LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

De cendres et de larmes – Bara Seck – 2017

Quatrième de couverture

Ziguinchor, le 13 janvier 1993. Fraîchement diplômé de l’Ecole Nationale de Formation Hôtelière et Touristique et tout jeune père de famille, Souleymane a débarqué 13 ans  plus tôt dans le sud du pays avec sa jeune épouse, déterminé  à y réaliser son ambition de réussir par le travail. Au début simple réceptionniste, il va, à force d’efforts  et grâce à la confiance porté en lui par sa hiérarchie, se hisser jusqu’au rang de directeur de l’hébergement. Sans relâche, toujours en quête de la prochaine marche à gravir dans sa conquête de l’eldorado casamançais, il ne prêta guère d’attention aux vents de la révolte qui, de Bignona à Oussouye, se levaient sur toute la région et finirent par tout emporter dans un effrayant tourbillon  de violences, trahisons, complots….

Chronique

Un jeune couple charmant. Un enfant à venir. Une immense ambition. Une belle manière de débuter la vie professionnelle et de futurs parents. Surtout quand cette vie débute loin de toute famille. Tel est le cas de Souleymane. Réussira t-il autant qu’il le souhaite? Cet hôtel sera t-il à la hauteur de ses ambitions?

De cendres et de larmes est l’histoire d’une réussite hors normes pour un homme parti de rien. C’est aussi l’histoire d’un homme à qui tout souriait. Un homme à qui tout réussissait. L’histoire  d’une région qui souffrit de la guerre. Des tensions humaines. De l’ignorance des politiques. Que peut-il advenir quand une région quasi abandonnée et hurlant son désir de considération rencontre l’ambition sans borne d’un homme  prêt à tout pour satisfaire  son insatiable désir de réussite? Cela peut-il s’avérer sans danger?

De cendres et de larmes se lit aisément tant les mots sont forts. Réalistes. Au fur et à mesure des pages, nous rencontrons des personnages dont le profil correspondrait à de nombreuses personnes que nous connaissons. Des personnages débordants de sincérité. Des personnages appelés à faire face à des évènements qui pourraient les dépasser voire les anéantir. C’est une histoire où les hommes apprendront peut-être à leurs dépens que la vie est faite de cendres et de larmes.

Note 17/20

9782343124391   Editions l’Harmattan   128 p.   14€

Publicités

Tipoko ou les méandres du destin – Tinzanga Sogoba – 2019

Quatrième de couverture

– Voilà ! C’est ça l’école pour elle : suivre les garçons. C’est sûr qu’elle est partie avec un homme. Caté qu’allons-nous faire ?
– Que peux-tu faire ? Tipoko a eu ce qu’elle voulait. C’est tout !
– On ne sait pas ce qui lui est arrivé. Il y a de quoi s’inquiéter !
– Oh Tof ! Une grande fille comme Tipoko ! Elle sait ce qu’elle fait. Elle dort tranquillement dans le lit d’un homme, en attendant d’être jetée dans la rue avec une grossesse. Mais elle ira faire sa maternité dans la famille de sa mère, au village. Je ne pourrai pas m’en occuper. Non, non, je n’en aurai pas le temps !

Chronique

Une jeune femme qui a une vie simple et dure. Une jeune femme qui allie études et travail. Une jeune feme qui prend la vie comme elle vient. Avec intelligence et réalisme. Tipoko veut réussir dans sa vie malgré un emploi du temps chargé. Malgré les soucis financiers. Quelle force! Quel courage! Cependant, Tipoko a un regret. Celui de ne pas connaître son père. Qui est-il? Est-il toujours vivant? Pourra t-elle le retrouver? Comment sera t-elle accueillie?

Nous suivons Tipoko sur la voie de son destin. A la recherche d’une identité complète. Pourquoi sa mère ne lui a-t-elle presque rien dit de ce père énigmatique? Pourquoi n’a-t-elle jamais eu des nouvelles de ce père fantôme? Sait-il qu’elle existe? Nous la suivons dans ses aventures où la vie peut être si capricieuse parfois. Nous la suivons dans le choix qu’elle a fait. Un choix qu’elle assume. Quels sont ses rêves? Arrivera t-elle à les réaliser? Pourra t-elle enfin  se réconcilier avec elle-même?

