieuse, à poser de nombreuses questions, à vous relancer afin de clarifier certaines données. Je suis toujours agréablement surprise de votre investissement à tous les niveaux. Je vous en remercie Et voilà….

Entretien avec Holy Dolores, jeune poétesse Ivoirienne

Holy Dolores (Marjolaine Goué) est une jeune auteure férue de poésie. Elle est l’étoile montante de la poésie Ivoirienne qu’elle marque de ses rimes, à l’instar de Véronique Tadjo, Suzanne Tanella Boni… Ses mots racontent et marquent une époque de son pays, la Côte d’Ivoire.  Ses mots frappent les mémoires et éveillent les consciences. Ses maux sont aussi ceux d’une terre qui fut blessée par la guerre. Une poétesse à suivre.

Bonjour Holy Dolorès. Merci d’avoir accepté cet interview. Pouvez-vous vous présenter ?
H. DoloresJe m’appelle Marjolaine GOUE dans une première vie où je suis ivoirienne, née dans les années 80 et traductrice.
Et Holy Dolores, dans une seconde vie où je n’ai ni âge, ni pays, ni frontières et dans laquelle vie je poursuis à l’infini ma passion pour l’écriture et la littérature.
Dans une troisième vie, je suis rédactrice et bloggeuse, passionnée de l’Afrique et sa culture. J’aime vivre toutes les vies qui me sont données de vivre. Et peut-être qu’il existe d’autres vies que je n’ai pas encore vécues…
AD* J’adore votre présentation. C’est vrai que la vie est faite de plusieurs vies (rires)

Pouvez-vous nous parler de votre enfance, de vos études ?
J’étais une enfant calme, timide et introvertie. D’ailleurs, je n’ai pas beaucoup changé ! (Rires) Je n’avais pas beaucoup d’amis voire aucun. Je préférais la bibliothèque de l’école à la cour de récréation (que je trouvais trop bruyante) ce qui n’aidait pas beaucoup à me socialiser. J’étais toujours plongée dans un monde imaginaire et créatif. Tout est parti deholy dolores là, je pense. Ensuite au lycée, je me suis orientée en littérature et à l’université j’ai fait des études d’Anglais.
AD Hum, tout comme vous j’étais une enfant qui préférait la lecture aux jeux (rires). Je m’isolais beaucoup pour lire ou écrire.

Comment avez-vous découvert votre don pour la poésie ?
Après avoir été lauréate de plusieurs prix scolaires et nationaux j’ai commencé à me prendre au sérieux ! (Rires) Et je me suis dit : ‘‘Ça ne peut être ni la chance, ni le travail. C’est peut-être un don !’’

Quand avez-vous décidé de faire éditer vos poèmes ?
Au début, j’écrivais juste pour le bien-être que cela me procurait et pour le plaisir de me lire ! Puis à partir de 2011, j’ai commencé à fréquenter le cercle des écrivains de Côte d’Ivoire. Je participais aux dédicaces et j’aidais mes confrères à faire vendre leurs œuvres auprès des visiteurs. Cela m’a beaucoup ouvert l’esprit. C’est à ce moment que l’envie d’être publiée m’est venue.

de chair et de sangQu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Cela a été sans surprise pour elle ! Ma famille a toujours pensé que je ne pouvais qu’être écrivain ou quelque chose qui y ressemble ! Je suis connue pour avoir la tête dans les étoiles et sortir de l’ornière préférant l’infini de la créativité imaginaire aux cadres définis.

Quelle a été l’inspiration de votre recueil ? (entre nous, je l’ai adoré) De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Merci de l’avoir adoré ! L’inspiration de mon recueil a été mon quotidien en Côte d’Ivoire marqué par des épreuves personnelles et un pays en guerre.
AD Oui, très touchant et très fort

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfaite ?
J’ai mis assez de temps pour finaliser ‘‘De chair et de Sang’’ car justement au début jede chair et de sang0 n’écrivais pas des poèmes pour être publiée mais pour assouvir un besoin personnel. J’écris pour vivre. Ainsi, les poèmes de ce recueil retracent plusieurs années de ma vie en Côte d’Ivoire qui couvrent la période de 1998 à 2015. Pour la petite histoire, au lycée, j’écrivais des poèmes pendant les cours de maths pour qu’au moins ces heures servent à quelque chose ! (Rires) Et j’avais bien raison car aujourd’hui quelques poèmes de cette période figurent dans le recueil alors que je ne sais même plus comment calculer une distance dans un repère orthonormé ! Il va sans dire que j’en suis pleinement satisfaite quel que soit le temps mis !
AD (rires) Encore quelque chose de commun : écrire pendant les cours de maths. C’est vrai. Ça fait passer le temps

Comment ce recueil de poésie a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ? Depuis, en avez-vous écrit d’autres ? Comment vous sentez-vous à chaque publication ?
‘‘De Chair et de Sang’’ m’a permis de participer au Salon International du Livre d’Abidjan (SILA 2018) et de faire plusieurs interviews. Les ventes réalisées en France sont convenables car c’est dans ce pays qu’il a été publié. De ce fait, je peux dire que ce recueil de poésie a été bien accueilli dans le monde de la littérature. Après, il faut rester réaliste. Plus je serai connu, plus mes œuvres se vendront comme de petits pains !
J’avais été publiée auparavant en 2012 dans ‘‘Tendresse et Passion’’ une anthologie de poésie regroupant plusieurs auteurs francophones d’Afrique et d’Europe.
holy dolores2Dans mon autre vie, un des articles de mon blog ‘‘l’Autre Afrique’’ a attiré l’attention d’une grande maison d’édition qui m’a sollicitée pour sa reproduction dans un manuel éducatif.
Ainsi à chaque publication (ou reproduction) je sens mon travail valorisé et je me dis qu’après tout, je ne suis pas la seule à aimer ce que j’écris. C’est plutôt rassurant !

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Oui, je le pense fortement ! Et à mon humble avis, la passion d’écrire peut se transmettre par les gènes. J’en suis un bel exemple ! Ma mère écrivait des histoires pour enfant dans le style de ‘‘Martine’’ mais à l’africaine. Elle nous lisait ses manuscrits (à ma sœur Laurence et moi) lorsque nous étions encore enfants. Je trouvais ses histoires géniales et originales ! Cependant, elle n’a jamais été éditée. A l’époque je n’avais aucune idée que je serai écrivaine un jour, mais c’est sûr que maman m’avait déjà transmis la passion de l’écriture à travers le cordon ombilical.
AD C’est une très belle histoire de transmission d’une passion

Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement sociétal ?
Certes l’écriture peut être de façon ultime synonyme d’engagement sociétal pour joindre l’utile à l’agréable mais elle est avant tout un moyen de liberté d’expression. C’est un besoin, un exutoire en vue d’un bien-être personnel. Ensuite, ‘‘S’il a de la chance, l’écrivain peut changer le monde’’ par sa plume engagée comme le dit Arthur Miller.

Quels sont vos futurs projets ?
J’ai des projets pleins la tête, c’est sûr, mais il y a un auquel je pense souvent… Pourquoi ne pas écrire un livre avec vous ? (Je parie que vous ne vous attendiez pas à cette réponse ! Rires.) J’y ai souvent pensé sans vous en avoir parlé ouvertement. J’ai gardé toutes les lettres que nous échangions. Nous pourrions écrire un beau livre épistolaire enholy dolores1 publiant en partie ces courriers qui racontent le vécu quotidien et ô combien différent de chacune dans une même période ! Vous en France, moi, en Côte d’Ivoire, ayant pour dénominateur commun une amitié à toute épreuve et l’amour des cartes postales !
AD Effectivement, je ne m’attendais pas à cette réponse (rires). Je trouve que c’est une excellente idée. J’ai gardé aussi nos échanges. Il faut juste que j’arrive à mettre la main dessus (rires).

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Ne jamais désespérer, ne jamais se sous-estimer et oser la différence!

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Avant tout, j’aimerais vous féliciter pour l’idée de votre blog. Il faut être une grande âme pour vouloir mettre les autres en lumière.
Je ne suis pas une bonne critique mais je vais m’y essayer ! Je vous suggère d’écrire plus sur des sujets originaux, des choses qu’on ne sait pas forcément on qu’on n’aurait lu nul par ailleurs que sur votre blog. Les lecteurs aiment souvent le sentiment de dormir moins bête. Personnellement, j’ai adoré votre article ‘‘Angèle Rawiri – Première romancière Gabonaise – 1954-2010’’. J’y ai découvert cette femme qui a eu plusieurs vies (traductrice, écrivaine, mannequin et actrice). Elle me fait penser à quelqu’un ! (Rires) Et pour comparaison la première romancière ivoirienne est Simone Kaya holy dolores(Écrivaine, infirmière, assistante sociale et de santé). Son œuvre ‘‘Les Danseuses d’Impé-eya’’ est à la fois une mémoire et un mémoire de la période coloniale et de l’ère des États indépendants.
Enfin, je pense que plus d’images sur votre blog le rendra plus attrayant. Par exemple, vous pourriez ajouter une belle image ou carte postale en rapport avec le pays d’origine de l’écrivain que vous présentez.
AD Merci pour mon article. Ce sont de très bons conseils qui arrivent au bon moment car je pensais faire évoluer mon blog qui n’a pas encore fêté son premier anniversaire. L’histoire de Simone Kaya me passionne déjà. On verra…

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
J’aimerais vous remercier pour cette belle lucarne que vous m’offrez sur votre blog. C’est une véritable expression de solidarité entre écrivains ! Je souhaite un plein succès à votre carrière littéraire !
AD Merci beaucoup. Je le fais pour le plaisir car l’Afrique est un continent qui fourmille de nombreux écrivains de valeur qui méritent qu’on les mette en lumière

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt. Vous pouvez retrouver Holy Dolores sur son blog « l’Autre Afrique » où elle présente toutes les richesses culturelles Africainesl’autre Afrique

*AD Amélie Diack

Holy Dolores – Poétesse Ivoirienne

de chair et de sangMarjorie Goué est née en Côte d’Ivoire. Sous le nom de plume de Holy Dolores, elle a publié un recueil de poésie en 2016.  De chair et de sang qui retrace sa vie à travers les épreuves, les joies, les peines vécues. Ce recueil poignant retrace aussi l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire,holy dolores surtout durant la guerre (2001-20011).

