Le Nègre – Aimé Césaire

Un soir dans un tramway, en face de moi, un nègre.
[…]
C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardé d’un far de poussière et de chassie mêlées.
[…]
Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique
[…] Un nègre comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.
Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice…
Ma lâcheté retrouvée ! »

« Ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine
Car pour me cantonner en cette unique race
Vous savez pourtant mon amour tyrannique
Vous savez que ce n’est point par haine des autres
Races
Que je m’exige bêcheur de cette unique race »

CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL

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