Entretien avec Hamidou Bah, Maître du thriller Guinéen

Aujourd’hui, j’ai le grand honneur de vous présenter le Maître du thriller Guinéen. Et c’est peu de le dire. Une écriture profonde. Bouleversante. Des récits qui dépeignent en toute franchise la société. Une plume qui n’a rien à envier aux maitres du thriller d’Afrique ou des autres continents. Ses romans? Des bijoux de suspens. De thriller. Je vous parle de Hamidou Bah. Un grand écrivain dans la lignée de Camara Laye, de William Sassine et tant d’autres. Un nom à retenir.

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A.D Bonjour, Je m’appelle Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet entretien. J’en suis honorée
H.B Bonjour Amélie, l’extrême plaisir me revient. Je vous suis depuis un certain temps sur les réseaux sociaux. Et figurer parmi les nombreux auteurs qui ont eu la chance de faire cette interview est un réel honneur pour moi.
A.D De même pour moi.

New Phototastic CollagejA.D Si je vous dis « qui êtes-vous », que me répondrez-vous ?

H.B Je vous dirais que je suis un jeune auteur guinéen, que j’ai 32 ans, que je suis marié, responsable marketing dans une boite de la place et que j’ai toujours été intéressé par tout ce qui touche de près ou de loin à la création, notamment le théâtre et la littérature. Et ce depuis ma tendre enfance.

A.D Où avez-vous fait vos études et quels sont les souvenirs que vous en gardez ?
H.B J’ai débuté mes études à Conakry, la capitale guinéenne. J’y ai fais mon cycle élémentaire, le primaire et une année de collège. J’ai ensuite immigré pour la France.41XL18al4iL C’est dans ce pays que je poursuivrais la suite de mes études jusqu’à l’obtention de mon master 1 en économie-gestion.

A.D. Quels sont les meilleurs souvenirs d’enfances qui vous ont marqué ?
H.B Je garde de très bons souvenirs de mon enfance. Mais ceux que je chéris entre autres sont ces moments que je passais dans le magasin de mon père pendant les grandes vacances. Non seulement cela tombait en pleine saison pluvieuse (J’aime beaucoup la pluie) mais en plus de cela j’avais l’opportunité de passer beaucoup de temps avec lui. C’est mon héros.
A.D Quels souvenirs gardez-vous de votre exil pour la France ?
H.B D’excellents souvenirs. Mes anciens camarades de classes, et anciens collègues de travails me manquent. Je connais plus la France que le Sénégal ou encore la Guinée. Néanmoins je ne regrette pas mon retour en Afrique. L’homme doit continuer de voyager intérieurement et extérieurement s’il veut grandir intellectuellement.

A.D. Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
images01D0HTK9H.B Aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé écrire. Mes premières ébauches datent du primaire. C’était des poèmes d’amour. Faut croire que j’ai toujours été un grand sentimental.
A.D Je n’ose pas vous demander à qui ces poèmes étaient adressés (rires).
H.B Mes amourettes de jeunesses (rires)

A.D. En avez-vous parlé à votre famille ? Qu’en a-t-elle pensé ? Qui est votre fan n°1?
H.B Que ça soit mes amis, ou mes frères et sœurs, personne ne m’a vraiment pris au sérieux lorsque j’ai annoncé cette envie d’éditer un premier roman. Ma mère est l’unique personne qui a toujours crût en moi, et cela, dans n’importe quel projet dans lequel je me suis engagé. C’est ma première fan.

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A.D. J’ai chroniqué certains de vos livres. Vous avez une superbe façon de créer le suspens jusqu’à la dernière ligne. Comment faites-vous ?
H.B Ma méthode est simple : je ne pense jamais à ce que je vais écrire à la prochaine page. Je me plonge donc moi même dans le suspens par rapport à ce que je vais écrire. C’est un exercice douloureux car le cerveau est naturellement curieux. Mais je fais tout pour l’occuper et l’obliger à ne pas penser à l’histoire que j’écris jusqu’à la prochaine fois où je reprends la plume. Il est donc évident que si je ne sais pas ce qui va arriver à la prochaine page avant de l’écrire, il y a de fortes chances que le lecteur ne devine pas ce New Phototastic Collagepqu’il va arriver avant de le lire.
A.D Personnellement, Je laisse les personnages me guider. Ils vivent leur vie et je l’écris.
H.B C’est exactement ce que je fais. Je ne prémédite presque rien.