Très jeune, elle écrivait des poèmes et a été lauréate de plusieurs prix scolaires et nationaux. Elle écrivait « pour assouvir un besoin personnel« . En 2012, elle a été éditée dans une anthologie de la poésie « tendresse et passion« . Actuellement, Holy Dolores est rédactrice et anime un blog « L’autre Afrique » qui démontre son attachement à son continent et son désir de montrer toutes les richesses culturelles de ce dernier.  L’Autre Afrique Holy Dolores

L’éternelle bataille entre le bien et le mal

5,0 sur 5 étoiles

Par Laurynne le 27 août 2018

Format: Format Kindle Achat vérifié

Très agréablement surprise par ce livre. J’ai adoré le voyage. Eh oui c’est un vrai voyage à travers l’Afrique avec ses traditions et ses contes. De plus l’auteure exerce l’art de la description de façon remarquable, si bien que les images défilent devant nos yeux, on s’y croirait vraiment. Le suspense y est de mise aussi, on a hâte de savoir qui va triompher, est ce que le jeune Shouna va choisir le chemin du bien ou du mal. Une rude bataille se livre, avec des images fortes et cruelles, mais l’espoir que le bien triomphe ne nous lâche pas. Et pus je suis arrivée à la fin de ce tome avec une grande déception, celle de ne pas connaitre la suite…J’attends donc impatiemment la suite des aventures du Roi Shouna.

Un monde plein de mystère

 

5,0 sur 5 étoiles
Par Client d’Amazon le 20 septembre 2018
Format: Format Kindle Achat vérifié
Dés les premières lignes, je me suis laissé emporter dans ce curieux univers. J’ai eu la sensation d’entendre les animaux autour de moi, sentir l’ombre pesante de la nuit envahir la pièce. Il y aurait tellement de chose à dire que je préfère relire certains passages particulièrement prenant pour me laisser de nouveau saisir par cette histoire. On a pas la sensation de lire des mots, on a l’impression de les entendre d’un vieux conteur assis sous son arbre.

Editions ZEBULO – Ile de la Réunion

couv labaladedelittlemomoEn 2009 nous avons créé ZéBuLO, l’atelier des tout-petits, au Village couverturetrimartolodArtisanal de l’Eperon, à Saint Gilles les Hauts, Île de la Réunion Depuis 9 ans, ZéBuLO accueille des jeunes enfants de 0 à 6 ans tous les jours. Les enfants se rencontrent, jouent, peignent, dessinent, font du jardin, de la musique, se déguisent, apprennent à vivre en société en toute sécurité, dans la douceur, le partage et le plaisir. Un lieu d’éveil et de créativité.

Lorsque nous avons créé l’atelier des tout-petits nous imaginions éditer un jour desEXE_livre_.indd beaux livres pour les enfants, c’était une évidence : le livre doit garder une place première pour que les tout-petits découvrent le monde et développent leur imagination. Et nous avons bien des efforts à faire face à la multiplication des écrans dès le plus jeune âge.

Fin 2011 nous sortons notre premier livre CD : « Le bal des animaux » suivront en 2013 les premiers livres sonores de la Réunion, les livres musicaux « Séga » et « Maloya » qui font le succès des éditions ZEBULO encore aujourd’hui. En 2014 c’est la sortie de « Moutya » un livre musical sur les livre_ les zazous dans la nature.inddSeychelles commandé par le Conseil Général de la Réunion, et la sortie de «dans les hauts» et «dans les bas» deux livres sonores sur les bruits de la Réunion.

En 2016 et pour la première fois nous sortons trois livres que nous n’avons pas imaginés nous-mêmes : ce sont les auteurs qui sont venus à nous en proposant leur projet. Il s’agit de la BD « Des Abeilles et des Hommes » de Fred THEYS et de « Zistoir 3 ti Tang » & « Kissa la vole 7 zeuf ti Pintad gri ?» de Katty Lauret-Lucilly et Florencecouv salegy Miranville, deux livres bilingues & sonores à calculer.

2017 voit la sortie de quatre nouveaux titres : Les Zazous dans la nature un beau livre de Fred Theys, Salegy, livre musical sur Madagascar avec Moniri M’Baé et Georges Razafintsotra, La balade de Little Momo, un livre accordéon de Moniri M’baé et le premier roman jeunesse de Lalou « Où le vent te mène ».

couv tangCette année 2018, un nouveau livre musical sur la Bretagne « Tri Martolod » illustré par Solen Coeffic et le magnifique « livre des métiers » de Julie Bernard. En octobre sortira un livre de contes en créole réunionnais et Anjouanais accompagné d’un CD.

Chaque année nous participons au Salon jeunesse de Montreuil sega couvet au Salon de Paris sur le stand de la Réunion des Livres, nos livres suscitent un réel intérêt de l’autre côté de la mer, nous sommes actuellement distribués par Pollen-Littéral, toutes les librairies de la métropole peuvent passer commande. Nos livres sont disponibles dans toutes les librairies de l’île, mais aussi un grand nombre de boutiques, musées, office de tourisme… et bien sur le site de notre distributeur réunionnais où l’on peut commander les livres : 

https://www.des-livres-et-des-iles.fr

 

 

Petite chronique d’une passionnée – un avis

Ma petite chronique :
je découvre la plume fluide et envoûtante de Amélie Diack, que je remercie pour ce service presse. Nous entrons dans un univers fantastique de contes et légendes Africaines.
Shouna est né, et plus rien ne sera jamais comme avant. Il est né pour régner en Maître, roi des animaux de la forêt. Issu de Diolor, mère maudite infertile et repoussée de tous pour s’être assise sur un mortier enfant (offense envers les Dieux), et d’un père veuf Ndiogou, qui eu pitié de la pauvre fille, il grandit dans la forêt avec sa cour et ses serviteurs.
Seul, il cherchera à découvrir la vie de ses ancêtres afin de savoir quelle direction prendre. Le monde dans lequel il évolue est maudit. De suspense en rebondissements le début du roman sera complètement bouleversé. Des découvertes surprenantes et inattendues.
Les animaux de la forêt sont la cour de Shouna, même les astres sont soumis, la lune et le soleil brillent en fonction de ses humeurs ingérables.
Mais Shouna cherche à comprendre, fait-il vraiment parti du monde des ténèbres ? Est-il né pour perpétuer le mal ? Ses parents lui ont-ils dit toute la vérité ?
J’ai été littéralement envoûtée par l’écriture fluide et poétique de l’auteure, par le mythe africain et l’ambiance terrifiante. j’ai hâte de retrouver les personnages si effrayants soient-ils.
Ma petite note : 8.5/10

À UN PAYSAN NOIR _ Mamadou Moustapha Wade

Ils rêvaient d’étrangler le jour
Dans la faim noyer ton sourire
Mais l’amour couvait silencieux sous la cendre
La braise brûlante calcinait la nuit.

Mûrie dans la souffrance
Ma puissance et infinie
Je chante pour toi pour tous…

Ton regard d’aigle a chassé les ombres
Porte-moi sur tes épaules géantes
Écoute dans les ténèbres filer les fantômes
Écoute ! La force éclate dans l’aube dépliée
Présence 2002

Les derniers de la rue Ponty – Serigne M. Guèye – 2009

Quatrième de couverture

Un jeune homme étrange qui se dit déjà mort et prétend être un ange, Gabriel, atterrit au Sénégal. Silhouette haute, allongée par son grand manteau aux poches si remplies de billets qu’on les croirait sans fond, Gabriel sillonne Dakar en quête de rédemption peut-être, d’une forme de salut certainement…

L’auteur

Disiz1Serigne Mbaye Guèye, plus connu sous le nom de Disiz ou Disiz la Peste est né le 22 mars 1978 à Amiens (France). Il est rappeur et à ses heures perdues, écrivain.  c’est ainsi qu’en 2005, il écrit son premier roman René, un roman d’anticipation qui dépeint la vie d’un jeune homme dans une France gouvernée par l’Extrême Droite. Puis, en 2009, sort les derniers de la rue Ponty aux Editions Naïves.

Roman

 rue ponty disizDe nuit, dans les rues de Dakar, une ombre se déplace. Humain? Fantôme? Elle Pose son ombre, sa protection sur une fratrie à la rue. Bon ou mauvais présage? Un roman qui nous emmène dans les profondeurs de la société sénégalaise. Différentes rencontres. Différents portraits. Différentes histoires. Tristes. Touchantes. C’est un roman écrit à la première personne. Récit d’un homme qui va au bout de sa foi. De sa douleur. Un homme-ange qui ne peur résister aux sirènes de Cupidon. Homme dans sa vie. Ange dans ses actions. Quelle est la réalité de cet homme?

Extrait P. 95-96

« Ce jeune garçon qui, pour oublier qu’il vend son corps à de monstrueux touristes rouges, renifle des tornades de solvants organiques, inhale ces vapeurs maléfiques, mais ô combien apaisantes. Elles lui feront passer une nuit tranquille, car elles dissoudront la masse poisseuse et noire des cauchemars de sa vie. Cette passerelle vers l’oubli, cette bouffée de joie envahit ses alvéoles pulmonaires et atteint son cerveau en un flash rapide, qui le transporte vers l’ivresse. Il se sent léger et éloigné de l’épaisseur du monde. Il s’endort, bercé par la mer, tous ses cauchemars enfermés dans un petit flacon de vernis à ongles, tels des génies dans la lampe d’un jeune Aladin qui n’a plus de vœux. »

Mille ans dans le tunnel – El Hadj Gana Sène

Je ne suis pas criminel
Je suis juste devenu rebelle
À cause de mes mille ans dans le tunnel
Qui rendaient ma vie de plus en plus cruelle

 
Je ne suis pas méchant, je suis rancunier
À cause de ces regards qui me dédaignaient
À cause de ces bras qui me repoussaient
À cause de ces sales doigts qui me pointaient

 
Seule la solitude devint mon amie
Et le silence ressuscitait mes soucis
Le monde me ressemblait à un sinistre nid
J’ignorais vraiment le goût de la vie

 
Haha ! J’ai reçu tant de coups
Mais je me suis toujours tenu debout
Dans ce tunnel qui me paraissait sans bout
Où le désespoir voulait me mettre à genoux…

 
Elhadji Gana Sène le Benjamin des poètes

Tombe , ô douce pluie – Holy Dolores – 2017

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur ces monceaux de corps dans les rues, gisant
Tombe sur ces mares de sang séchées, au ciel criant.

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette hécatombe, triste requiem
Tombe sur ces dépouilles, eau de l’ultime baptême

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette odeur immortelle de poudre
Tombe sur cette puanteur pestilentielle, à grosses gouttes.

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette existence dénuée de sens
Tombe sur ce monde perdu, en déliquescence

Épure, décrasse, blanchit
Récure, retrace, reverdit
Tombe, ô douce pluie régénératrice !
Fais pleuvoir tes trombes bienfaitrices.

