La porte du voyage sans retour – David DIOP – 2021 – Ed. Points

Quatrième de couverture

« La porte du voyage sans retour » est le surnom donné à l’île de Gorée, d’où sont partis des millions d’Africains au temps de la traite des Noirs. C’est dans ce qui est en 1750 une concession française qu’un jeune homme débarque, venu au Sénégal pour étudier la flore locale. Botaniste, il caresse le rêve d’établir une encyclopédie universelle du vivant, en un siècle où l’heure est aux Lumières. Lorsqu’il a vent de l’histoire d’une jeune Africaine promise à l’esclavage et qui serait parvenue à s’évader, trouvant refuge quelque part aux confins de la terre sénégalaise, son voyage et son destin basculent dans la quête obstinée de cette femme perdue qui a laissé derrière elle mille pistes et autant de légendes.

Chronique

Le titre de ce roman parle à tous les sénégalais et à toutes les personnes ayant visité l’île de Gorée car ce nom est un douloureux héritage de la période de l’esclavage instauré par les européens. A cet endroit, dans la maison des esclaves de Gorée, les esclaves en partance pour l’inconnu traversaient une frontière invisible, une porte ouverte sur l’océan, qui les arrachait à leur terre pour toujours. L’auteur, homonyme d’un grand poète de la littérature classique africaine, raconte la France, le Sénégal, l’esclavage avec une plume aussi douée que celle de son homonyme. C’est une plume qui raconte l’histoire d’un botaniste qui, contrairement à ses compatriotes, à ses contemporains, regardait la population autochtone d’un œil différent. Il les fréquentait, ce qui était assez rare à l’époque, pour être mentionné. Il les écoutait et leur rendait toute leur humanité qui leur avait été retirée par les instances dirigeantes. Quelle fut son histoire en terre sénégalaise?

Michel Adanson, botaniste, cherche la plante rare. Ce n’est, forcément pas, ce que l’on croit. Comment chercher une légende? Maram, la revenante, est-elle un mirage? Comme pour toute fleur rare, la recherche doit être minutieuse. J’avoue que cette histoire m’a fait penser à ce botaniste qui créa un grand jardin dans une ville du nord du Sénégal. Une ville qui porta son nom : Richard Toll (le jardin de Richard). Le voyage à travers le Sénégal est décrit d’une plume alerte, vive. Le lecteur se laisse emporter dans un monde où les fleurs, les femmes, sont belles, rares et difficiles d’accès. Nous entrons dans les méandres de l’esprit d’un homme qui voit toutes ses certitudes s’envoler et exploser comme des bulles de savon offertes au soleil. Adanson nous  entraine dans une quête infinie qui brisa les barrières de son innocence. C’est la quête d’une fleur, d’une femme qui étaient devenues sa raison de vivre. Qui était-elle? Pourquoi Adanson avait-il misé son avenir, son éternelle quête de plantes rares, pour Maram, une femme qu’il connait à peine?

C’est l’histoire d’une recherche où Maram représente cette plante rare que Adanson rêve de découvrir. Symboliquement, ce dernier a traversé la porte du voyage sans retour dès l’instant où il a commencé à fréquenter les autochtones. A poser son regard sur une femme autochtone au point de vouloir créer un incident diplomatique. Dès l’instant où il a affirmé que tous les hommes sont égaux, peu importe leur couleur. Il s’agit d’une histoire qui nous emmène à la poursuite d’une illusion (?), d’un rêve éveillé qui se mua en cauchemar sans nom. Saint-Louis, Gorée… des lieux de tragédies. De sang. De douleur. Imprégnés dans le corps d’un homme qui trouvait de l’humanité dans tous les humains qu’il rencontrait. Cela sonna-t-il le tocsin de sa jeunesse, de son innocence, de sa quête? Une fleur. Une femme. Toutes les deux rares. Toutes les deux, à l’origine d’un passage par la porte du voyage sans retour. Fut-il symbolique…

Note 19/20

97827579649    Ed. Points    253 p.    7,90€  

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