LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

Marouba Fall

Cette interview, comme toutes les autres d’ailleurs, me tient beaucoup à cœur.  Celle-ci est particulière car Marouba Fall a été mon professeur au CEMT. Je l’ai connu jeune et fringant professeur. Profondément humain et juste  Merci à vous Monsieur Fall d’avoir accepté de jouer le jeu. Un article sur cet écrivain est à paraître très bientôt.

Monsieur Fall, je m’appelle Amélie Diack. Après avoir été une de vos élèves, je suis très émue de vous interviewer en tant qu’auteur. Et Quel auteur ! Je vous remercie d’avoir accepté.
C’est un plaisir et une fierté certaine pour moi de retrouver une ancienne élève qui a réussi et qui se souvient de moi.

Tout d’abord, je souhaiterai que vous vous présentiez.
Je suis Sénégalais et professeur de Lettres modernes de formation. Je suis actuellement à la retraite, mais je suis régulièrement invité dans les collèges, lycées, universités et centres culturels de mon pays pour échanger avec les enseignants, les élèves, les étudiants et un public assez large, sur la littérature de langue française en général et sur mon œuvre en particulier. Je donne aussi un cours de théâtre à l’École Nationale des Arts de Dakar et je pilote une maison d’édition : Ruba Éditions.

Où avez-vous passé votre enfance, vos études ?
Je ne suis pas beaucoup sorti de mon pays natal où je passe ma vie. J’ai fait toutes mes études à Dakar, de l’élémentaire au supérieur.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Dès que j’ai su lire et comprendre ce que je lisais, j’ai voulu écrire. Il y avait aussi l’influence qu’exerçait sur tout le monde le Poète-président Léopold Sédar SENGHOR. Je me rappelle la manie que j’avais de recopier les beaux textes que je découvrais et que j’imitais ensuite.

À quel moment avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Cela va vous étonner, chère Amélie, mais je m’applique encore à devenir un écrivain. Pour le moment, j’écris et je n’ai pas encore déposé ma plume, car je compte m’améliorer à chaque nouvelle œuvre publiée. Je suis donc un écrivant. Le goût de l’écriture m’est venu très tôt. À chaque étape de ma vie, j’ai senti un besoin de m’exprimer avec les outils à ma portée. J’ai commencé à dévorer des bandes dessinées, entre 9 et 13 ans. J’ai alors créé mes personnages et inventé des situations où les installer et j’ai dessiné à main levée. Plus tard, je me suis intéressé au roman policier et j’ai continué à écrire au stylo des bandes dessinées dont les héros étaient soit des agents de la CIA soit des détectives privés. C’est lorsque je fréquentais le cycle Secondaire, au lycée Van Vollen Hoven devenu lycée Lamine Guèye de Dakar, que j’ai vraiment découvert les Belles Lettres, alors je me suis mis à rimailler, à construire des récits et à structurer des spectacles dramatiques.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Ma famille, c’étaient d’abord mes deux parents, mes sœurs et frères cadets dont les uns étaient analphabètes en français et les autres trop jeunes et peu instruits pour comprendre les enjeux de la littérature. Lorsqu’ils me voyaient scotché à ma chaise pendant des heures, penché sur ma table de travail, en train de lire, d’écrire et de raturer, ils me plaignaient. Certains qui avaient même peur pour ma santé mentale, me conseillaient d’aller prendre l’air plutôt que de rester seul, entouré de livres. Aujourd’hui, ma famille, ce sont aussi mes enfants parmi lesquels je compte une prof de français qui a des aptitudes critiques à cultiver, une prof de philo et le benjamin qui veut devenir écrivain. C’est dire que ma famille est fière non pas de mon désir, mais de ma posture qui est celle d’un porteur de paroles essentielles, de paroles nourricières. Ce sentiment s’est approfondi et considérablement élargi lorsque j’ai commencé à écrire en wolof, ma langue maternelle et que ceux des miens qui pensaient que j’étais un toubab noir ont compris que je maîtrisais à merveille la langue que j’ai tétée et que je suis resté fidèle à ma culture.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Le sujet de mon premier roman m’a été inspiré par mon vécu de jeune enseignant dans un collège de jeunes filles. En effet, j’ai été affecté comme professeur de français au CEMT/Filles1 devenu Collège Martin Luther King alors que je bouclais à peine 23 ans. Dans La collégienne, œuvre publiée par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, je pose le problème global du système éducatif dans mon pays, même si le lecteur superficiel n’en retient que le thème des relations entre professeurs et élèves de sexes opposés. J’ai décrit le CEMT/Filles de l’époque, c’est-à-dire des années 1973 à 1986, j’ai décrit les quartiers de Fass Paillote et Colobane. Les personnages principaux, parmi lesquels Mar NDIAYE, Oulimata THIAM, Madame DRAMÉ, Mère Soukaïna, Oncle Ndemba, me sont inspirés par des personnes que j’ai côtoyées. J’ai écrit sans trop m’éloigner de la réalité vécue pour ne pas rater mon coup d’essai romanesque, car avant La collégienne, j’étais surtout connu comme un dramaturge que le Concours théâtral interafricain organisé par Radio France Internationale avait révélé, en 1981, grâce à une pièce de théâtre primée, aujourd’hui, inscrite au programme de l’enseignement du français : Adja, militante du G.R.A.S.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Je ne sais pas combien de temps j’ai mis, car l’écriture ne commence pas le jour où on prend sa plume et se met à sa table de travail pour écrire. Dès que l’idée d’une œuvre germe dans son ersprit, l’écrivain est en train de la structurer, de la nourrir de ses expériences et de tout ce qui l’entoure, de l’inscrire mentalement dans son tableau de bord intérieur. L’écriture proprement dite ou la mise sur papier ou sur ordinateur est la phase finale d’un processus identique à celui de la mise au monde d’un enfant, mais temporairement indéterminable. Tout comme la femme qui accouche, l’écrivain qui parvient au point final d’une œuvre est forcément soulagé parce que délivré. Satisfait ? En ce qui me concerne, je réserve toujours ma satisfaction en attendant le verdict des lecteurs avisés.