De chair et de sang

Sini-Mory – Keïta Fodéba

Une nuit, l’enfant de Sini-Mory, sans motif, pleura. Toute la cour royale se mit en branle pour le faire taire. Les efforts furent vains. Il pleurait, pleurait, pleurait… Alors, Sini-Mory qui avait compris les pleurs de son enfant, prit sa petite guitare monocorde, s’assit au seuil du palais, et chanta.

L’enfant se tut. L’étrangère aux cheveux hirsutes, l’ancienne marâtre du petit village des marais, celle qui savait tout le mystère de la famille de Sini-Mory, couchée près du feu, comprit…

Elle se souvint et, confuse, bourdonna…bourdonna… bourdonna…

C’est ainsi que celle qui fit disparaître le petit chien roux de l’orphelin s’envola et devint l’ancêtre de ces grosses mouches de nos jours.

A ce moment, je le répète, les animaux parlaient comme les hommes.

Aube Africaine

Nuit de Sine – Léopold Sédar Senghor

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.
Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des choeurs alternés.
C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.
Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.

Chants d’ombre

Les cris muets à la face du monde – 6 Septembre 2018 – Rédigé par Virginie Vanos – Entretien avec Amélie Diack

 C’est avec une joie infinie que j’entame cette rentrée littéraire. Car j’ai décidé d’aller à la rencontre de femmes, artistes, créatrices, complexes, fascinantes. Ma première interview est une entrevue avec Amélie Diack, auteure et chroniqueuse que j’estime particulièrement. Née au Sénégal, d’une mère martiniquaise et d’un père sénégalais, elle vit actuellement en France.

ciel bleu feuille nuages

VV : « Bonjour Amélie, vous êtes auteure, chroniqueuse et, à mes yeux, une grande humaniste. Commençons alors par vos livres. Comment résumerez-vous votre travail et votre approche personnelle ? »

Amélie Diack : « Bonjour Virginie. Humaniste est un bien grand mot. J’ai du respect pour tout ce qui vit. Tout simplement. En ce qui concerne mon écriture, il n’est pas facile d’en parler. Écrire, pour moi, représente une façon de vivre.
L’écriture c’est ma vie, mes maux, mes mots, mes tripes.
Mes cris muets à la face du monde. L’écriture est une seconde nature. Je pose les mots comme ils me viennent. Je les laisse prendre vie et me guider dans l’histoire qu’ils racontent. Je ne suis que la messagère. Je n’ai pas d’organisation particulière.
J’écris partout où je me trouve. Mon petit carnet ne me quitte pas et recèle des trésors de mots, de phrases, d’idées. Ces bouts de quelque chose qui prendront vie et deviendront une histoire. Un roman. J’adore emporter les gens dans un univers parallèle où se mêlent le réel et l’irréel.
Le tout bercé par mes origines, les histoires que nous nos racontions pour nous faire peur ou pour nous faire rire.
J’écris la vie. Les souvenirs bons ou mauvais. Les rêves. Écrire permet à la grande timide que je suis, de m’exprimer. De bavarder. Tout simplement »

VV : « Vous m’avez un jour dit qu’il n’y avait pas de mauvais livre… Pouvez-vous préciser votre pensée à ce sujet ? Vous parlez si souvent d’émotions… »

Amélie Diack : « Un proverbe sénégalais dit que « l’homme est le remède de l’homme ». Quel lien avec les émotions ?
Tout simplement que les émotions nous rapprochent de l’autre sans qui nous n’existons pas. Je suis une femme pour qui les sens, les émotions sont très importants.
Qu’est-ce qu’un bon ou un mauvais livre ?
Sur quels critères peut-on se baser pour encenser ou descendre en flammes un livre ?
D’ailleurs qui sommes-nous pour nous octroyer ce droit ?
Un livre, c’est avant tout l’imaginaire de quelqu’un. Ses mots. Son histoire. Son imagination. On peut comprendre un livre car il nous parle ou touche une partie de notre vie, de nos souvenirs. Nous comprenons l’histoire et la portons dans notre cœur.
Nous comprenons l’auteur.
D’autre part, ce même livre peut nous déranger. Ses mots, son histoire nous sont hermétiques. Peu importe les raisons qui peuvent être personnelles, émotionnelles. Cela dépendra toujours de la personne qui le lira. Les émotions sont importantes pour moi. Elles sont l’essence même de l’Humain, de l’animal.
Ces émotions nous aident à construire notre histoire, notre vie. Elles en font l’unicité, la particularité. Je suis une écorchée vive. Ce qui m’a permis d’exercer des métiers où je devais prendre en charge les émotions des autres.
De les comprendre.
D’être humble face à l’évidence. Face au destin. L’émotion nous rend notre humanité. Cette humanité, je l’ai mise au service de la souffrance des autres. Face à leur désespoir. L’Humain sans émotions, n’est tout simplement pas. »

VV : « Y a-t-il des livres que vous refuseriez de chroniquer ? Il y a un an de cela, j’ai pour ma part refusé de publier l’interview d’un auteur dont les propos prosélytes touchaient à l’extrémisme fascisant… Pensez-vous que parfois, d’expression notre conscience morale et citoyenne puisse primer face à notre sens de la liberté d’expression ? »

Amélie Diack : « Selon moi, la liberté d’expression a des limites. Nous avons le droit de dire ce que nous voulons tant que nous ne blessons pas les autres.
Tant que nous ne les stigmatisons pas. Tant que nous ne les rabaissons pas. Tant que nous ne portons pas atteinte à l’Humain. C’est cette philosophie de vie qui me fera refuser de chroniquer un livre. Et même de le lire, malgré ma curiosité intellectuelle.
Donc oui, je refuserai de chroniquer des livres qui seront ouvertement racistes, antisémites, anti blancs…
La liberté d’expression de ces auteurs touche l’Humain au plus profond de lui, par rapport à sa religion, sa couleur de peau, son rang social ou autres. C’est juste un devoir qu’a toute personne pour la postérité. Malheureusement, la Mémoire humaine est très courte et l’histoire du Monde est un éternel recommencement. C’est dommage. »

VV : « Vous m’avez récemment confié être profondément touchée par tout ce qui concerne l’atteinte à la dignité humaine. Pouvez-vous définir votre conception de la dignité humaine ? Quels sont les moyens que vous mettez en œuvre pour combattre ces atteintes ? »

Amélie Diack : « La dignité humaine… Si simple et si difficile à définir. La dignité humaine est tout ce qui permet à l’Humain de vivre décemment.
Tout ce qui lui permet d’accéder au minimum vital pour avoir une vie. C’est le respect, l’accès à la nourriture, au logement…
Tout ce qui lui permettra de marcher la tête haute, d’agir comme il le souhaite tant que cela ne porte pas atteint à l’intégrité d’autrui. Oui, je suis profondément touchée par ces hommes, ces femmes qui quittent leur terre, leur famille pour affronter la mort, dans l’espoir de jours meilleurs.
Je suis blessée de voir que l’esclavage existe encore sous toute ses formes.
De voir ces enfants des rues à travers le monde.
Ces femmes bafouées du fait de leur statut de femme, ces fillettes poussées vers le mariage précoce du fait de traditions obsolètes. Je suis indignée de voir un Humain tué du fait de sa religion, de la couleur de sa peau.
Durant une grande partie de ma vie, j’ai milité, j’ai battu le pavé pour les causes qui me tenaient à cœur.
Des causes qui me tiennent toujours à cœur.
Depuis mes dix ans.
Maintenant, je fais passer des messages. J’explique. Je viens en aide, humblement, à ceux qui en ont besoin. Dans la limite de mes capacités. »

oeil soleil couchant chaleur

VV : « Que vous ont appris vos recherches anthropologiques et ethnographiques sur le monde actuel ? »

Amélie Diack : « Beaucoup de choses. Chaque peuple a son histoire, ses codes, ses us et coutumes, ses traditions. Certaines traditions sont plus pérennes que d’autres.
Pour lutter contre une tradition obsolète, il ne faut pas la criminaliser, mais expliquer pour changer les mentalités. C’est long, difficile. Mais, c’est ce qui permettra de gagner le combat car cette bataille se gagne au long cours.
Aussi, il ne faut pas avoir des préjugés car l’interprétation de chaque geste peut prêter à confusion.
Par exemple, quand je suis arrivée en France, j’avais l’habitude de baisser les yeux en parlant aux personnes plus âgées. Ce qui pour moi, était signe de respect. Les gens trouvaient que j’étais fausse. Je ne comprenais pas et en souffrais beaucoup.
Il a fallu que ma sœur m’explique qu’en France on regardait les gens dans les yeux. J’y suis arrivée. Mais ce fut très difficile. La situation des femmes de ménages, par exemple, n’a guère évolué.
Les violences sont toujours présentes, malgré les syndicats, les lois. Les violences sont financières, verbales, psychologiques. Je suis métisse.
Mes parents m’ont toujours appris à respecter l’autre à travers son histoire, ses traditions, etc. Ils nous l’ont démontré en nous inculquant le meilleur des traditions, des coutumes, des histoires de chacun.
Une vraie richesse. Une leçon de tolérance. »

VV : « J’ai souvent l’impression que notre liberté d’expression est bien plus bridée que dans les années 80. Quel est votre sentiment à ce sujet ? »

Amélie Diack : « Je pense que le politiquement correct est à l’ordre du jour. On ne peut pas dire certains mots de peur de subir une chasse aux sorcières.
Cependant, je pense que dans les années 80, la liberté d’expression n’avait pas de limites. Ce n’était pas forcément la panacée. Le fait est que nous sommes passés d’une extrémité à une autre. Il n’y a pas de juste milieu. »

VV : « Avez-vous des héros personnels à qui vous souhaiteriez rendre hommage ? »

