BERNARD DADIE ET SON AMI

Encore un écrivain qui a joué un rôle dans  ma vie, sans le savoir. J’adore cet écrivain car je le trouve complet (il excelle dans tous les genres littéraires). En plus, il est toujours resté logique dans ses pensées et ses actions (même après un séjour en prison). Enfin, son combat pour la Négritude et pour faire rayonner l’Afrique dans le Monde n’a pas pris une ride. Il mérite le respect. Un grand respect. Alors, c’est la raison pour laquelle son nom a été prononcé dans une chambre d’hôpital. Attendez, je vais vous raconter.

Durant ma période aide-soignante, j’ai rencontré de nombreuses personnes. Au bout de dix-sept ans, j’étais blasée. Plus rien ne m’étonnait. Jusqu’à ce fameux jour…

Je travaillais dans un service de fin de vie à cette époque dans une grande clinique huppée parisienne. Comme d’habitude, je faisais mon tour habituel pour aider mes patients ou leur faire le nursing quand ils n’en avaient plus la force. Je suis rentrée dans la chambre d’un de mes chouchous. Oui, vous avez bien lu. Un chouchou. Nous en avons tous dans les hôpitaux. Le hic, c’est qu’il ne le sait pas. Sinon, ce serait trop facile et pas du tout professionnel. Bon, c’est un secret et ça reste entre nous.

Alors, j’en étais où? Ah oui, dans la chambre d’un patient en fin de vie. Comme tous les jours, nous parlions littérature pendant que je prenais soin de lui. Il devait avoir quatre vingt ans et plus beaucoup de mémoire. Mais, il restait imbattable dans le domaine littéraire. Il adorait lire et écrire. Il avait écrit, en secret sa vie dans les camps de concentration. Mais, ne voulait pas l’éditer. « Tu sais, mon bel oiseau des îles, c’est une histoire qui fait mal à l’âme. Elle est très intime. Je l’ai écrite dans une sorte d’exorcisme. c’est tout. » 

ça y est, je délire encore. Mais, on va y arriver. Donc, pendant notre échange, il me parla d’un de ses promotionnaires ivoirien. Un écrivain. « D’une intelligence remarquable ». « Il sait tout écrire ». Sans réfléchir, je lui lance « Bernard Dadié! ». D’un bond, il s’est assis dans le lit (cela faisait une éternité qu’il ne l’avait pas fait). Il me raconta beaucoup d’anecdotes sur son « pote ». Puis, je l’ai quitté. Le soir, en passant pour les derniers soins, je l’ai retrouvé, entouré de tous ses enfants.

« C’est elle » s’écria -t-il. Moi? Qu’est-ce que j’ai encore fait? ai-je pensé.

« C’est elle qui l’a dit ».  Oh la la, avec ma grande bouche, qu’est ce que j’ai encore dit?

« Si, si. Demande-lui. Elle l’a dit ». Bon, je crois que je vais aller pointer au chômage. Bon sang, qu’est ce que j’ai pu faire?

« Hein que vous avez trouvé le nom de mon copain écrivain. Vous savez, les filles, je vous en ai souvent parlé ».

« Oui, papa Monsieur Dadié »

« C’est ça, c’est ça. Vas-y, donne-lui. Dépêche-toi ».

Je me suis retrouvée avec un gros pourboire pour avoir juste mentionné le nom d’un de mes écrivains préféré. Merci Monsieur Dadié.

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Publié par

signarelee

Je suis une passionnée de littérature étrangère. Mon rêve, vous faire découvrir les littératures d'Afrique et des Antilles. Surtout, les écrivains, méconnus pour la plupart. Vous êtes tous les bienvenus

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