Midi – Sidi Ahmed Cheik Aliou Ndao – 1970

Voici que l’air s’immobilise
Pas une aile d’oiseau
La cigale a délaissé l’archet de son violon
Aucune cadence du pilon de Kumba
Ô femme pas une graine de mil
Concassé sur ton van
Midi tu me fais peur
Tu as éparpillé tes braises
La femme assise à l’ombre
Tresse les cheveux de ses compagnes
Femme à l’affût d’un imprudent
Midi tu me fais peur
Voici que l’air s’immobilise
Comme du lait caillé au fond
D’une calebasse

Mogariennes  1970

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L’homme qui te ressemble – René PHILOMBÉ -1977

J’ai frappé à ta porte
J’ai frappé à ton cœur
pour avoir bon lit
pour avoir bon feu
pourquoi me repousser ?
Ouvre-moi, mon frère… !

Pourquoi me demander
si je suis d’Afrique
si je suis d’Amérique
si je suis d’Europe ?
Ouvre-moi, mon frère… !

Pourquoi me demander
la longueur de mon nez
l’épaisseur de ma bouche
la couleur de ma peau
et le nom de mes dieux ?
Ouvre-moi, mon frère… !

Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un jaune
Je ne suis pas un blanc
mais je ne suis qu’un homme
Ouvre-moi, mon frère… !

Ouvre-moi ta porte
Ouvre-moi ton cœur
Car je suis un homme
l’homme de tous les temps
l’homme de tous les cieux
l’homme qui te ressemble !…

René PHILOMBÉ Petites gouttes de chant pour créer l’homme Éditions Semences Africaines

Kouty, mémoire de sang – Aïda Mady Diallo – 2002

Quatrième de couverture

Gao, Mali, 6 mars 1984. Le village est attaqué par une bande de pillards Touaregs. La famille de Kouty, une fillette de 10 ans, est massacrée sous ses yeux par quatre hommes: le corps chétif de son petit frère est fracassé contre un mur, son père est égorgé pendant qu’il assiste au viol de sa femme, la mère de Kouty se suicide peu après en s’immolant par le feu…

L’auteur

Aïda Mady Diallo est née à Mopti (Mali). Elle a passé son enfance en France, avant de retourner au Mali. Elle poursuivra ses études supérieures en Ouzbékistan et aura un diplôme d’ingénieur agronome. Elle vit actuellement à Bamako où elle travaille pour un fournisseur de services Internet.

L’oeuvre

Qui n’a jamais rêvé de se venger d’une infâmie? Qui n’a jamais pensé à torturer un agresseur ou à se venger d’une profonde blessure en tuant l’auteur de différentes façons? Mais, combien ont osé franchir le pas? Très peu de personnes. Kouty, elle, est passée à l’acte après y avoir mûrement réfléchi.

A travers Kouty mémoire de sang, émerge la notion de violence, de vengeance. A quel point? A quel prix? Ce roman pose le problème de la revanche hors la loi. La substitution à la justice par une femme obsédée par la vengeance. En avait-elle le droit? Ce qui soulève beaucoup de questions concernant l’intolérance, l’absence de compassion, l’absence de pitié dela part de cette jeune femme. Kouty a grandi en gardant ses réflexes d’enfant. Ce qui interpelle, c’est sa méthode pour tuer ses agresseurs. Elle agit froidement. Aveuglément. Elle n’épargne personne. Même pas les proches des assassins de ses parents, annihilant ainsi leur innocence. Telle une enfant qui agit sans discernement et sans penser aux conséquences. Telle cette petite fille terrorisée et violentée à dix ans qui a assisté à tant d’horreurs contre sa famille. Après avoir vécu toute cette violence, qu’aurions-nous fait à sa place? Aurions-nous été si loin et si aveuglément?

Kouty, mémoire de sang est malheureusement un roman d’une grande actualité au vu des exactions qui se passent à travers le monde. Au vu des horreurs vécues par certaines populations. A travers tous les territoires en guerre. A travers tous les génocides. A travers les luttes anti ethniques qui engendrent une grande pauvreté sur tous les plans (humains, affectifs, financiers). Cependant, le roman ne parle pas que d’horreurs. Il fait aussi la part belle à l’humanité, au partage. Kouty a été « adoptée » et élevée par des inconnus. Ils l’ont recueillie par charité humaine.  Kouty mémoire de sang est un roman fort. Profondément humain. Profondément intrigant. Qui ne laisse pas indifférent.

 

 

 

A ma mère – Camara Laye

Femme noire, femme africaine,
Ô toi ma mère, je pense à toi…
Ô Daman, ô ma Mère,
Toi qui me portas sur le dos,
Toi qui m’allaitas, toi qui gouvernas mes premiers pas,
Toi qui la première m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre,
Je pense à toi…

Ô toi Daman, Ô ma mère,
Toi qui essuyas mes larmes,
Toi qui me réjouissais le cœur,
Toi qui, patiemment, supportais mes caprices,
Comme j’aimerais encore être près de toi,
Etre enfant près de toi !

Femme simple, femme de la résignation,
Ô toi ma mère, je pense à toi.
Ô Daman, Daman de la grande famille des forgerons,
Ma pensée toujours se tourne vers toi,
La tienne à chaque pas m’accompagne,
Ô Daman, ma mère,
Comme j’aimerais encore être dans ta chaleur,
Etre enfant près de toi…

Femme noire, femme africaine,
Ô toi ma mère,
Merci, merci pour tout ce que tu fis pour moi,
Ton fils si loin, si près de toi.

Femme des champs, femme des rivières
femme du grand fleuve, ô toi, ma mère je
pense à toi…

Mère Awa – Malick Fall

Il paraît que maman est morte
Quelle importance
Quelle importance puisque je peux lui parler
A mon aise
Qu’elle me répond toujours
Avec son même sourire d’enfant
Pris en faute
Quelle importance puisqu’il ne se passe de nuit
Qu’elle ne me chuchote à l’oreille
Récite trois fois ce verset
Couche-toi sur le coté droit
Et dors
Il ne se passe de nuit sans qu’elle ne s’assure
Que ma journée sera belle à gravir
Il parait que maman est morte
Pas pour moi qui écris ces lignes
Avec mes larmes
Ces lignes qu’elle ne sait lire
Avec ses larmes
Mais que son coeur assèche
Avec un sourire d’élue
Puisque je te vois là sous mes yeux
Puisque ta voix est la plus puissante
Sur terre
Sous terre
Qu’importe l’illusion de ceux qui t’ont couchée
Sur le coté droit
Et que tu regardes de ton regard
D’enfant pris en faute.

« Reliefs » Poèmes. Présence Africaine-Paris-1964