Amélie Diack : « Oh oui. Tout d’abord Winnie Mandela. Eh oui, contrairement à tous ceux qui l’ont diabolisée sans connaître son histoire, je trouve que cette femme est un exemple.
Elle a eu quelques déboires. Mais, sans la voix de Winnie, Nelson Mandela ne serait pas. Plutôt, il serait un illustre inconnu. Cette femme a élevé ses enfants seule, tout en restant active pour l’African National Congress (ANC).
Malgré les emprisonnements. Elle a crié à la face du monde la souffrance de son peuple. La lutte de son mari emprisonné. Elle a consacré toute sa vie, sa jeunesse à cette lutte, jusqu’à la libération de Nelson Mandela. Suprême sacrifice, elle a accepté de le quitter pour qu’il puisse politiquement faire son chemin.
La preuve est que son ex-mari l’a respectée jusqu’à son dernier souffle. La mémoire humaine a juste oublié que c’est une femme qui vivait dans un pays qui était d’une violence inouïe pour les non blancs.
Ensuite, j’ai aussi beaucoup de respect et d’admiration pour Simone Veil. Une femme qui a vécu l’horreur, de cette horreur qui n’a plus de nom. Elle en est sortie humble, digne, avec la force de se battre pour ses idées. Pour les femmes françaises. Elle leur a offert l’opportunité de jouir de leur corps comme elles le souhaitaient.
Puis, ma mère. Une femme forte. Digne. Une femme qui a quitté sa famille, son travail pour suivre l’homme qu’elle aime dans un pays, un continent qu’elle ne connaissait pas. Elle a été mise en quarantaine par sa communauté pour avoir fait ce choix.
Elle a tout subi par amour et a élevé ses enfants seule, après le décès de mon père. Une vraie battante. Sa vie en Afrique n’a pas été de tout repos. Mais elle a tenu et nous a donné une très bonne éducation et surtout cette force pour supporter le monde et ses vicissitudes, tout en restant droits dans nos bottes, en levant la tête et en avançant vers notre but.
Elle est mon héroïne bien avant les autres. »
* VV: Virginie Vanos

couverture shouna amelie diak

Découvrez le blog d’Amélie Diack où elle présente les auteurs et romans africains. Et ne vous privez pas de lire les chroniques d’Amélie Diack.

virginie vanos  © Marc Naesen

Virginie Vanos © Marc Naesen
Entretien réalisé par Virginie Vanos

Entretien avec Mamadou Samb, Homme de Lettres Sénégalais – par Amélie Diack

« Mamadou Samb est un écrivain dont la plume marque la société sénégalaise voire africaine. Au travers de son entretien, nous découvrons un homme, riche culturellement, humble, Humain. Je vous laisse le découvrir  » Amélie Diack

Bonjour Monsieur Samb. Je vous remercie d’avoir accepté cet interview. J’en suis honorée et mes abonnés aussi.
Tout le plaisir est pour moi. Je vous remercie pour l’honneur que vous me faites en m’offrant si généreusement l’occasion de m’adresser à mes lecteurs et à vos nombreux abonnés. Je vous remercie aussi pour l’intérêt que vous portez à mes productions littéraires en me révélant que vous connaissez déjà tous mes livres qui sont publiés.

A. D.   oh oui, je vous suis depuis un bon moment et ma bibliothèque est riche de vos écrits

Pouvez-vous vous présenter auprès de vos lecteurs ?
A chaque fois que l’on me pose cette question, j’essaie d’avoir du recul pour ne pas donner une image qui me présente comme j’aimerais être ou comme je voudrais que mon interlocuteur me perçoive. L’objectivité et la subjectivité se confondent souvent dans une auto-présentation.
Ceci dit, maintenant je réponds sans hésiter que je suis écrivain… ce titre, montre unede pulpe et d'orange M. Samb fonction que j’exerce et dont la matérialisation est l’existence de plusieurs livres qui portent ma signature. Ecrivain ? Oui, dirais-je après avoir longtemps eu des frayeurs pour accepter de porter ce titre qui en fait ne se décrète pas mais s’acquière à la suite d’une longue expérience qui doit se solder par la production d’un ou de plusieurs livres de fiction. Ecrivain ? Oui, mais me définir ou me présenter comme écrivain serait très réducteur de ma vie et de mes activités qui jalonnent et qui continuent de marquer chaque étape de mon existence. L’écriture est venue à moi au cours de ma carrière administrative d’abord en tant qu’enseignant et ensuite en tant qu’Inspecteur de l’Animation du Développement et Médiateur Pédagogique. Ce turban d’écrivain est resté sur ma tête en tant que Conseiller technique dans plusieurs ministères comme celui de l’Intérieur, de la Décentralisation, de la Petite Enfance, de la famille et de la Femme. L’écriture comme un labeur prégnant, je m’en accommodais avec plaisir et je l’ai réellement acceptée comme titre que lorsque j’ai obtenu certaines reconnaissances comme : Grand Prix des lycéens du Sénégal, Grand Prix Sembène Ousmane du Roman, Nominé au Grand Prix du Chef de l’Etat pour les lettres. Donc en dehors de mes activités professionnelles et annexes comme Expert en Femmes et Développement de l’UA, je suis devenu écrivain sans jamais m’imposer comme tel ou d’en faire un métier en plein temps.

Quels sont vos plus beaux souvenirs d’enfance, de vos études ?
De beaux souvenirs d’enfance, j’en ai eu plein, mais ma meilleure façon d’en parler9791090147270 serait de les regrouper dans des lieux comme :
Ngabou, le village où je passais trois mois par an mes vacances scolaires, avec sa nature verte, ses champs, ses animaux domestiques, ses rivières et lacs.
Le marché de Sandaga où je venais aider mon père dans son commerce et où je me gavais de lecture et de bandes dessinées chez les marchands de vieux journaux et de livres usagés.
Grand-Dakar, le mythique quartier où j’ai grandi dans un cadre familial élargi avec seize frères et sœurs, des tantes, des voisins, des cousines et cousins et autres parents qui tous, ont contribué à forger ma personnalité et ont alimenté mes rêves de jeunesse.
L’internat à l’École Normale William Ponty, où j’ai connu la diversité, la concurrence saine dans un environnement multiculturel, la vie artistique et sa pratique en toute liberté.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Mon désir d’écriture s’est progressivement installé en moi à la suite de ma vie d’internat9791090147133 à la prestigieuse École Normale William Ponty où j’étais très actif dans le club culturel, le théâtre et la vie associative.
Ensuite ce désir s’est exacerbé lorsqu’à la fin de mes études, j’occupais mon premier poste en tant que Directeur d’école en Casamance. Plongé dans une nature vierge et florissante, dans une verdure envoûtante et au milieu des merveilleux habitants du village de Séléky, j’avais tout à ma disposition pour exprimer mes sentiments à travers l’écriture.
Ce désir s’est installé et a muri en moi lorsque, rentré à Dakar, j’ai été régulièrement confronté et agressé par des situations où la condition humaine était régulièrement étalée sous mes yeux dans leur dénuement le plus total, aiguisant ainsi ma sensibilité et ne me laissant aucune issue d’indifférence face à la misère et au désarroi qui étaient le lot quotidien des personnes que je côtoyais de près ou de loin. Je reste persuadé que l’écriture est une somme d’expériences, elle ne se décrète pas du jour au lendemain, mais s’acquière progressivement parce que, alimentée objectivement ou subjectivement par un vécu auquel on est concerné directement ou indirectement.

À quel moment aviez-vous décidé de devenir écrivain ?
Je n’ai jamais décidé à un moment précis que je voudrai être écrivain. J’ai toujours eu un recul par rapport à cette appellation, et si ce n’était pas les titres obtenus qui me confirment dans cette corporation, j’allais continuer à écrire sans jamais m’affubler du titre d’écrivain, pas parce que je surf sur une fausse modestie ou que j’ai peur de me faire une grosse tête, mais parce qu’être écrivain est une lourde responsabilité sociétale et est très chargé pour moi. Un livre, une fois écrit et publié, sort du contrôle de l’auteur et est soumis à l’appréciation positive ou négative des lecteurs qui sont seul juges.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Cela va peut-être étonner plus d’un quand je répondrai que je n’ai jamais eu de problèmesang fantz de conflits ou de télescopages affectifs ou matériels entre mes livres et ma famille. Ma famille est prioritaire et elle est toujours mise en avant dans mes activités. Toute action qui ne contribue pas à améliorer mes relations et l’harmonie avec ma famille est sans ambages mis aux oubliettes.
Je donne du temps à l’écriture mais je ne me laisse pas entrainer dans le sillage qui veut que certains écrivains soient des marginaux qui font semblant de ne pas comprendre leur société ou qui pensent que les autres ont du mal à les comprendre, ainsi vivant comme des extraterrestres qui portent lourdement sur leurs frêles épaules d’humain leur joug d’écrivain.
Ma famille adhère parfaitement à ma passion d’écriture car je fais tout pour que cette affection littéraire ne perturbe ni mes obligations quotidiennes ni mes relations humaines en général et familiales en particulier.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous êtes-vous inspiré ?
51r0jdfPkwL._UY250_Mon premier roman « De pulpe et d’Orange » édition Enda-tiers monde en 1990.
Est une autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact pour exprimer à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils.
Dans ce roman, j’ai cherché à travers une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.
Pour résumer le livre je vais prendre un peu de recul et vous proposer la note (reçue aujourd’hui) d’une lectrice qui s’appelle Aïssata Sawadogo

Ma lecture de « De Pulpe et d’Orange » de Mamadou Samb.
« Ce livre n’est pas un roman à survoler sans chercher à saisir sa profondeur.
Il parle de ces filles à qui la société a tout pris et en exige ce qu’elles n’ont plus, les jugeant sans se demander quel impact elle a eu sur ces filles, ces femmes qui, obligées de vivre dans leur société, sont obligées de se vêtir d’un manteau et d’une personnalité qui ne sont pas les leurs.
L’histoire de cette jeune fille venant d’une famille pauvre qui devait se battre pour avoir un avenir grâce à l’école, qui a eu des hommes malintentionnés sur son parcours et qui a refusé de baisser les bras et compter sur les autres devrait nous interpeller TOUS!
Elle a peut-être choisi de se prostituer (contrainte quand même) comme d’autres auraient fait autre chose mais pas par choix de facilité. Et un choc lui fait fermer cette page!
Un livre à lire absolument!
On ne devrait pas s’arrêter au sous-titre du livre mais investir le personnage et vivre chacune de ses difficultés, craintes, douleurs sans la juger pour sentir le poids aliénant de nos sociétés ».

A. D.   Une très belle lecture, en effet.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
J’ai terminé le manuscrit en plus ou moins deux ans et je me souviens que je l’ai écrit dans plusieurs cahiers d’écolier et au crayon comme un élève qui faisait ses devoirs de classe.
Satisfaction ? Oui car ce roman est actuellement à sa troisième réimpression, il est retenu à la bibliothèque universitaire de Paris et est actuellement à plus de quatorze mille exemplaires.

A.D. Toute mes félicitations

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Bien accueilli oui, mais aussi beaucoup de surprises, de critiques et d’incompréhensions de la part de certains censeurs de la société, car le roman traite de sujets très sensibles et semblait ne pas sortir à son époque et dans son milieu (sociologiquement parlant).