A.D. Quelle a été votre source d’inspiration pour votre premier roman ?
H.B La réalité. Mon premier roman « la mystérieuse disparition du talibé » est né d’une indignation. Dans certains pays africains et plus particulièrement au Sénégal, près de cent mille enfants errent dans la rue chaque jour, exposés non seulement à la mendicité mais également à tous les dangers qu’on connaît à l’errance.
A.D Effectivement, mon père préférait les nourrir sur place plutôt que de leur donner la nourriture à emporter. Au moins, ils mangeaient à leur faim. C’est un problème sociétal au Sénégal. Des voix commencent à se faire entendre et des associations aussi.

H.B Votre papa devait être très humain. En effet nourrir ces enfants sur place c’est mille fois mieux que de leur offrir cette nourriture à emporter. Car ils la revendront très souvent à des êtres sans âmes. Pire lorsque c’est de l’argent que vous leur donnez. Ils New Phototastic Collage02reverseront cette bourse une fois la nuit tombée.

A.D. Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ?
H.B Un mois. Je passais cinq heures devant la feuille blanche, chaque jour. Et c’est une histoire où l’inspiration n’a manqué à aucun moment. Je remercie Dieu pour cela.
A.D Waouh ! Bravo. Je n’ai pas une telle astreinte pour l’écriture. J’écris quand l’inspiration arrive. Peu importe le moment. Mais, c’est surtout la nuit.
H.B Il est exact que nulle ne peut maitriser son inspiration. C’est une chose divine. Il est inscrit dans le coran que «Dieu distribue ses dons à qui il veut». L’organisation et le travail nous servent à mettre de la rigueur dans ce que nous faisons et à nous améliorer.

A.D. En étiez-vous satisfait après l’avoir écrit ? Qu’auriez-vous changé ?
H.B Lorsque j’ai terminé l’histoire et que je l’ai relue intégralement, j’étais vraiment New Phototastic Collage2satisfait du contenu. Néanmoins, je trouvais que je pouvais faire beaucoup mieux au niveau de l’écriture. Et les premiers refus que j’ai essuyé auprès de quelques maisons d’éditions m’ont confirmé cela. Il a fallu que je fasse un véritable travail de réécriture, je l’avoue.
A.D Les refus, la plaie pour les écrivains. Mais, parfois cela peut donner de beaux textes. La preuve…
H.B Merci. Les échecs ne doivent pas nous décourager. Au contraire, il faut s’en servir comme moteur et continuer à faire mieux.

A.D Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
H.B J’étais très angoissé après sa parution officielle. Le sujet que je traite est très sensible car il est apparenté dans notre pays à la religion. Mais je suis content car ceux qui l’ont lu m’ont fait de très bon retours. Je fais énormément de promotion et cela commence à porter ses fruits. À ce jour, le livre a été tiré à près de sept cent exemplaires.New Phototastic Collage5
A.D Toutes mes félicitations
H.B Je vous remercie.

A.D. Comment vous sentez-vous à chaque publication ?
H.B La publication ne me fait plus le même effet qu’avant. Il est vrai qu’on est toujours content d’offrir quelque chose de nouveau à nos lecteurs mais ce qui me met en extase, je le dis très clairement, c’est l’écriture. Lorsque j’entame un nouveau livre, mon cerveau secrète une grande dose de dopamine et d’adrénaline chaque jour. C’est un pur moment de joie. D’ailleurs je vis toujours mal les premiers jours qui suivent l’achèvement d’un livre.

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A.D. Comment avez-vous vécu l’aventure de l’édition ?
H.B Je ne dirais pas que c’est une formidable expérience. Je ne suis pas satisfait des premiers contrats que j’ai signés. J’étais dans l’euphorie. J’entretiens néanmoins de bonnes relations avec ma maison d’édition. Mais pour mon dernier livre « Myla et la clé du coffre » disponible sur Amazon, j’ai préféré m’auto-éditer. Je suis content de ce choix.
A.D Je vois que vous avez connu ce qu’ont connu de nombreux écrivains. Je suis passée parCouv La patte du mal là. Je me suis fait arnaquer pour ma première édition. Puis, je me suis tournée vers l’autoédition. Mais, je ne suis pas douée pour la publicité. Suite à des problèmes de santé, j’ai tout mis en standby. Mektoub (rires)
H.B C’est vrai que faire sa propre promotion demande beaucoup de temps. Et surtout du cœur, car en Afrique, lorsque vous parlez de vous-mêmes ou de ce vous avez produit, les gens vous regardent toujours d’un air (Il ne se prend pas pour de la m**** lui) Alors que tout ce que vous cherchez à faire, c’est offrir de la lumière à vos œuvres. Si les maisons d’éditions faisaient un meilleur travail, vous en feriez peut-être moins.
Je vous souhaite au passage une santé de fer pour l’année 2020. Si vous ne faites pas votre promotion, vous le faites à merveille pour les autres. Puisse Dieu récompenser cela.