Tipoko ou les méandres du destin est une quête d’identité comme en connaissent de nombreux enfants à travers le monde. Des enfants qui, tout comme Tipoko sont en quête de leurs racines. En quête de quelqu’un qui puisse remplir ce vide qu’ils portent en eux et qu’ils désirent plus que tout combler. Pour se forger une identité complète. Pour, enfin pouvoir s’identifier en partie à l’absent. A cet autre, un inconnu qui, pourtant fait partie de leur être. Tipoko se donne les moyens pour y arriver.

En tournant les pages, nous faisons une lecture fluide et agréable où les évènements se suivent et ne se ressemblent pas. Une lecture où Tipoko l’héroïne, tel Zadig ou Candide, nous montre sa philosophie de la vie. Une philosophie qui frise la candeur, la sagesse, l’innocence. Une philosophie qui lui permet de suivre les méandres de son destin.

17/20

9782343166780   L’harmattan   160 p.   17€

Sous les fleurs, des larmes – Maïmouna Koné – 2015

Quatrième de couverture

Sarah a tout ce dont peut rêver une jeune fille: villa, chauffeur, piscine, argent…., il ne lui manque qu’une chose, l’amour de ses parents. Quand son ami Célestin quitte la ville c’est le désespoir. Sa cousine a beau faire, Sarah s’enfonce dans la déprime. Célestin réussira t-il à la sortir de là?

Chronique 

Une jeune fille qui a une vie aisée. Un ami qui la soutient envers et contre tout. Seule ombre au tableau, des parents qui  brillent par leur absence dans son quotidien. Pourquoi? L’aiment-ils vraiment? Comment leur signifier son état d’esprit, son désespoir?

Sous les fleurs des larmes est l’histoire d’une amitié. L’histoire d’une vie qui ne demande qu’à s’épanouir. Une vie de solitude. De tristesse. Une vie qui n’est pas en adéquation avec les souhaits de Sarah. Cette dernière n’en peut plus de ne pas exister aux yeux de certains et un peu trop pour d’autres. Cette vie vaut-elle la peine d’être vécue? Si elle disparaissait ses parents s’en rendraient-ils compte? Au bout de combien de temps? A part Célestin, peut-elle accorder sa confiance à d’autres? Se faire de nouveaux amis?

Nous sommes les témoins des turpitudes d’une enfant qui veut fuir sa vie dans une cage dorée. Partir loin. Très loin. Ne jamais revenir. Mais pour aller où? A qui parler de ce poids qui ne la quitte pas? A qui parler de ses parents fantômes? Comment expliquer cette souffrance qui tue, qui vide de l’intérieur? Comment trouver les mots pour réclamer un geste d’amour de la part de ses parents? Comment se sentir normale? Comment se sentir comme un enfant lambda? Ses parents changeront – ils un jour?

Sous les fleurs, des larmes est un roman où les émotions se suivent et ne se ressemblent pas. C’est un roman de tendresse, de force, de douceur pour une enfant perdue. Pour une enfant qui se cherche avec une grande peur de ne jamais se retrouver. Avec la forte impression de n’être utile à personne. Même pas à elle-même. Une enfant qui sait que sous les fleurs sont cachées des torrents de larmes.

Note 18/20

9782350450568   Editions Ganndal   Collection Gos & Gars   100p.   3,90€

 

Les noces féroces – Julian T. Tiofack – 2018

Quatrième de couverture

« Je voyais des mains qui avançaient dans le noir…. Je regardais sa peau anormalement terne sous la lumière du jour, et je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était à cause d’elles, de ces mains! Que c’étaient elles qui venaient la rendre ainsi. La noircir. La salir…Je n’avais pu vivre que de supputations jusqu’alors, ne sachant comment me situer  entre les interdits arbitraires et les vieilles querelles d’autrefois, me demandant si les convoitises supposées étaient réelles, et quel visage il fallait donner à l’horreur. Je n’avais rien pu voir en allant jusqu’au pays des ombres. Pourtant, maintenant, j’avais l’impression que tout était vrai, aussi vrai que ce pied qui  traînait au sol maintenant, et que je ne ressentais plus. »

Chronique

Dans une cour comme il en existe beaucoup en Afrique, un enfant s’amuse en compagnie des ses amis, de sa fratrie. Pourtant, queque chose ne tourne pas rond. Que se passe t-il? Cela a-t-il un rapport avec sa mère malade? Au fait, de quoi souffre cette dernière? Pourquoi tant de secrets? La vie de Harmann ne ressemble pas à celle de tout enfant de son âge. Il est responsable malgré lui de sa famille.