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
J’ai dans ma bibliographie plusieurs œuvres, mais après chaque publication je suis sousNew Phototastic Collage pression, moins par le succès ou non de l’œuvre, mais plutôt par deux sentiments difficilement maîtrisables et qui hantent le sommeil de l’écrivain qui vient de tenir pour la première fois son nouveau livre fraîchement sorti de l’imprimerie :
– le premier sentiment c’est de livrer à l’appréciation des lecteurs et des critiques une production que j’ai murie pendant longtemps dans la solitude, dans l’angoisse et le doute.
Angoisse et doute permanents de n’avoir pas utilisé le mot juste, la phrase appropriée pour partager avec le lecteur mes sentiments, mes remarques, ma description des faits et gestes de mes personnages, les perceptions, les influences des milieux souvent hostiles dans lesquels ils baignent et l’atmosphère dans laquelle je les plonge sans ménagement.
Il est impossible pour un écrivain d’échapper à cette étape qui ressemble à la délivrance d’une parturiente qui vient de livrer à son entourage et au monde un nouveau-né qu’elle a gardé en son sein pendant neuf mois dans la douleur et l’anxiété de donner naissance à un bébé qu’elle ne sera pas la seule à apprécier.
– l’autre sentiment est lié à la production du prochain livre qui devra suivre et par quel bout l’aborder. Le sujet que je vais traiter est-il, et/ou sera-t-il assez intéressant pour mériter d’être écrit ? Est-ce que j’ai encore assez de ressources et de matières pour parler du sujet dont les différentes composantes se bousculent et s’entrechoquent pêlemêle dans ma tête ? Dois-je prendre le temps qu’il faut pour permettre au nouveau-né de prendre son envol ?
Autant de préoccupations qui envahissent l’écrivain et qui ne le quitteront plus jusqu’à la sortie d’un autre livre et le cercle reprendra.

A. D. Je vous comprends. Je traverse en ce moment le même enfer après la parution de mon premier roman et la préparation du prochain.

Quels sont les messages que vous véhiculez à travers vos écrits ?
Ma conviction profonde est que, comme le disait le distingué sage Amadou Hampâté Ba, « Tout est lié. Tout est vivant. Tout est interdépendant. »
Les messages que je véhicule à travers mes écrits, tournent essentiellement autour de la Condition Humaine : Il existe des liens tantôt visibles, tantôt invisibles et chaque êtreNew Phototastic Collage0 humain, pour donner un sens à sa vie, doit assumer sa responsabilité quant à ces liens qui forgent notre personnalité et qui font que nous existons. « Exister » dans le sens étymologique du mot : existerer ou exsisterer composé de ex et de sisterer qui est une forme dérivée de Stare (« être debout », « être stable »). Dès la naissance l’être humain cherche à être debout et fait tout pour garder une stabilité dans tous ses actes. Cette recherche de stabilité se poursuit au quotidien et se manifeste instinctivement dans nos comportements et nos relations ; d’abord avec nous-même, ensuite avec les autres et enfin avec notre environnement.
La « Stabilité » comme chez tout un chacun, est une recherche permanente de mes personnages dans leur processus évolutif. L’être n’est pas figé et le fait de se mouvoir dans un univers instable fait qu’il est tout le temps déstabilisé par les vicissitudes de son environnement proche ou éloigné. Par le biais des liens – tantôt visibles, tantôt invisibles – les personnages de mes livres se définissent et assument leur condition humaine en revendiquant leur part d’humanité.
A travers les pages de mes livres, aucun personnage n’est exclu, aucun cadre n’est neutre, aucune nature n’est négligée. Antagonistes et protagonistes se meuvent dans un univers qui se noue et se dénoue et où chacun joue son rôle qui influence et détermine la réaction de l’autre et dessine ainsi l’environnement qui selon le lecteur est jugé comme étant hostile ou favorable à l’épanouissement.

Quels sont vos futurs projets ?
Ecrire… Ecrire tant que j’aurais la possibilité et les moyens de le faire.

A. D. je vous le souhaite de tout cœur

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
La passion d’écriture n’est pas un « témoin » que l’on se transmet comme font les athlètes coureurs de relais. C’est un besoin très intime, une tension forte et inextinguible, gisant dans le tréfonds de l’être et qui comme un magma surgit un jour des entrailles d’un volcan.
Toutefois, elle peut être stimulée par la pratique régulière de la lecture qui permet une exploration psychosociologique de soi-même et des autres.
La lecture est un moyen sûr pour mettre en place les rampes d’envol de cette passion, car chaque livre qu’on parcoure, ouvre largement les portes à un voyage permanent dans l’environnement proche ou lointain des personnages et la découverte permanente et variée de mondes insoupçonnés. « C’est en forgeant qu’on devient forgeron » dit-on ? Je reste persuadé que la lecture assidue est le meilleur véhicule qui conduit inéluctablement vers l’écriture.

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Ne jamais se presser.
Prendre le temps de murir ses idées.
Accepter la censure et le regard des professionnels sur ce que l’on produit.
Ne jamais penser que votre écriture, votre style ou vos idées sont parfaits et à l’abri des critiques.
Rester modeste. Oui… mais le monde de l’écriture est une jungle où il n’y a aucune place à la faiblesse. Comme un fauve, ne jamais lâcher sa proie. Doucement mais sûrement allez-y sans complexe et ne fléchissez jamais devant les obstacles qui de toute façon, inévitablement se dresseront sur votre chemin.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog ?
Le soleil la fille m; sambQuand vous êtes sur la bonne voie, on ne peut que vous encourager et vous dire de persévérer car ce ne sera pas facile dans un paysage médiatique aussi multiple et diversifié.
Votre réussite dépendra essentiellement de votre professionnalisme et de la qualité de vos productions. Le monde littéraire n’est pas assez investi par des blogs engagés et spécialement orientés vers le livre, la lecture et les acteurs qui tournent autour de l’écriture, de sa diffusion et de sa promotion.
La littérature africaine est florissante, magnifique et très novatrice mais elle est mal exploitée, mal connue et est l’objet de sous-estimation par des intellectuelles (surtout africains) qui ne trouvent leur inspiration que dans les classiques scolaires et les citations désuètes et centenaires, d’écrivains exotiques et inaccessibles dont ils se gargarisent pour se donner bonne conscience lors de leurs exposés et conférences.
Votre Blog, s’il est accessible à nos jeunes professeurs devrait les aider à faireécharpe jumelles connaissance avec les auteurs actuels et les pousser à la lecture car il est regrettable de le dire : beaucoup d’entre eux demandent aux élèves de lire, mais eux ne connaissent de la littérature que les anciens livres au programme scolaire qu’ils ont lus par obligation (lorsqu’ils étaient eux-mêmes élèves), pour essentiellement préparer leurs devoirs et examens.
Malheureusement cette situation perdure et je suis souvent très consterné quand je demande à un professeur de lycée de me citer le dernier livre qu’il a lu, ou de me citer les auteurs de son pays et les livres qu’ils ont produits. Je suis d’autant plus meurtri quand des élèves me disent tristement qu’ils ne se retrouvent pas dans les anciens livres qu’on leur propose au programme et qu’ils trouvent leur lecture contraignante et très rébarbative.
Votre blog devrait aider à comprendre qu’il n’y a pas mieux pour voyager et apprendre sans contrainte dans le bonheur, qu’un bon livre que l’on lit avec plaisir et délectation.

A. D. Je fais de mon mieux. C’est un énorme travail. Cependant, j’adore ce que je fais. En ce qui concerne les professeurs, mon blog est ouvert à tous. Ils peuvent donner le lien à leurs étudiants et même venir y jeter un coup d’oeil. Je les y invite avec plaisir

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Pour aller vite, il faut aller doucement mais surement.
La réussite est au bout de l’effort, mais il faut que cet effort soit soutenu.

A. D.  Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt

Du nouveau pour la rentrée…

Bonjour les amis. C’est la rentrée scolaire. Notre blog va évoluer vers la présentation de la Littérature Africaine, de ses auteurs et des romans de ces derniers. Un moyen de ne plus m’éparpiller et de vous offrir plus d’articles qui vous montreront la richesse littéraire méconnue d’un continent en pleine mutation. Un continent dont les plumes chantent ces mutations. La présentation des Maisons d’Edition restera pluriculturelle. Merci à tous.

Mamadou Samb, écrivain Sénégalais défenseur des droits des femmes – Bibliographie

Mamadou Samb est un écrivain reconnu sur le continent Africain. Il s’agit d’un écrivain pluridisciplinaire. Un touche à tout littéraire. Un écrivain prolifique qui met sa plume au service de la femme Africaine face à certaines traditions aliénantes.

1990 De pulpe et d’Orange – édition Enda-tiers monde51r0jdfPkwL._UY250_
Autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact par l’auteur, exprime à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils. Dans ce roman, l’auteur a su d’une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.

1995 Ouly la fille de l’aveugleédition EDJA-Lettres Collection Parlure d’Afrique. leOuly la fille de l'aveugle M. Samb regard d’une jeune fille de 24 ans sur la pauvreté et l’injustice quotidienne dans une société indifférente à ces maux sociétaux

 2003 Le Soleil, la Folle et le Taureau – NEAS – un hommage à la verte Casamance et qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui, victime de la condamnation des ancêtres offensés, provoque contre son gré le malheur de son entourage. Après la mort de ses jumeaux, premières victimes de la malédiction, Néné, soutenue par son mari Gueudjine, tente de se dresser contre les forcesLe soleil la fille m; samb surnaturelles de la forêt sacrée, le couple ira jusqu’au bout de ce combat inégal.

2008 Le Regard de l’Aveugle – éditions EDISAL – Grand Prix Littéraire desle regard de l'aveugle m; samb Lycéens du Sénégal 2011. Pointant un doigt accusateur sur certaines pratiques aliénantes de nos sociétés, l’auteur dans ce roman raconte la vie d’une jeune fille victime comme sa tante de l’excision et de l’infibulation par la mutilation d’une partie intime de leur anatomie. Suit alors pour les deux femmes, mais à des moments différents, une série de déboires liés à l’injustice humaine ou aux mauvais coups du sort. C’est un roman poignant par les thèmes abordés, notamment le problème crucial des mutilations génitales, la pauvreté, les castes, la ville et ses tracas, la prostitution, les enfants abandonnés, la violence, les pertes de valeurs. Et l’auteur évoque tout cela avec un réalisme saisissant, avec un art consommé de la narration.