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Très bien accueilli. Il est inscrit au programme officiel d’enseignement du français. Il a été adapté à la télévision sous le même titre et je suis régulièrement invité dans les lycées et collèges pour en parler.

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Après La collégienne (1990), trois autres œuvres sont publiées : Entre Dieu et Satan (NEAS, 2003), Betty Allen ou la liberté en question (NEAS, 2007) et Casseurs de solitude (Harmattan-Sénégal, 2012). J’ai publié quatre recueils de poèmes et de nombreuses pièces de théâtre, surtout des essais sous le titre LIS TES RATURES 1. (NEAS, 2012). Comme dit tantôt, à chaque nouvelle publication, j’ai essayé de m’améliorer en renouvelant mon écriture et la structure de l’œuvre.

Quels sont vos projets ?
J’ai écrit un conte Édalie, publié par Fama Éditions, à Thiès, en 2017.J’envisage d’en écrire un autre. Je suis en train de parachever un scénario en français-wolof (La colline et la tombe / Baat biy daan mbër) qui adapte un texte contenu dans mon ouvrage en wolof Yóbbalu ndaw (Viatique pour la jeunesse). Je vais davantage écrire dans ma langue maternelle, mais en privilégiant le bilinguisme.

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Les passions se transmettent difficilement. Et puis il ne suffit pas d’aimer l’écriture pour parvenir à écrire comme il faut. Et si l’inspiration est incontournable en littérature, elle ne suffit pas. Le bon écrivain transpire aussi abondamment, Boileau l’avait déjà prédit. Il faut écrire, relire, raturer, réécrire et faire lire avant de faire publier. D’ailleurs il faut commencer par beaucoup lire les meilleurs écrivains. Car comme le dit l’adage wolof : Loo nekkul taalibéem doo nekk sëriñam (avant de maîtriser une chose, il faut l’apprendre d’abord)

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Comme je viens de le dire : lire, beaucoup lire, maîtriser la langue d’expression et connaître l’esthétique des genres littéraires.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog dont voici le lien https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/?
Je vous encourage. Continuez à faire découvrir les auteurs du Sénégal et des Antilles.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Merci, Amélie et bonne chance.

Réponses faites le 14 juin 2018.

1- CEMT Collège d’Enseignement Moyen Technique.

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Voyage en terres africaines – Mel’lectures

5,0 sur 5 étoiles
Voyage en terres africaines
Par Mellectures le 8 juillet 2018shouna genèse.jpg
Format: Broché
Shouna est un être étonnant.
Lui dont les origines sont floues est né pour avoir un destin exceptionnel.
Mais ce qui l’attend sera loin d’être facile.

Ce livre m’a envoutée de la première à la dernière ligne.
Commencer ce livre c’est accepter de partir à la découverte d’un monde étonnant,
monde où les contes prennent vie et où lumières et ténèbres mènent une lutte incessante pour prendre l’avantage.
Amélie Diack plonge son lecteur dans une histoire fascinante ,de celles qui résonnent intensément à l’intérieur de nous, celles qui provoquent ce petit je-ne-sais-quoi qui nous fait tourner avidement les pages
pour connaître la suite de cette histoire , ou plutôt de ce conte qui se joue devant nos yeux.
Les mots prennent vie devant nos yeux , nous donnant l’impression d’être sur ces terres africaines qui sont si chères à l’auteure.
À travers ses mots, on sent que à quel point l’auteure a envie de nous faire découvrir autrement l’Afrique et ses légendes.