Les noces féroces nous dépeint le quotidien d’un groupe d’amis. Le quotidien d’une famille où la vie se déroule en fonction  de la maladie de la mère. « Ils » l’attaquent de nuit. Qui sont-ils? Existent-ils vraiment ou font-ils partie de ce mystère qui entoure tout en Afrique? Pourquoi cette femme et personne d’autre?  Le mystère s’épaissit au fil des pages que nous tournons avec curiosité tant l’intrigue est grande. Comment faire pour trouver le coupable?  Pour trouver l’ombre de la nuit à l’origine de tout ce mal?

Les noces féroces nous conte l’histoire d’un mystère où la réalité et la magie se mettent en branle pour nous plonger dans une grande intrigue. Pour nous plonger dans un monde connu des seuls initiés. Hermann  veut tenter de percer ce mystère avec ses amis. La curiosité est un vilain défaut. Surtout sur ce continent de magie. Hermann est-il prêt pour cette aventure? Réussira t-il son enquête? Y a t-il un prix à payer? Hermann devra peut-être aller au bout de lui-même pour répondre à toutes ces questions. Un traitre peut en cacher un autre. C’est un roman qui se lit d’une traite tant nous sommes embarqués dans une histoire intrigante racontée par un enfant. Une si terrible histoire. Si invraisemblable. Mais, en Afrique, tout se sait. Tout se fait. Tout se tait. Même les noces féroces.

Note 18/20

9782343149622   Ed. L’Harmattan   Coll. Encres Noires   94 p.   12€

Akwaba – Adjouah Agnini – 2018

Quatrième de couverture

Le temps passe. Une douce routine nous engraisse. Les habitudes nous rassurent. Le désir décline. On n’a plus envie. Mais voilà, ce n’est pas si simple de tout plaquer. Que fait-on des enfants? Que fait-on des meubles? Que dit-on aux autres? Partir? Mais où pourrait bien aller Sabine, quarantenaire, avec sa fille sous les bras et ses kilos de grossesse tenaces? Son mai va voir ailleurs et alors? Faut-il tout perdre pour si peu? Et Adjouah en a assez de n’être que la maîtresse de Serge. Celle que l’on voit en cachette. Celle qui apparait en appel masqué… Alors elle va prendre cet avion, pour cesser d’espérer. Mais elle va surtout réaliser qu’elle n’est pas à Abidjan uniquement pour l’oublier….

Chronique

Akwaba. Un superbe mot de bienvenue. Un mot qui chante le plaisir de la rencontre. Le plaisir de recevoir. Akwaba. Un chant d’amour rien qu’à l’entendre. Mais bienvenue à quoi? Bienvenue à qui? Adjouah a-t-elle vraiment envie d’exprimer ce souhait après son introspection? A-t-elle à ce point envie de faire plaisir à la personne aimée?

Akwaba est un cri d’amour. Un cri de vie. Un cri qui témoigne d’une existence. Pas forcément celle souhaitée. Mais celle qui est vécue. C’est un cri de désamour. Celui que lance l’amante quand l’objet de ses désirs est absent. Un cri du cœur qui souffre de l’indifférence. De la solitude. Surtout quand on est la femme de l’ombre. Quand on est la femme bafouée. Comment exprimer ce qui est ressenti quand les moments passés ensemble sont ceux que daigne abandonner l’épouse légitime? Quand silence, solitude et discrétion deviennent une seconde nature?

Akwaba. Un mot de renaissance. Quand une femme profondément blessée cherche à retrouver les miettes de sa dignité. Quand la reconstruction devient un moyen de se retrouver er de faire renaître la vie, l’amour dans une vie où ce dernier est secret. Dans cette vie où la sienne s’est perdue dans celle d’un autre qui l’a négligée dans un égoïsme revendiqué. Akwaba. Un retour aux sources pour panser son mal-être. Pour retrouver ses racines. Sa vie. Son envie d’exister. Akwaba à la nouvelle Adjouah.

Note 19/20

9782343137995 Editions L’Harmattan Coll. Rue des écoles 126 p. 14,50€

L’infortune d’une épouse éplorée – Djilali Benamrane – 2018

Quatrième de couverture

Le couple des Bourdieu. Claire femme au foyer et Guy expert, spécialiste reconnu en ethnographie des peuples africains, connaissent une vie heureuse, enviée par leurs proches. Après une décennie de  bonheur partagé, Claire reçoit de Madagascar où Guy finit une mission de courte durée, un courrier inattendu de son mari lui annonçant sa décision unilatérale, sans recours ni explication,  de mettre un terme à leur relation. Il va s’évanouir dans la nature, sans laisser la moindre possibilité d’être joint par quelque moyen que ce soit, laissant son épouse dans le plus grand désarroi. Est-il atteint d’une maladie incurable qu’il entend cacher à ses proches pour les épargner? S’agit-il d’une folle passion vouée à une de ces beautés insulaires ou d’une folie passagère invraisemblable, affectant soudainement un homme d’expérience, de science et de culture de son envergure? Claire se trouve totalement anéantie, devant faire face à des défis insurmontables, n’ayant qu’une idée en tête, retrouver au plus vite les traces de son mari pour le ramener à la raison.