2011 de Pulpe et d’Orange qui a connu un grand succès est réimprimé pour la troisième fois

Le roman Le Regard de l’Aveugle a été réédité depuis juin 2013 en Tunisie par les éditions CELI avec un nouveau format et une nouvelle couverture

2014 L’écharpe des jumelles – Le 26 septembre 2002, le naufrage du Joola fait plus deécharpe jumelles 1953 morts. Parmi les victimes figure Awa Baldé, une jeune fille peulh. Awa, après avoir sacrifié son honneur pour sauver sa sœur jumelle Adama Baldé d’un scandale familial, fuyait les siens, son village et sa communauté. Réfugiée chez des bienfaiteurs à Ziguinchor, son tragique destin la rattrape et la contraint à prendre le bateau pour Dakar afin de mettre à l’abri son fils. L’histoire d’Awa et d’Adama Baldé reflète la condition féminine et le statut des jeunes filles dans les sociétés africaines. Ce roman met en perspective les comportements insidieux qui perpétuent des traditions rétrogrades, comme le mariage forcé et/ou précoce, les violences faites aux femmes et d’autres pratiques socioculturelles dégradantes.

EXTRAIT
Adama Baldé
Je m’appelle Adama Baldé. Ma ressemblance avec ma sœur jumelle était déroutante : nous étions de vraies jumelles telles que les définit la science. Nous étions comme deux gouttes d’eau, et même ma mère se trompait souvent lorsqu’elle ne faisait pas l’effort de regarder la petite cicatrice qui se trouve sur le dos de ma main gauche.
J’étais la plus turbulente et, avant la blessure qui m’avait causé cette cicatrice qui nous distingue l’une de l’autre, plusieurs fois on avait corrigé Awa à ma place et, à chaque fois, elle criait en vain qu’elle était innocente.
Je suis d’une famille peulh qui s’est sédentarisée depuis plusieurs générations dans la région de Kolda pour partager ses activités entre l’agriculture et l’élevage.
L’ethnie à laquelle appartient ma famille est la somme des traditions que mes ancêtres ont patiemment et longuement moissonnées et engrangées tout au long de leur nomadisme à travers les siècles et les contrées.
Pour garder les traditions et l’héritage des ancêtres intacts, mon père, chef coutumier, s’était retiré à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale pour fonder un village avec ses parents et amis pour, disait-il, « fuir la société pourrie des Noirs occidentalisés qui vivent dans l’insolence et le manque de repères. » p41, 42

2015 Les larmes de la Reine – Prince Seydou, un brillant expert-comptable partage depuis plusieurs années une vie harmonieuse avec Mapenda, un homme avec qui il entretient une relation ambiguë, au-delà d’une simple amitié. Dans son désir de changer de vie, il fait la connaissance de Yacine, une jeune institutrice pour laquelle il éprouve des sentiments encore jamais ressentis. Victime d’une machination qui conduit à la mort d’un homme dans des circonstances troubles, il est mis en détention.
Son procès au lieu d’être celui d’un homme en proie à une intrigue, est le théâtre où se dévoilent les secrets qui entourent sa vie.

Pour dire la nouvelle Afrique et faire une excursion dans l’Afrique des grands empires, Mamadou Samb dépeint la probité d’un prince face à l’injustice, la vaillance d’une reine et le courage d’un peuple confrontés à l’adversité de la nature. Il explore les lois du cœur par l’attachement d’un homme à un homme, d’un homme à une femme, d’une mère à son fils et d’une reine à son peuple.

EXTRAIT
« C’était la nuit… Dans l’envoûtante et surprenante ville de Dakar, c’était une nuit comme tant d’autres nuits à la fois insipides, imprévisibles et merveilleuses, qui attendait d’être écourtée comme les autres par le chant du coq ou l’appel du muezzin pour la prière de l’aube, une nuit légèrement éclairée par un mince croissant de lune qui s’aboutait aux lueurs et lumières diffuses de la ville pour répandre sur une belle villa d’un quartier chic une atmosphère feutrée de repos, de calme et de sérénité… » C’est par cette invite sobre et concise que Mamadou Samb entame « Les larmes de la reine ».

2016 Le sang de FantaTHEÂTRE – « Le rang, le sang et l’honneur ne sont pas très souvent utilisés à bon escient dans nos sociétés africaines. Au lieu d’être des leviers susceptibles d’impulser le développement par l’acquisition ou la reconquête des valeurs morales évanescentes qu’ont eu à nous inculquer nos ancêtres, ils sont utilisés pour servir de moyens favorisant une fracture sociale béante. Le rang, le sang et l’honneur sont ainsi devenus le prétexte pour rejeter l’autre, l’avilir, le salir et le prendre de haut.

Avec cette pièce de théâtre, l’auteur a su tirer la sonnette d’alarme et nous ouvrir les yeux sur le caractère socialement dangereux et ravageur des histoires fallacieuses de castes souvent évoquées par des personnes qui ne comprennent rien au sens des valeurs et du sang. »

2017 Les contes de Ndayane – Recueil de 6 contes en 19 Thèmes.
Doudou le jeune citadin va passer les vacances avec son grand-père à Ndayane, le village natal de ses parents. Tous les soirs, en compagnie des autres enfants du village, il va écouter les merveilleux contes de Grand-père Badara. Pour l’auteur, ce recueil composé de 6 contes en 19 Thèmes, vient nourrir notre imaginaire et veut être trois choses à la fois : un jeu, une école d’éducation et de formation, un centre d’apprentissage de l’art de la parole. On retrouve dans chaque conte sa double fonction : celle de divertir et celle d’instruire. Il est accompagné d’une note de lecture pédagogique qui donne des orientations didactiques pour une bonne appropriation des contes.

LIVRES SCOLAIRES Monsieur Samb est co-auteur de plusieurs livres scolaires « LES P’TITS LIONS » publiés aux Editions Hatier :
- Cahier de communication maternelle GS 5/6 ans.
- Cahier de graphisme maternelle MS 4/5 ans.
– Cahier d’éveil scientifique MAT MS 4/5.
- Cahier éducation civique et environnementale G
DISTINCTIONS
– Grand Prix des Lycéens du Sénégal 2011
– Prix Sembène Ousmane du Roman 2017
– Chevalier de l’Ordre National du Lion du Sénégal 2002
– Officier de l’Ordre du Mérite du Sénégal 2011

 

V. S. NAIPAUL s’en est allé.

Un grand écrivain nous a quitté. Vidiadhar Surajprasad Naipaul, plus connu sous ses initiales de V. S. Naipaul (ou de « Sir Vidia » depuis qu’il avait été anobli par la reine),est né le 17 août 1932, Chaguanas, sur l’île de Trinité-et-Tobago.  Il a reçu plusieurs prix littéraires dont le Prix Nobel de Littérature en 2001. Il s’est éteint à son domicile londonien à l’âge de 85 ans samedi 11 août 2018.

Sony Lab’ou Tansi – écrivain fantasmagorique Congolais 1947-1995

Ah, Sony Labou Tansi. Rien que d’y penser, j’ai des fous rires et des frissons. C’est le SEUL écrivain Africain qui m’a traumatisée. Et c’est peu de le dire. Attendez que je vous raconte. Dès que j’ai commencé à travailler, j’ai toute de suite assouvi ma passion: les livres. J’en ai acheté des tonnes. Le paradis. Parmi ces bijoux, il y avait de nouveaux auteurs dont Sony Lab’ou Tansi. Imaginez mon impatience de mettre le nez dans son livre (la vie et demie) . Bon sang! Quelle idée j’ai eu là! Au début, c’était bien. Puis, je suis tombée sur la fameuse scène du viol. Oh Madre mia… Mon cerveau s’est court circuité. Net. Impossible d’avancer dans ma lecture. Mon cerveau s’est noyé dans ce sang, ces humeurs qui n’arrêtaient pas de couler. De se répandre. De souiller le sol. D’envelopper la Terre Mère, Le Monde. Ce sang qui ne semblait pas vouloir s’arrêter. Je n’ai pu reprendre la lecture qu’au bout d’un an. Je ne l’ai pas regretté. Mais, quel choc!!!!

L’écrivain

Marcel Ntsoni est né à Kimwenza ( République Démocratique du Congo) le 5 juillet 1947. Il fait des études à l’Ecole Normale Supérieure d’Afrique Centrale. Il devient professeur d’anglais et de français à Pointe Noire. Il a été un homme politique engagé. Du fait de son opposition au régime, son passeport lui fut retiré, il fut interdit de sortie du Territoire et radié de la Fonction Publique. Ce qui l’a empêché d’avoir accès aux soins à l’étranger. Il est mort le 14 juin 1995.

C’est un écrivain romancier dramaturge qui écrit aussi bien des romans que des pièces de théâtre, des poèmes. Ses écrits sont très engagés. La plupart de ses pièces de théâtre ont été joués dans sons pays  et très peu à l’étranger. Ses écrits sont entre le fantastique et le monstrueux.  Il parle souvent de la dictature et de la corruption en Afrique post indépendance. Des atrocités qui sont très présentes en Afrique.

Sony Lab’ou Tansi est un écrivain dont l’écriture est libre, sans norme, inventive. Cette écriture, très riche, lui permet de s’imposer parmi les plus grands écrivains Africains. Qui promeut l’art Africain. Personnellement, je trouve que son style est truculent. Ses écrits sont une sorte de schizophrénie. Une dichotomie. Un monde de folie où les mots dansent et flirtent avec la vie , la mort, le surnaturel, la terreur. Une pensée qui n’engage que moi : Comme s’il était dans une sorte de transe quand il écrit

Bibliographie

  • 1979 La vie et demie
  • 1979 Conscience de tracteur – Théâtre
  • 1981 l’Etat honteux
  • 1981 La parenthèse de sans suivi de Je soussigné cardiaque
  • 1983 l’Ante peuple – Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire
  • 1985 Les sept solitudes de Lorsa Lopez – Palme de la Francophonie
  • 1986 Lèse-Majesté – nouvelle
  • 1987 Moi, veuve de l’empire
  • 1987 Le serment d’Hippocrate – nouvelle
  • 1988 Les yeux du volcan
  • 1988 Le coup vieux
  • 1989 Qui a mangé Madame d’Avoine Bergotha
  • 1990 La résurrection rouge et blanche de Roméo et Juliette
  • 1992 Une chouette petite vie bien osée
  • 1992 Une vie en arbres et char…bons
  • 1995 Le commencement des douleurs
  • 1995 Poèmes et vents lisses
  • 1996 Monologues d’or et noces d’argent – Théâtre
  • 1997 L’autre monde
  • 1997 Antoine m’a vendu son destin – Prix Ilosen
  • 2005 La rue des mouches -recueil
  • 2014 Qu’ils le disent, qu’elles le beuglent – recueil

 

 

Marouba Fall

Cette interview, comme toutes les autres d’ailleurs, me tient beaucoup à cœur.  Celle-ci est particulière car Marouba Fall a été mon professeur au CEMT. Je l’ai connu jeune et fringant professeur. Profondément humain et juste  Merci à vous Monsieur Fall d’avoir accepté de jouer le jeu. Un article sur cet écrivain est à paraître très bientôt.

