soleil à son lever – Amina Saïd – 2002

chaque jour tu rattrapais la lune
qui fuyait

chaque jour tu approchais de mon silence
pour y mêler le tien

je me voyais poser la main sur une ombre
moi-même j’étais une ombre
sans paupières

nous étions notre propre désert
pierre au vif des sables
et source dans l’amour du monde

nous étions l’oiseau blanc
qui porte le nuage entre ses ailes
nous étions le vol et l’oiseau
fendant le ciel du regard
quand s’abolit la distance
et que renaît le feu

soleil à son lever
chaque jour tu rattrapais la lune
qui fuyait

nous étions la lune et le soleil
et la couleur qui soutient le ciel
et son commencement

nous étions lumière et ténèbres
nous étions la roue
qui assemble le jour et la nuit

nous étions l’homme la femme
et l’enfant que je voyais en toi

chaque jour tu approchais de mon silence
pour y mêler le tien

nous étions la totalité
des voyelles et des consonnes
que scellaient nos bouches de chair

nous étions le feu vif et la cendre
et nos propres décombres

nous étions tout ce qui n’eut pas lieu
et qui dure

La douleur des seuils, Paris, Clepsydre/ La Différence, 2002.

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Celui qui a tout perdu – David Diop – 1956

Le soleil brillait dans ma case
Et mes femmes étaient belles et souples
Comme les palmiers sous la brise des soirs.
Mes enfants glissaient sur le grand fleuve
Aux profondeurs de mort
Et mes pirogues luttaient avec les crocodiles
La lune, maternelle, accompagnait nos danses
Le rythme frénétique et lourd du tam-tam,
Tam-tam de la joie, tam-tam de l’insouciance
Au milieu des feux de liberté.

Puis un jour, le Silence …
Les rayons du soleil semblèrent s’éteindre
Dans ma case vide de sens.
Mes femmes écrasèrent leurs bouches rougies
Sur les lèvres minces et dures des conquérants aux yeux d’acier
Et mes enfants quittèrent leur nudité paisible
Pour l’uniforme de fer et de sang.
Votre voix s’est éteinte aussi.
Les fers de l’esclavage ont déchiré mon coeur,
Tams-tams de mes nuits, tam-tams de mes pères.

David Diop (« Coups de pilon » – Présence Africaine, 1956)