A.D Merci

91836722_10157157169541547_365819235231858688_oA.D. Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
H.B Je ne sais pas si on peut transmettre l’envie d’écrire mais je pense très sérieusement qu’on peut transmettre celle de lire. En faisant une étude poussée des tendances actuelles et en y associant la nouvelle technologie, j’ai permis à beaucoup de personnes de se remettre à la lecture. C’est une chose dont je suis extrêmement fier.
A.D Félicitations car il n’est pas facile de mettre cette nouvelle génération à la lecture
H.B Tout à fait. Mais gardons à l’esprit que tout le monde aime les histoires. Ce qui tend à être démodé au yeux des jeunes, c’est notre support : l’écriture. Les jeunes ont de moins en moins le temps. Voilà pourquoi je fais le travail de les ramener aux goûts du jour. Ce n’est pas gagné ! la dame de la cave couv

A.D. Que représente l’écriture pour vous ?
H.B Une drogue mdr. Je ne conçois presque plus ma vie sans cela. Avec une feuille et un stylo, je me sens tel un oiseau dans le ciel. Vous avez beau enchainer un homme, vous ne pourrez pas emprisonner ses mots. Le cerveau trouve toujours un moyen de s’exprimer. C’est Dieu qui nous a offert cette liberté.

A.D. L’écriture est-elle synonyme d’engagement ?
H.B Pas pour moi. J’écris pour m’évader et faire rêver les gens. Néanmoins je respecte les auteurs qui utilisent leur plume et leur intelligence pour faire bouger les choses et éveiller les consciences – particulièrement sur le plan politique et social.

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_410A.D. Quel est votre métier en dehors de celui d’écrivain ? Pensez-vous qu’il ait interféré dans votre désir d’écrire ?
H.B Je suis responsable Marketing dans une boite. Ce métier demande un sens aigu de l’observation et de la persuasion. Ce sont deux qualités que j’ai su éveiller dans mon écriture.
A.D Une belle manière de joindre l’utile à l’agréable
H.B Tout à fait.

A.D. Une telle carrière est-elle difficile à gérer ?
H.B Très difficile. Chaque jour y a un nouvel auteur, une nouvelle histoire, un nouveau livre qui est publié. On ne veut pas se l’avouer car cela entrave quelque peu l’image et l’éthique que la majorité se font du monde littéraire mais à un moment donné, il faut ouvrir les yeux : le monde littéraire est devenu très compétitif. Il faut avoir les crocs pour réussir. Je connais beaucoup d’auteurs qui ont écrit des choses surprenantes mais qui hélas se sont éteints avec le temps – faute de promotion.
A.D J’en connais aussi
H.B Ce qui conforte mon constat. Ils sont nombreux j’imagine.

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A.D. Quels sont vos futurs projets ?
H.B Adapter un de mes livres J’ai déjà un pied dans le monde audio visuel et je compte bien tourner cela à mon avantage. Je n’ai pas mis un bébé au monde pour ne pas prendre au mieux soin de lui.
A.D Après vous avoir lu, vous le méritez.
H.B Merci, vous êtes adorable.

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_21d7A.D. Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs dans le cadre de l’écriture et de l’édition ?
H.B Je leur conseillerais de se créer un style différent des autres, de ne pas suivre la meute, de choisir au mieux leurs maisons d’éditions et surtout de ne pas s’attendre à gagner des millions en restant gentiment assis dans leur canapé. Le fric c’est pour les bosseurs, alors attachez votre ceinture et bougez vous le ***!
A.D Je pense qu’ils devraient arrêter d’écrire s’ils le font pour devenir riche. L’écriture est d’abord une passion qui n’a pas de prix.
H.B Je pense que nous pouvons remplacer l’argent par la récompense. Vous savez c’est comme mettre un enfant au monde. On le met au monde dans l’intimité pour un besoin purement physiologique, émotionnelle, immatériel puis lorsque l’enfant vient au monde, nous souhaitons qu’il soit le plus brillant, le plus épanoui, le plus beau etc. C’est humain et l’argent représente cela.

A.D. Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est New Phototastic Collage5https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
H.B Continuez de faire ce que vous faites car vous le faites bien !
A.D Merci beaucoup car c’est grâce à la participation de nombreux écrivains comme vous que j’essaie de faire rayonner notre belle littérature. J’en profite pour les remercier tous.

A.D. Avez-vous quelque chose à rajouter ?
H.B Que Dieu nous protège nous et nos familles contre le coronavirus et qu’Il conduise cette maladie là ou elle ne pourra nullement porter atteinte à une personne. Amine.
A.D Amine.

A.D. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt
H.B Je vous remercie Amélie,
A.D À bientôt.

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