Monsieur Fall, je m’appelle Amélie Diack. Après avoir été une de vos élèves, je suis très émue de vous interviewer en tant qu’auteur. Et Quel auteur ! Je vous remercie d’avoir accepté.
C’est un plaisir et une fierté certaine pour moi de retrouver une ancienne élève qui a réussi et qui se souvient de moi.

Tout d’abord, je souhaiterai que vous vous présentiez.
Je suis Sénégalais et professeur de Lettres modernes de formation. Je suis actuellement à la retraite, mais je suis régulièrement invité dans les collèges, lycées, universités et centres culturels de mon pays pour échanger avec les enseignants, les élèves, les étudiants et un public assez large, sur la littérature de langue française en général et sur mon œuvre en particulier. Je donne aussi un cours de théâtre à l’École Nationale des Arts de Dakar et je pilote une maison d’édition : Ruba Éditions.

Où avez-vous passé votre enfance, vos études ?
Je ne suis pas beaucoup sorti de mon pays natal où je passe ma vie. J’ai fait toutes mes études à Dakar, de l’élémentaire au supérieur.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Dès que j’ai su lire et comprendre ce que je lisais, j’ai voulu écrire. Il y avait aussi l’influence qu’exerçait sur tout le monde le Poète-président Léopold Sédar SENGHOR. Je me rappelle la manie que j’avais de recopier les beaux textes que je découvrais et que j’imitais ensuite.

À quel moment avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Cela va vous étonner, chère Amélie, mais je m’applique encore à devenir un écrivain. Pour le moment, j’écris et je n’ai pas encore déposé ma plume, car je compte m’améliorer à chaque nouvelle œuvre publiée. Je suis donc un écrivant. Le goût de l’écriture m’est venu très tôt. À chaque étape de ma vie, j’ai senti un besoin de m’exprimer avec les outils à ma portée. J’ai commencé à dévorer des bandes dessinées, entre 9 et 13 ans. J’ai alors créé mes personnages et inventé des situations où les installer et j’ai dessiné à main levée. Plus tard, je me suis intéressé au roman policier et j’ai continué à écrire au stylo des bandes dessinées dont les héros étaient soit des agents de la CIA soit des détectives privés. C’est lorsque je fréquentais le cycle Secondaire, au lycée Van Vollen Hoven devenu lycée Lamine Guèye de Dakar, que j’ai vraiment découvert les Belles Lettres, alors je me suis mis à rimailler, à construire des récits et à structurer des spectacles dramatiques.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Ma famille, c’étaient d’abord mes deux parents, mes sœurs et frères cadets dont les uns étaient analphabètes en français et les autres trop jeunes et peu instruits pour comprendre les enjeux de la littérature. Lorsqu’ils me voyaient scotché à ma chaise pendant des heures, penché sur ma table de travail, en train de lire, d’écrire et de raturer, ils me plaignaient. Certains qui avaient même peur pour ma santé mentale, me conseillaient d’aller prendre l’air plutôt que de rester seul, entouré de livres. Aujourd’hui, ma famille, ce sont aussi mes enfants parmi lesquels je compte une prof de français qui a des aptitudes critiques à cultiver, une prof de philo et le benjamin qui veut devenir écrivain. C’est dire que ma famille est fière non pas de mon désir, mais de ma posture qui est celle d’un porteur de paroles essentielles, de paroles nourricières. Ce sentiment s’est approfondi et considérablement élargi lorsque j’ai commencé à écrire en wolof, ma langue maternelle et que ceux des miens qui pensaient que j’étais un toubab noir ont compris que je maîtrisais à merveille la langue que j’ai tétée et que je suis resté fidèle à ma culture.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Le sujet de mon premier roman m’a été inspiré par mon vécu de jeune enseignant dans un collège de jeunes filles. En effet, j’ai été affecté comme professeur de français au CEMT/Filles1 devenu Collège Martin Luther King alors que je bouclais à peine 23 ans. Dans La collégienne, œuvre publiée par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, je pose le problème global du système éducatif dans mon pays, même si le lecteur superficiel n’en retient que le thème des relations entre professeurs et élèves de sexes opposés. J’ai décrit le CEMT/Filles de l’époque, c’est-à-dire des années 1973 à 1986, j’ai décrit les quartiers de Fass Paillote et Colobane. Les personnages principaux, parmi lesquels Mar NDIAYE, Oulimata THIAM, Madame DRAMÉ, Mère Soukaïna, Oncle Ndemba, me sont inspirés par des personnes que j’ai côtoyées. J’ai écrit sans trop m’éloigner de la réalité vécue pour ne pas rater mon coup d’essai romanesque, car avant La collégienne, j’étais surtout connu comme un dramaturge que le Concours théâtral interafricain organisé par Radio France Internationale avait révélé, en 1981, grâce à une pièce de théâtre primée, aujourd’hui, inscrite au programme de l’enseignement du français : Adja, militante du G.R.A.S.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Je ne sais pas combien de temps j’ai mis, car l’écriture ne commence pas le jour où on prend sa plume et se met à sa table de travail pour écrire. Dès que l’idée d’une œuvre germe dans son ersprit, l’écrivain est en train de la structurer, de la nourrir de ses expériences et de tout ce qui l’entoure, de l’inscrire mentalement dans son tableau de bord intérieur. L’écriture proprement dite ou la mise sur papier ou sur ordinateur est la phase finale d’un processus identique à celui de la mise au monde d’un enfant, mais temporairement indéterminable. Tout comme la femme qui accouche, l’écrivain qui parvient au point final d’une œuvre est forcément soulagé parce que délivré. Satisfait ? En ce qui me concerne, je réserve toujours ma satisfaction en attendant le verdict des lecteurs avisés.

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Très bien accueilli. Il est inscrit au programme officiel d’enseignement du français. Il a été adapté à la télévision sous le même titre et je suis régulièrement invité dans les lycées et collèges pour en parler.

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Après La collégienne (1990), trois autres œuvres sont publiées : Entre Dieu et Satan (NEAS, 2003), Betty Allen ou la liberté en question (NEAS, 2007) et Casseurs de solitude (Harmattan-Sénégal, 2012). J’ai publié quatre recueils de poèmes et de nombreuses pièces de théâtre, surtout des essais sous le titre LIS TES RATURES 1. (NEAS, 2012). Comme dit tantôt, à chaque nouvelle publication, j’ai essayé de m’améliorer en renouvelant mon écriture et la structure de l’œuvre.

Quels sont vos projets ?
J’ai écrit un conte Édalie, publié par Fama Éditions, à Thiès, en 2017.J’envisage d’en écrire un autre. Je suis en train de parachever un scénario en français-wolof (La colline et la tombe / Baat biy daan mbër) qui adapte un texte contenu dans mon ouvrage en wolof Yóbbalu ndaw (Viatique pour la jeunesse). Je vais davantage écrire dans ma langue maternelle, mais en privilégiant le bilinguisme.

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Les passions se transmettent difficilement. Et puis il ne suffit pas d’aimer l’écriture pour parvenir à écrire comme il faut. Et si l’inspiration est incontournable en littérature, elle ne suffit pas. Le bon écrivain transpire aussi abondamment, Boileau l’avait déjà prédit. Il faut écrire, relire, raturer, réécrire et faire lire avant de faire publier. D’ailleurs il faut commencer par beaucoup lire les meilleurs écrivains. Car comme le dit l’adage wolof : Loo nekkul taalibéem doo nekk sëriñam (avant de maîtriser une chose, il faut l’apprendre d’abord)

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Comme je viens de le dire : lire, beaucoup lire, maîtriser la langue d’expression et connaître l’esthétique des genres littéraires.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog dont voici le lien https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/?
Je vous encourage. Continuez à faire découvrir les auteurs du Sénégal et des Antilles.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Merci, Amélie et bonne chance.

Réponses faites le 14 juin 2018.

1- CEMT Collège d’Enseignement Moyen Technique.

Les Editions Khoudia – Centre Africain d’Echanges et d’Animations Culturelles (CAEC)

Les Editions Khoudia ont été fondées par l’écrivaine Aminata Sow Fall en 1987. Le Directeur actuel est l’écrivain Nabil Haïdar. Cette Maison d’Edition à compte d’éditeur lui permettait de s’engager dans la modernisation culturelle du Sénégal. Un objectif qui tient à cœur à Aminata Sow Fall.

Ainsi, il s’agit d’éditer des écrivains Africains en Afrique pour redonner envie aux africains de lire, d’écrire malgré les conditions de vie difficiles. De donner une visibilité aux nouveaux auteurs africains, leur faire exprimer leur créativité. Le prochain objectif de cette Maison d’Edition est d’éditer en langues nationales africaines.

Moi, auteure

Depuis mon plus jeune âge, l’écriture a été mon moyen d’évasion. Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’ai dû faire face à une dyslexie sévère qui ne fut diagnostiquée qu’à l’âge adulte. Les coups, les quolibets, les insultes furent mes compagnons scolaires. Ensuite, au collège, j’étais la plus jeune de ma promotion. J’étais victime de harcèlement moral, physique de la part des élèves plus âgées. C’était violent. Très violent. L’écriture fut mon refuge. Mon baume au cœur. Mon hurlement muet. L’expression de mes terreurs. Depuis, je n’ai pas arrêté d’écrire. Pour mon plus grand plaisir.

Justine Mintsa – 1957

Justine Mintsa est une écrivaine Gabonaise. Elle est née le 8 septembre 1957 à Oyem (Gabon). Elle a fait ses études supérieures au Gabon, en France et au Royaume Uni. Elle est membre du Haut Conseil à la Francophonie.  Elle a été Professeure d’Anglais puis Maître Assistant à l’Université Omar Bongo de Libreville. Justine Mintsa a présidé l’Union des Ecrivains Gabonais. Elle dirige aussi une troupe de théâtre « Wolespeare« . Elle a écrit de nombreuses oeuvres pour la jeunesse ainsi que des romans et des essais. Elle est très engagée dans la défense du patrimoine culturel architectural en Afrique Sub Saharienne. Aussi, elle a initié le programme de la caravane littéraire qui permet d’apporter des livres aux écoles de province.

Du fait de son engagement, elle a été faite Chevalier des palmes Académiques (2001), Chevalier de la Légion d’Honneur (2008) en France. En 2003, avec son frère Ngbwa Mintsa, elle écrit le protocole du mariage coutumier. Elle insiste sur le veuvage qui, selon elle, est une partie fondamentale de la tradition tout en étant un joug pour les femmes. En effet, elle est pour la protection de la  tradition tant que cette dernière ne pèse pas sur la vie des hommes et des femmes.