L’Afrique est un continent riche d’histoires et de légendes où le bien et le mal s’affrontent sans cesse pour prendre l’avantage .

Chaque camp à ses héros, chargés de faire basculer la balance d’un côté ou de l’autre.
Mais que faire lorsqu’un être exceptionnel vient au monde et que repose sur ses épaules le poids de cette lutte?
Shouna est de ceux là , de ceux qui peuvent faire basculer l’histoire du monde .

Ses origines sont floues et il se pose énormément de questions sur son histoire ,
ses parents et les raisons pour lesquelles il semble si important.
Cette quête sur ses origines ne se fera pas sans douleur pour lui et pour les autres.

Ce qu’il va découvrir va changer ses perceptions et risque bien de changer l’équilibre des choses.
Je ne vous en dirai pas plus mais vous aussi vous risquez d’être étonnés face à ce que vous allez découvrir.

Il est assez difficile de décrire les émotions qui nous submergent en lisant ce texte.

Il fait partie de ces textes qui ne peuvent se raconter tant il faut les lire pour pleinement saisir ce qu’ils représentent et ce qu’ils ont à nous offrir.

Avec ce livre vous serez dépaysés , vous aurez l’impression d’avoir basculé dans un monde où tout a un sens , où tout est intrinsèquement lié à ce qui l’entoure .

Oserez vous tenter l’aventure ?

Les Editions Khoudia – Centre Africain d’Echanges et d’Animations Culturelles (CAEC)

Les Editions Khoudia ont été fondées par l’écrivaine Aminata Sow Fall en 1987. Le Directeur actuel est l’écrivain Nabil Haïdar. Cette Maison d’Edition à compte d’éditeur lui permettait de s’engager dans la modernisation culturelle du Sénégal. Un objectif qui tient à cœur à Aminata Sow Fall.

Ainsi, il s’agit d’éditer des écrivains Africains en Afrique pour redonner envie aux africains de lire, d’écrire malgré les conditions de vie difficiles. De donner une visibilité aux nouveaux auteurs africains, leur faire exprimer leur créativité. Le prochain objectif de cette Maison d’Edition est d’éditer en langues nationales africaines.

Extrait d’une nouvelle

Il est vrai que j’aime rire. Il est vrai que mon rire vient du fond de mon âme. Cependant, je vais te faire une confidence, ma grande, bien que je sache que tu as déjà deviné. Tu me connais si bien. Je ris pour ne pas pleurer. Je ris pour oublier que j’ai mal. Je ris pour me protéger. Je ris à en avoir mal. Pour cacher les bleus de l’âme.
Je sens ce rire naître douloureusement au creux de moi. Je sens déjà son goût amer au fond de ma gorge. C’est affreux. C’est un cauchemar. Je dois lutter contre les larmes qui persistent à vouloir couler. Mais, si je pleure, je suis faible, et personne ne doit connaître ma faiblesse.

Un extrait

Le silence, telle une chape de plomb, enveloppait le monde pétrifié, angoissé, annihilé de doutes, de peurs primaires, de terreurs sans nom. Le silence bruyant de peurs comprimées s’était confortablement installé.
Telle une mauvaise odeur, il s’insinuait dans toutes les interstices de l’incertitude. Il avait fait sien le monde des purs et des impurs, des visibles et des invisibles, du bien et du mal, de ceux qui savaient tout et de ceux qui ignoraient tout. Le silence avait fait de ces mondes son royaume.
Les astres, dans le ciel, s’étaient faits discrets. Ils ne tenaient pas à assister à la lutte des forces contraires. Leur avenir était lié à l’aboutissement de cette lutte parricide. Comme tout le monde, ils se tenaient accroupis, la tête entre les jambes, le dos rond, les yeux fermés, les mains enveloppant leurs oreilles. Ils étaient pétrifiés de terreur. Ils attendaient on ne sait quoi. Le ciel sur la tête ? La fin du monde ? De leur monde ? Peu importe. Tous attendaient. Maudite attente.

En vente sur Amazon

Par une nuit sans lune. A l’abri des regards, sauf des djinns, des Ancêtres et de Mamie Wata, il est arrivé…. Il a pris en otage Amazon et s’y est installé. Attention! il a décidé d’aller à l’assaut du Monde, entouré de ses animaux. Il est poursuivi par les sorciers mangeurs d’âmes humaines. Ô horreur! Ô malheur! Cet être étrange se dédouble!!!! Si, si, je l’ai vu de mes propres yeux. Allez voir par vous-même. Il s’est transformé en broché et en ebook. Je viens vous prévenir. Shouna la genèse maudite T.1 est en vente sur Amazon. Achat ici