Crépuscule – Malick Fall – Reliefs – Présence Africaine – 1964

Mes villages ont peur de l’ombre
Mais l’ombre les prévient
Avant de les habiller de nuit

Une mère avive le tison pâle
Un enfant ramène les chèvres
Un père bénit le soir hésitant
Et l’ombre mord un pan du village
Si doucement que la peur s’estompe

Bonne nuit villages d’Afrique.

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Jérusalem – Abdelwahab Meddeb (poète Tunisien) 1946 – 2014

Absolu perçu raison d’histoire
Chez ceux qui ont vaincu
Comme chez ceux qui ont perdu
Absolu que scelle le silence des pierres
Face au désastre face à la victoire
Au lieu de gager Absolu contre Absolu
N’est-il pas juste de céder l’Absolu
A son irrévocable silence ? »

Migration – Abdellatif Laâbi

Fès, mamie
mon imprécatrice chauve
aux talons gercés dans la boue de l’hiver
ma folle aux dix chats sataniques
aux douze tortues pieuses
mon irrésistible défunte
au suaire de basilic
taché du premier sang de la vierge
ma mendiante sous l’auvent
de la « Boutique du prophète »
ma lavandière
ma tamiseuse
ma savetière
ma rouleuse de semoule
ma brodeuse
ma distilleuse
ma sellière
ma marieuse
ma dinandière
ma passementière
ma tisserande
ma babouchière
ma youyoutière
ma liseuse de bonne aventure
ma masseuse
ma rebouteuse
ma tatoueuse
de harqous et de henné
ma musicienne
ma conteuse
ma datte fourrée
au cheveu de la possession
mon herboriste
ma vendeuse d’œufs d’autruche
et de poils de souris orpheline
ma guérisseuse
ma gardienne de colombiers
et sanctuaires
ma planche coranique
et mon calame brisé
ma flagellante
mon amour mystique
se brûlant la main pour s’éprouver
et ne pas s’avouer
toi ma lointaine
ma recouverte du voile écrit
et des grandes eaux
de la nouvelle barbarie
Fès de nul terroir
poussée ainsi qu’une caravane de gitans
vers le large incrédule
échouée sur le roc
sommée d’apprendre le dur métier
des navigateurs

MON LIVRE AU FOND DE L’ÉTANG !Le Poète de Ndayane.

(à ceux, celles, qui adorent la poésie)

Midi !
L’heure où se ramollissent les esprits
Les métaphores alors s’épanouissent.
Dans le lointain, un ruisseau somnole et s’étire,
Ses rives bleues tapissées de nénuphars.
Mille petits papillons blancs sous l’éther calme,
Font étoiles, titubant d’ailes et d’allégresse.
Ici, la douce complainte d’un oiseau,
S’égoutte à courbe de roseau,
Sur les rides pâles de l’onde.

Midi !
D’assez longue méditation ma volonté fléchit
Parmi les sirènes, s’endort !
J’ai confondu rose et jasmin,
Et brisé l’harmonie d’un vers !
Hélas ! Ma Muse heurtée dans les nues s’en vole !
Une rose sur ma joue vient de tomber !
Ma plume gémit au rêve qui s’évanouit.
Alors j’ai fermé mon livre au tango des cygnes
Je l’ai balancé ému,
Sombrer dans les fonds bleus de l’étang !

UNE VIE…Poème inédit – Dr Ndongo Mbaye

Elle n’est pas triste
Une vie qui s’en va
Même à l’aube d’un jour
Nouveau
Brodée des couleurs de feuilles
D’automne
Tapissant les allées de velours
De forêts hospitalières
Ce n’est pas triste
La vie qui s’éloigne
Quand les souffles printaniers
Bourgeonnent
Et bénissent de leurs effluves
Les espoirs des hommes
En quête de rêves à réaliser
De créations à sublimer
Et que les vents ex île
Caressent les rivages
Aux chevelures d’or
Elle n’est pas triste
La vie qui s’échappe
D’un corps livré
A la Liberté de l’esprit
Quand les vêpres ouvrent
Les portes de prières
Pour renouveler à l’âme
Leur serment
Protecteur
Quand dans la fureur
De l’exaltation
Et des interstices
Du Temps
Naissent des enfants
Qui enfantent le Bonheur
Ce n’est pas triste
Une vie qui meurt
Telle une graine dans les mains
D’un semeur
Une vie qui se meurt
Tel le regard d’un mineur
Dans la fierté des corons
Telle la joie d’un musicien
Débutant enchanté
Qui réussit son ré mineur
Elle n’est pas triste
Une vie qui jalouse
Les étoiles filantes
Quand elle a déjà
Illuminé
Tous les êtres
Qu’elle a touchés
Toutes les vies-lucioles
Qu’elle a fait pétiller

Le 16 octobre 2017 au Resto Le Saïgon , Paris 13

Ibrahima Mané – Le 05 Décembre 2018

Une grande flamme bouillonne en moi
À chaque instant où je me trouve devant elle
Mon regard se pose sur ses lèvres fines
Et mon imagination suit une réalité.
Je me souviens de son regard si attirant
De son sourire radieux ainsi que la douceur
De ses mots qui font battre mon petit cœur
Qui en ce moment, ne ressent que de la solitude.
Aujourd’hui, je me trouve ailleurs, loin d’elle
Tout seul, avec un grand vide dans la poitrine
Un vide dont les promenades sur les plages
Ou les sorties nocturnes ne peuvent combler.
Je me lève chaque matin dépourvu de joie
Personne à mes côtés pour me sourire
Du coup, un rien me remplit de tristesse
Me rendant le goût du bonheur amer…
Les jours meurent, je les compte sans arrêt
En ayant l’espoir de te revoir le plutôt possible
Afin de revivre ces moments de grand bonheur
Passés dans les jardins publics de ma terre natale.

NDAYANE, TERRE DE MES ORIGINES – Alioune Badara SENE – Extrait – Mai 1990

(à toute Ndayanoise, tout Ndayanois)
à Amel Lee

Que souffle légère la brise du soir
Sur ce don sublime que m’offre le Seigneur !
Que souffle légère la brise dans le gris du soir
Sur Ndayane, calme, étendu là-bas, au pied de la colline.
Ah ! Ndayane !
Je me rappelle pittoresques tes clairs de lunes
Sous le regard gai des étoiles…
Je me rappelle merveilleux, vers les nues s’élevant,
Les contes de Mame Ndella CISS, la douce Grand-mère.
Ah ! La voix nostalgique d’Outre – Temps !
C’était, tout près de l’âtre ardent, quand s’entendait tout bas,
La prière humble du brave, méditant sur sa corvée prochaine !
Innocent que berce l’éternel chant de l’onde,
Le jour, Ndayane, tu sondes le murmure profond des vagues
Dans leur alternance continue de flux et de reflux.
La nuit, tu es mille reflets diamantés de lampions
Sur l’océan, vaste valse silencieuse d’étoiles !
Ô Ndayane, ta beauté est poème que chantent
Les anges dans l’immensité du firmament !
Voici que la tendresse de tes syllabes fait
Pluie de bonheur sur tes enfants pieux et preux !
La brise du soir passe légère sur tes toits assoupis,
Couvrant un tout beau faubourg qui s’endort.
Et le poète ému, passe sur l’aile fine de la nuit,
Éternels pour toi, son amour et ses prières ! .