Jet de mots – Séverin Mebenga – 2019

Quatrième de couverture

Depuis un certain temps le bruit court
Que la renaissance africaine est dans nos cours
Et puisque chaque Africain doit prendre part à la Fête
J’ai choisi parmi mes plus beaux atours
Une tunique qui me couvre des pieds à la tête
Et qui du monde peut encore faire le tour

Mon Avis

Pourquoi avoir choisi ce recueil de poésie parmi tant d’autres? La curiosité. Par curiosité, j’en ai fait la demande auprès des Editions l’Harmattan. Je n’ai pas été déçue. Des mots. Beaucoup de mots. Jetés les uns après les autres. Pour chanter. Pour honorer la vie. La réflexion. L’humain. Les mots sont scandés en musique. Tel un slam qui fait battre des mains en cadence.

Jet de mots. Le titre dit tout. Explore tout. En douceur. En force. C’est une ritournelle de mots qui tourne. Qui tangue. Sans jamais s’essouffler. Je disais une musique. Oui, une musicalité qui bat en rythme la mesure poétique.

Séverin Mebenga nous transporte dans son monde. Dans son futur. Dans son vécu. Juste avec les mots. Avec la fluidité de ses rimes. Ses interrogations sont les nôtres. Les rimes aussi. Il chante l’amour. La tendresse. Il questionne le monde environnant. Il questionne l’Humain, l’Afrique, sur ses actes. Sa destinée. Son devenir. Les mots se posent avec délicatesse. Avec douceur. Sans bruit. A peine audibles. Mais si bruyants. Si présents. Si hurlants. Ils tombent en jet et s’éparpillent sur la feuille. Sur les pages. Juste des mots. En jet.

Ma note 18/20

9782343166315    Editions L’Harmattan Cameroun   111p.   14€

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Atterrissage – Kangni Alem – 2002

Quatrième de couverture

Yaguine et Fodé, deux adolescents guinéens, sont impétueux, innocents et téméraires. Comme beaucoup de jeunes africains, ils construisent le rêve de débarquer en Europe pour y faire fortune et revenir partager leur réussite. Surtout avec leur mère adoptive, Ma Carnélia, une femme aux mille bras, résignée et toute aussi rêveuse.

Mais la clé de cette Europe mythique est détenue par le passeur, un rapace dont la gloutonnerie exige aussi bien des dollars que des vieux disques de rumba. En échange, il leur offre de les cacher dans le train d’atterrissage d’un avion en partance pour Bruxelles.

Mon avis

Rêver d’un ailleurs meilleur est fortement, terriblement humain. Alors, imaginez pour deux adolescents dont l’avenir semble limité dans leur pays. Ainsi, Yaguine et Fodé vont-ils décider  d’aller dans un eldorado qui fait fantasmer: l’Europe. Cette pièce de théâtre met en scène un fait divers qui avait défrayé la chronique: deux jeunes guinéens qui étaient partis à l’aventure sans prévenir leur famille respective. Ils s’étaient cachés dans le train d’atterrissage d’un avion. Ils étaient morts de froid et leurs corps étaient tombés sur le tarmac lorsque l’avion avait sorti son train d’atterrissage.

Atterrissage nous fait découvrir les raisons du départ de ces deux jeunes rêveurs. Arrivés dans l’eldorado tant rêvé, leurs âmes  devront passer la douane et s’acquitter du rituel administratif pour leur entrée sur la terre promise. Sans papier, ces âmes seront confrontés au mal accueil. Au racisme. A la mauvaise foi. Ils ne goûteront pas au repos éternel tant qu’ils ne présenteront pas des documents administratifs en bonne et due forme. Tant qu’ils ne seront pas passés au tribunal des hommes qui leur reproche le défaut de ces papiers.

Atterrissage est un récit touchant où les deux corps doivent expliquer leur périple, leurs préparatifs, leurs rêves, leurs déceptions. Kangni Alem leur donne la parole pour raconter l’innocence d’un rêve. L’innocence de la jeunesse. C’est une pièce de théâtre forte. Belle. Dure. Pleine de douceur. De douleur. De fureur. D’aigreur. L’humain n’y est pas décrit sous son meilleur jour. Pourquoi faire des reproches à des corps qui ont beaucoup souffert? Pourquoi leur demander des explications? Le terme « reposer en paix » ne peut-il pas être respecté? Et la douleur des familles, qui y pense?

Atterrissage est la partie visible  de l’iceberg. Il est d’une actualité criante au vu des évènements actuels. Ces deux jeunes ont ouvert la voie à d’autres rêveurs tout aussi déterminés. Sauf qu’ils préfèrent un amerrissage à un atterrissage.

9782911464133  Editions Ndzé   64 p.

Kouty, mémoire de sang – Aïda Mady Diallo – 2002

Quatrième de couverture

Gao, Mali, 6 mars 1984. Le village est attaqué par une bande de pillards Touaregs. La famille de Kouty, une fillette de 10 ans, est massacrée sous ses yeux par quatre hommes: le corps chétif de son petit frère est fracassé contre un mur, son père est égorgé pendant qu’il assiste au viol de sa femme, la mère de Kouty se suicide peu après en s’immolant par le feu…

L’auteur

Aïda Mady Diallo est née à Mopti (Mali). Elle a passé son enfance en France, avant de retourner au Mali. Elle poursuivra ses études supérieures en Ouzbékistan et aura un diplôme d’ingénieur agronome. Elle vit actuellement à Bamako où elle travaille pour un fournisseur de services Internet.

L’oeuvre

Qui n’a jamais rêvé de se venger d’une infâmie? Qui n’a jamais pensé à torturer un agresseur ou à se venger d’une profonde blessure en tuant l’auteur de différentes façons? Mais, combien ont osé franchir le pas? Très peu de personnes. Kouty, elle, est passée à l’acte après y avoir mûrement réfléchi.

A travers Kouty mémoire de sang, émerge la notion de violence, de vengeance. A quel point? A quel prix? Ce roman pose le problème de la revanche hors la loi. La substitution à la justice par une femme obsédée par la vengeance. En avait-elle le droit? Ce qui soulève beaucoup de questions concernant l’intolérance, l’absence de compassion, l’absence de pitié dela part de cette jeune femme. Kouty a grandi en gardant ses réflexes d’enfant. Ce qui interpelle, c’est sa méthode pour tuer ses agresseurs. Elle agit froidement. Aveuglément. Elle n’épargne personne. Même pas les proches des assassins de ses parents, annihilant ainsi leur innocence. Telle une enfant qui agit sans discernement et sans penser aux conséquences. Telle cette petite fille terrorisée et violentée à dix ans qui a assisté à tant d’horreurs contre sa famille. Après avoir vécu toute cette violence, qu’aurions-nous fait à sa place? Aurions-nous été si loin et si aveuglément?

Kouty, mémoire de sang est malheureusement un roman d’une grande actualité au vu des exactions qui se passent à travers le monde. Au vu des horreurs vécues par certaines populations. A travers tous les territoires en guerre. A travers tous les génocides. A travers les luttes anti ethniques qui engendrent une grande pauvreté sur tous les plans (humains, affectifs, financiers). Cependant, le roman ne parle pas que d’horreurs. Il fait aussi la part belle à l’humanité, au partage. Kouty a été « adoptée » et élevée par des inconnus. Ils l’ont recueillie par charité humaine.  Kouty mémoire de sang est un roman fort. Profondément humain. Profondément intrigant. Qui ne laisse pas indifférent.