Chronique

Le grand amour à portée de main. Un amour profond vécu avec bonheur. Puis, un courrier. Catastrophique. Cataclysmique. Un réveil brutal qui pose questions. Que se passe t-il dans ce pays lointain? Pourquoi son mari a-t-il décidé de disparaître? Claire est intriguée et nous aussi.

Dans une lecture addictive, nous suivons les recherches au sujet d’un homme qui a  disparu sans laisser de traces. Une disparition brusque sans raisons apparentes. Chaque chapitre est titré, ce qui nous permet de suivre l’évolution de la recherche. De suivre les états d’âme de l’épouse abandonnée et le réseau qui se tisse autour d’elle.

L’infortune d’une épouse éplorée nous fait voyager entre l’Europe et l’Afrique. Entre Paris et Madagascar. Que cache cette disparition? Qui a intérêt à ce que Guy ne revienne pas de son séjour à Madagascar? Nous découvrons les rouages des banques, des dispositifs mis en place par les institutions pour retrouver une personne disparue. Claire retrouvera t-elle son époux? Aura t-elle la force de tenir contre vents et marées? Sur qui pourra t-elle compter pour s’épancher et trouver la force d’aller de l’avant?

Djilali Benamrane entretient le suspens pleinement. Le rythme reste soutenu. Nous suivons l’enquête pas à pas et allons de découverte en découverte avec un souhait très fort que  l’infortune d’une épouse éplorée prenne fin.

Note 17/20

9782343138725   Editions l’Harmattan   233 p.   21€

La trahison des dieux – Moustapha Ben Ismaïla Diaby – 2019

Quatrième de couverture

La trahison des dieux, roman époustouflant et engagé fait non seulement le procés des dérives  des pouvoirs africains, mais relate aussi et surtout la nébuleuses qui caractérise les différents Palais. Il fait ressortir la complexité des dossiers dits d’Etat où se mêlent harmonieusement la saga des bourgeois à la misère du peuple abandonné. Il révèle le contraste entre les bons discours et la praxis des gouvernants quant à la gestion  au quotidien des affaires publiques au profit des populations. Il évalue les écarts des « grilleurs d’arachides », des pourfendeurs des Républiques  et fait le constat du déni de responsabilité des élites. Toutefois, au-delà des critiques reformulées, l’auteur montre aussi la valeur du vivre-ensemble des populations dans des cités africaines dénuées du maximum d’infrastructures.

Chronique

La Côte d’Ivoire. Son peuple. Le destin de ce dernier. Comme partout en Afrique. Vivant entre tradition et modernité. L’âme et le sang sont liés à la terre. L’esprit est lié à cette société qui n’arrête pas d’avancer faisant fi de ceux qui restent fidèles à leur terre et à leurs Ancêtres.

Une histoire qui nous mène dans la vie de différentes personnes au destin plus ou moins chaotique. « L’homme propose, Dieu dispose » dit l’adage. Que d’exemples dans ce roman qui le confirme à l’infini. Des hommes et des femmes qui ont rêvé leur avenir. Des hommes et des femmes qui se sont hissés de toutes leurs forces au sommet de leur destin. Combien ont atteint ce but? Combien ont vu leurs rêves s’évaporer sous les coups du sort?

La trahison des dieux est écrit à la première et à la troisième personne. Une écriture qui permet de contempler l’histoire en trois dimensions. Des situations. Des hommes. Des femmes. Face à leur pays et à la logique politique. Certains ont trahi les traditions, les Ancêtres, les dieux. Pour un emploi, un concours. Pour une vie qui pourrait être meilleure. Pour le plaisir d’exister autrement dans une société où les hautes études, les diplômes sont des passe-droits. D’autres ont adapté leurs traditions à leur nouvelle vie. Tous maudissant le destin. Tous maudissant la trahison des dieux.

Note 16/20

9782343171890   Editions l’Harmattan   135 p.   14€