En 1994, elle écrit  un seul tournant Makôsu  sous forme d’un journal dans lequel une jeune femme dépeint, avec beaucoup d’humour  le quotidien problématique des universités  et des étudiants dans des pays en voie de développement

Son roman Premières lectures (1998) est autobiographique. Elle y raconte sa première rencontre avec la lecture. Les joies de son enfance. Son éveil à la poésie et au théâtre. Surtout, l’amour de la lecture dans un milieu social qui ne comprend pas.

Dans le destin d’Awu (2000), elle présente la vie des femmes face à la pression sociale (stérilité, place de la femme, le trio amoureux dans un mariage polygame,). Elle y aborde aussi le statut de la femme-objet, liée à son époux par la dot. Le destin des femmes Gabonaises face aux traditions absurdes. Les injustices administratives et la noirceur de l’âme humaine.

Dans Larmes de cendre (2013) comme d’habitude, elle décortique la tradition. Elle fait référence au veuvage traditionnel, qui selon elle est une identité culturelle

 

 

Hamid Barole Abdu – Poète Erythréen – 1953

Hamid Barole Abdu est né le10 octobre 1953 à Asmara, en Erythrée. Il a fait des études de littérature avant de s’établir en Italie, où il vit actuellement. Il est aussi expert Interculturel spécialisé sur le phénomène migratoire.

Hamid Barole Abdu écrit en Italien. Il n’est pas encore traduit en français. Il est l’auteur de nombreux écrits poétiques qui parlent de son pays de naissance, des migrants et de la vie dans la clandestinité

 

Bibliographie

  • 1986 Eritrea – una cultura da salvare
  • 1996 Akhria – Io sradicato poeta per fame
  • 2001 Sogni ed incubi di un clandestino
  • 2006 Seppellite la mia pelle in Africa

Angèle Rawiri – Première romancière Gabonaise – 1954-2010

Angèle Ntyugwetondo Rawiri est née le 29 avril 1954 à Port-Gentil au Gabon. Son père était fonctionnaire. Elle a perdu sa mère très jeune. Après avoir fait des études en France, elle est retournée vivre au Gabon où elle a exercé le métier de traductrice-interprète. Cependant, en 1995, elle revient s’installer en France. Elle fut aussiAngele-Rawiri_9490 mannequin et actrice (joua des seconds rôles dans les séries des James bond) à Londres.

Elle a abordé plusieurs sujets qui, à l’époque, posaient problèmes. Dans Elonga (1980), elle aborde le sujet de la sorcellerie et des sciences occultes en Afrique. En 1983, dans G’amérakano au carrefour, elle parle du choc de la tradition face au monde moderne, du métissage et du statut de la femme dans le monde contemporain. Le sujet le plus polémique fut abordé en 1989 dans son roman Fureurs et cris de femmes. Elle y parlait de l’homosexualité féminine.

C’est une écrivaine qui nous a quitté trop tôt, au sommet de son art. Elle est décédée le 15 novembre 2010 à Paris.

Une nouveauté sur ce blog

Bonjour les amis. Notre blog évolue. Je dis bien notre car il vous appartient aussi et je vous remercie du fond du cœur de me suivre, de vous abonner, de jeter juste un œil en passant, de liker mes articles.P_20171207_114009_LL - Copie

En ce moment, je suis en train de faire une série d’interviews auprès d’auteurs contemporains qui se prêtent volontiers à ce jeu, malgré leur emploi du temps hyper chargé. Je leur suis très reconnaissante de prendre quelques instants pour notre modeste blog.

Très bientôt, une nouvelle rubrique vous présentera les interviews et les bibliographies de ces généreux auteurs. Merci à eux d’avoir accepté. Il n’ y pas de mots suffisants pour leur signifier ma reconnaissance.

A très bientôt pour cette nouvelle rubrique.

Kama Sywor Kamanda, conteur, poète et romancier Congolais – 1952

10373072_422223981253523_4059472588191346223_oKama Sywor Kamanda est un écrivain congolais, il est né le 11 novembre 1952 à Luebo au Congo-Kinshasa. Il a fait son droit à l’Université de Liège en Belgique et à l’Université de Strasbourg en France. Après ses études, il est devenu journaliste et puis assistant technique pour une agence de presse. En 1977, Kamanda est obligé de s’exiler pour des raisons politiques. Il consacre son temps à sa 81Y1JJzHfiLcarrière littéraire et aussi à la défense des droits de l’homme en Afrique.

Tour à tour conteur, poète et romancier, Kama Sywor Kamanda a produit une œuvre littéraire considérable et mondialement reconnue. Depuis la parution, en 1967, de son premier ouvrage, Les Contes des veillées africaines, il a écrit des poèmes et divers 51w6a+558GL._UY250_recueils de contes (1988 Les Contes du griot t. I, 1998 Les Contes du griot t. III [La Nuit des Griots ] pour lesquels il a reçu le Grand Prix littéraire de l’Afrique Noire et en 2000 Les Contes du crépuscule). En 2003, il réédite tous ses contes en version illustrée, puis en oeuvres complètes en 2004. Il s’est distingué par ses contesavec Aimé Césaire littéraires à la fois inspirés par ses expériences personnelles, son imaginaire et les traditions et réalités du continent noir. Récits féeriques, ils sont imprégnés de la culture et de la civilisation de toutes les terres africaines.

En tant que poète, Kamanda Sywor Kama a su redonner un souffle nouveau et de la grandeur à la poésie contemporaine, grâce à la richesse de son langage et à sa maîtrise de la métaphore. La critique et des poètes parmi les plus grands de son temps, dont bfd36f5bc74d377e54fc4820fdc5c711Mario Luzi et Léopold Sédar Senghor, ont souligné la puissance de ses vers et la richesse de son imagerie. Il a reçu de nombreux prix, notamment, en 2009, le Prix Heredia de l’Académie française pour l’édition intégrale de ses oeuvres poétiques. Ses deux recueils de poésie, L’Exil des songes (1992) et Les avec jm le clézio etMyriades des temps vécus (1992) ont été honorés par l’Académie Française.

En tant que romancier, Kamanda n’a cessé de porter en lui son Afrique et ses rêves. Ses écrits révèlent un véritable résistant face aux pouvoirs totalitaires, mais aussi un complice des hommes et des femmes qui luttent en silence pour le respect de leurs droits ou leursans-titre0 survie et celle de avec nadine gordimerleurs enfants. C’est un écrivain engagé, il s’est toujours considéré comme une « âme perdue entre les rêves et les illusions, les joies et les peines du monde africain ». Kama Kamanda a reçu de nombreux prix. En 1987, il a reçu le prix Paul Verlaine de l’Académie française pour son recueil, Chants de Brumes (1986), qui célèbre l’Afrique. Il a aussi reçu le prix Louise Labé en 1990 pour son ouvrage La Somme du Néant (1989). Voici sa bibliographie non exhaustive:

1986 – Les Résignations
1987 – Éclipse d’étoiles
1993 – Les Vents de l’épreuve
1994 – Quand dans l’âme les mers s’agitentl-etreinte-des-mots-de-kama-sywor-kamanda
1994 – Lointaines sont les rives du destin
1995 – L’Étreinte des mots
les-resignations-de-kama-sywor-kamanda1999 – Œuvre poétique
2002 – Le Sang des solitudes
2006 – La Traversée des mirages
2006 – La Joueuse de Kora
2006 – Contes africains (Gründ)
2007 – Au-delà de Dieu, au-delà des chimères
2008 – Œuvre poétique, édition intégrale

 

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Trois prétendants…un mari – Guillaume Oyônô Mbia – Acte 1

Ondua – Ah Matalina, n’est-ce pas que Juliette elle-même revient de Dibamba aujourd’hui?

Matalina – Oui, aujourd’hui. Elle m’a écrit qu’elle arriverait cet après-midi.

Atangana – Quelle heureuse coïncidence ! Vous savez, Ndi, le jeune cultivateur qui avait versé cent mille francs de dot pour elle arrive cet après-midi Également. On m’annonce aussi que (Un temps) euh enfin, un autre prétendant, un grand fonctionnaire de Sangmélima, vient me rendre visite aujourd’hui ! (Un peu emballé) Me rendre visite à moi, vous entendez ? (Ton confidentiel.) Là -bas, en ville, on attend longtemps avant de lui adresser seulement la parole ! (murmures d’admiration parmi les assistants.)

Bella – (fièrement) Un vrai blanc ! Ma petite Juliette va épouser un vrai blanc ! Ah Nane Ngk !

Matalina – (qui voudrait bien être à la place de Juliette) Quelle chance ! Ma cousine est vraiment née avec une étoile sur le front ! Épouser un homme si riche ! la veinarde ! Elle aura bientôt des tas de robes, des jupes en tergal, des perruques blondes, elle aura tout !

Ondua – (sentencieux) Ah Atangana, mon frère ! Voilà l’occasion ou jamais de te faire accorder un fusil sans les complications d’usage !

Abessolo – (très vite) Oui, ne rate pas une telle occasion ! Tu sais qu’on te fait subir de longues attentes chaque fois que tu te présentes devant les bureaux administratifs ! Maintenant que tu auras un si grand homme comme gendre, je parie que tous les fonctionnaires de Sangmélima s’empresseront de te servir !

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Makrita – (heureuse de cette information) N’est-ce pas ? (À Juliette) Ton père te donne un mari très travailleur, Juliette ! Ah, si tu avais vu le jour où Oyônô et lui me défrichaient mon champ d’arachides de cette année ! (…)

Abessolo(impatienté) Oui, mais nous ne voulons plus de lui ! Il faut que Juliette épouse le fonctionnaire ! (…)

Juliette – Mais comment voulez-vous que je…

Bella – (sévèrement) Juliette ! Une fille ne parle pas quand son père parle ! (…)

Juliette – Tu veux donc que j’accepte de me laisser vendre comme une chèvre ? Mais je suis un être humain ! J’ai de la valeur !

Matalina – Bien sûr que tu as de la valeur, Juliette ! On t’a déjà dit que Ndi, le jeune planteur d’Awaé, a versé cent mille francs pour t’épouser. Le grand fonctionnaire qu’on attend cet après-midi versera encore beaucoup plus d’argent. Est-ce que tout cela ne te montre pas que tu as de la valeur ? […]

Abessolo – Et qui d’autre veux-tu que nous regardions ? Tu es la fille la plus instruite de la famille ! Il faut aussi que ton frère Oyônô paie la dot de la fille qu’il veut épouser à Ebolowa. (Un temps : Abessolo sait qu’il va avancer un argument de poids) D’ailleurs, est-ce que tu nous as déjà dédommagés de toutes ces dépenses faites pour tes études à Dibamba et ailleurs ?