Je ne voulais pas – Elhadji Gana Sène le benjamin des poètes

Je ne voulais pas remplir mon vase
Ni de ta sueur
Ni de tes larmes
Encore moins de ton sang
Parce que celui-ci
Était rempli d’eau fraîche
Et mon souhait était de t’en désaltérer
Toi qui avais soif d’amour et de compassion…

Elhadji Gana Sène Le Benjamin des Poètes

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Chansons du Djoliba -Keïta Fodéba -Aubes africaines

Coule donc Djoliba, Vénérable Niger, passe ton chemin et poursuis à travers le monde noir ta généreuse mission. Tant que tes flots limpides rouleront dans ce pays, les greniers ne seront jamais vides, et chaque soir, les chants fébriles s’élèveront au-dessus des villages pour égayer le peuple malinké. Tant que tu vivras et feras vivre nos vastes rizières, tant que tu fertiliseras nos champs et feras fleurir nos plaines, nos Anciens couchés sous l’arbre à palabres te béniront toujours.

Coule et va plus loin que toi-même à travers le monde entier, étancher la soif des inassouvis, rassasier les insatiables et dicter, sans mot dire, comme d’habitude, à l’Humanité, que le bienfait désintéressé est le seul qui vaille, le seul qui, absolument, signifie.

Sous une ombre – Ibrahima Mané -19 Novembre 2018

Sous une ombre
Je suis caché.
Un vent doux
Souffle d’ouest en est.
Avec mes maux
Dans le silence,
Je souffre le martyr.
Ainsi, mes regrets
Me poursuivent
Et dans la douleur
Je demeure…
Comment pourrai-je
M’en sortir
Alors que mon passé
Me traque
De jour comme de nuit
Dans la lumière
Comme dans les ténèbres
Il me poursuit
Et me chasse sans relâche.

LE REPOS DU CYGNE -Le Poète de Ndayane – Extrait – 2001

(A Alioune B. COULIBALI Pdt du Cercle des poètes de St Louis)

Sous le ciel indigo, par la source azurée
Une blancheur de cygne aux courbes veloutées
– Gerbe de jasmins dérivant –
S’en va.
Caresses belles glissant sur le bleu de l’onde
N’êtes – vous point la bise de manne venue
Dormir ce soir, paisible à la Sainte Prairie ?
Trois roses sur rive s’inclinent
Leurs âmes bercées par le doux chant des sirènes.
Ému, j’ai demandé tout bas au Vent – Du – Sud
De la fresque sublime la valeur profonde.
Et résonne limpide la voix des Esprits !
Depuis lors j’ai compris ce que je n’ai su dire
Sous un ciel indigo, la blancheur d’un cygne ;
Sa caresse glissant sur l’onde qui s’endort.
Mais j’ai surtout compris par le salut des roses
Dans l’immense Prairie, le repos du beau cygne :
Au royaume des Elus,
Léopold Sedar SENGHOR
S’en est allé !

Trois prétendants…un mari – Guillaume Oyônô Mbia – Acte 1

Ondua – Ah Matalina, n’est-ce pas que Juliette elle-même revient de Dibamba aujourd’hui?

Matalina – Oui, aujourd’hui. Elle m’a écrit qu’elle arriverait cet après-midi.

Atangana – Quelle heureuse coïncidence ! Vous savez, Ndi, le jeune cultivateur qui avait versé cent mille francs de dot pour elle arrive cet après-midi Également. On m’annonce aussi que (Un temps) euh enfin, un autre prétendant, un grand fonctionnaire de Sangmélima, vient me rendre visite aujourd’hui ! (Un peu emballé) Me rendre visite à moi, vous entendez ? (Ton confidentiel.) Là -bas, en ville, on attend longtemps avant de lui adresser seulement la parole ! (murmures d’admiration parmi les assistants.)

Bella – (fièrement) Un vrai blanc ! Ma petite Juliette va épouser un vrai blanc ! Ah Nane Ngk !

Matalina – (qui voudrait bien être à la place de Juliette) Quelle chance ! Ma cousine est vraiment née avec une étoile sur le front ! Épouser un homme si riche ! la veinarde ! Elle aura bientôt des tas de robes, des jupes en tergal, des perruques blondes, elle aura tout !

Ondua – (sentencieux) Ah Atangana, mon frère ! Voilà l’occasion ou jamais de te faire accorder un fusil sans les complications d’usage !

Abessolo – (très vite) Oui, ne rate pas une telle occasion ! Tu sais qu’on te fait subir de longues attentes chaque fois que tu te présentes devant les bureaux administratifs ! Maintenant que tu auras un si grand homme comme gendre, je parie que tous les fonctionnaires de Sangmélima s’empresseront de te servir !

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Makrita – (heureuse de cette information) N’est-ce pas ? (À Juliette) Ton père te donne un mari très travailleur, Juliette ! Ah, si tu avais vu le jour où Oyônô et lui me défrichaient mon champ d’arachides de cette année ! (…)

Abessolo(impatienté) Oui, mais nous ne voulons plus de lui ! Il faut que Juliette épouse le fonctionnaire ! (…)

Juliette – Mais comment voulez-vous que je…

Bella – (sévèrement) Juliette ! Une fille ne parle pas quand son père parle ! (…)

Juliette – Tu veux donc que j’accepte de me laisser vendre comme une chèvre ? Mais je suis un être humain ! J’ai de la valeur !

Matalina – Bien sûr que tu as de la valeur, Juliette ! On t’a déjà dit que Ndi, le jeune planteur d’Awaé, a versé cent mille francs pour t’épouser. Le grand fonctionnaire qu’on attend cet après-midi versera encore beaucoup plus d’argent. Est-ce que tout cela ne te montre pas que tu as de la valeur ? […]

Abessolo – Et qui d’autre veux-tu que nous regardions ? Tu es la fille la plus instruite de la famille ! Il faut aussi que ton frère Oyônô paie la dot de la fille qu’il veut épouser à Ebolowa. (Un temps : Abessolo sait qu’il va avancer un argument de poids) D’ailleurs, est-ce que tu nous as déjà dédommagés de toutes ces dépenses faites pour tes études à Dibamba et ailleurs ?

Le Renégat – David Diop

Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite
Mon frère aux lunettes d’or
Sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître
Mon pauvre frère au smoking à revers de soie
Piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance
Tu nous fais pitié
Le soleil de ton pays n’est plus qu’une ombre
Sur ton front serein de civilisé
Et la case de ta grand-mère
Fait rougir un visage blanchi par les années d’humiliation et de Mea Culpa
Mais lorsque repu de mots sonores et vides
Comme la caisse qui surmonte tes épaules
Tu fouleras la terre amère et rouge d’Afrique
Ces mots angoissés rythmeront alors ta marche inquiète :
Je me sens seul si seul ici !

 

 

Mille ans dans le tunnel – El Hadj Gana Sène

Je ne suis pas criminel
Je suis juste devenu rebelle
À cause de mes mille ans dans le tunnel
Qui rendaient ma vie de plus en plus cruelle

 
Je ne suis pas méchant, je suis rancunier
À cause de ces regards qui me dédaignaient
À cause de ces bras qui me repoussaient
À cause de ces sales doigts qui me pointaient

 
Seule la solitude devint mon amie
Et le silence ressuscitait mes soucis
Le monde me ressemblait à un sinistre nid
J’ignorais vraiment le goût de la vie

 
Haha ! J’ai reçu tant de coups
Mais je me suis toujours tenu debout
Dans ce tunnel qui me paraissait sans bout
Où le désespoir voulait me mettre à genoux…

 
Elhadji Gana Sène le Benjamin des poètes