Les victimes du vent d’est – Manuel Lopes – 1996

Quatrième de couverture

Au Cap-Vert, les premières pluies annoncent l’espoir de nouvelles récoltes de maïs sauf si le redoutable vent venu des côtes africaines se met à souffler en brûlant tout sur son passage comme une tornade de feu. Sur l’île de San Antaõ, il y a ceux qui plantent dès les premières gouttes, ceux qui attendent des signes plus certains de pluies bénéfiques et même ceux qui en sont réduits à consommer les semences. Mais, tous risquent d’être les nouvelles victimes du vent d’est qui mène un combat inégal et meurtrier.

Mon avis

vent d'estDes paysans, braves, vaillants, face au destin. Face aux aléas de la vie. Du temps. Ainsi va la vie sur une île du Cap-Vert. Le destin de différentes familles, plus ou moins bien loties face au redoutable vent d’est qui ne consume pas que les plantes, mais aussi les humains, leur vie, leur destin. Manuel Lopes nous campe une belle galerie de portraits. De destins. D’hommes et de femmes. En attente de la fin de ce malheur qui les frappe. Qu’auriez-vous fait à leur place? Quel aurait été votre comportement face à l’innommable? Face à ce malheur qui les frappe, l’humain se révèle. Pas forcément sous ses meilleurs jours.

Les victimes du vent d’est est un roman très fort. Très dur. Très humain. Si humain!! Des hommes et des femmes qui ont l’habitude du malheur. Des hommes et des femmes qui sont arrivés au bout de l’espérance. Qui ne trouvent plus beaucoup de solutions de survie. Dès lors, les caractères se révèlent. Certains subissent. D’autres deviennent tyranniques. Quelques-uns restent sereins.

Dans les victimes du vent d’est, la destinée de ces hommes et de ces femmes représente le destin du Cap-Vert et de ses habitants. Un pays qui reste debout face à la pauvreté et qui continue d’aller de l’avant. En effet, sur cette île de Sao Antaõ, même arrivés au bout du désespoir suprême, les iliens continuent à espérer. Un meilleur destin. De nouvelles pluies. Une nouvelle vie. Malgré l’absence des autres: les victimes du vent d’est...

Extrait

C’était un enfant éveillé, serviable, assez maigre, beaucoup plus grand que Lela, bien que plus vieux seulement d’un an et demi; sur la chemise faite d’un sac de farine de blé qui lui cachait pudiquement le sexe, il portait toujours une bande de sisal attachée à la taille. La bande de sisal était un signe distinctif de travail parmi les gamins prétendant être des hommes. Un enfant portant une ceinture sur le ventre a des devoirs, car une ceinture signifie un endroit pour mettre le couteau de travail… […]

Le temps passant et les pluies devenant plus rares, le nombre de rigoles diminuait peu à peu, dès lors, les terres irriguées se trouvaient de plus en plus près de la source. Enfin la réserve d’eau devint une flaque, une tache humide nourrissant quelques maigres douzaines d’ignames, près de la pierre usante et moussue. Il retrouva difficilement la source. La mare avait disparu. Il ne restait plus que la roche désolée, des blocs de pierres noires et lisses, des cailloux. Une cascade d’eau trouble tombait en zigzaguant et en moussant entre les rochers.

 

 

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Les derniers de la rue Ponty – Serigne M. Guèye – 2009

Quatrième de couverture

Un jeune homme étrange qui se dit déjà mort et prétend être un ange, Gabriel, atterrit au Sénégal. Silhouette haute, allongée par son grand manteau aux poches si remplies de billets qu’on les croirait sans fond, Gabriel sillonne Dakar en quête de rédemption peut-être, d’une forme de salut certainement…

L’auteur

Disiz1Serigne Mbaye Guèye, plus connu sous le nom de Disiz ou Disiz la Peste est né le 22 mars 1978 à Amiens (France). Il est rappeur et à ses heures perdues, écrivain.  c’est ainsi qu’en 2005, il écrit son premier roman René, un roman d’anticipation qui dépeint la vie d’un jeune homme dans une France gouvernée par l’Extrême Droite. Puis, en 2009, sort les derniers de la rue Ponty aux Editions Naïves.

Roman

 rue ponty disizDe nuit, dans les rues de Dakar, une ombre se déplace. Humain? Fantôme? Elle Pose son ombre, sa protection sur une fratrie à la rue. Bon ou mauvais présage? Un roman qui nous emmène dans les profondeurs de la société sénégalaise. Différentes rencontres. Différents portraits. Différentes histoires. Tristes. Touchantes. C’est un roman écrit à la première personne. Récit d’un homme qui va au bout de sa foi. De sa douleur. Un homme-ange qui ne peur résister aux sirènes de Cupidon. Homme dans sa vie. Ange dans ses actions. Quelle est la réalité de cet homme?

Extrait P. 95-96

« Ce jeune garçon qui, pour oublier qu’il vend son corps à de monstrueux touristes rouges, renifle des tornades de solvants organiques, inhale ces vapeurs maléfiques, mais ô combien apaisantes. Elles lui feront passer une nuit tranquille, car elles dissoudront la masse poisseuse et noire des cauchemars de sa vie. Cette passerelle vers l’oubli, cette bouffée de joie envahit ses alvéoles pulmonaires et atteint son cerveau en un flash rapide, qui le transporte vers l’ivresse. Il se sent léger et éloigné de l’épaisseur du monde. Il s’endort, bercé par la mer, tous ses cauchemars enfermés dans un petit flacon de vernis à ongles, tels des génies dans la lampe d’un jeune Aladin qui n’a plus de vœux. »

Rokia Les masques tombent – Amel B. -2018

Quatrième de couverture

Un recueil de nouvelles à la série de portraits hétéroclites. Des tranches de vie qui s’entremêlent, des vies douces, d’autres plus chaotiques. Des histoires mystérieuses. Grâce à une écriture sensible, inattendue et originale, vous vous laisserez surprendre à voyager d’un genre à un autre sans difficultés. De la poésie… Une bonne manière, à travers ses histoires, d’aborder l’existence humaine dans toute sa multitude. Laissez-vous guider par Rokia. Elle vous étonnera.

Mon avis

Des nouvelles. Des portraits de vie. Des relations à l’autre plus ou moins réussies. Un début tout en douceur. Début qui réconcilie avec le passé. Avec les pertes. Les absences. Des mots simples qui décrivent des fractures de vie. Des personnalités originales. Des rêves. Des délivrances. Chaque chapitre. Chaque nouvelle est introduit par un poème de toute beauté. Chaque poème chante la vie. L’amour. La perte. La douleur de la perte.

Dans Rokia les masques tombent Amel B. donne une vie, une âme à tout ce qui nous entoure. Aux objets que nous utilisons au quotidien. Que nous utilisons si souvent que nous ne les voyons plus. Elle chante la résilience. Sous toutes ses formes.

Rokia les masques tombent est un joli petit bijou de belles histoires. Prenantes. Intrigantes. Riches d’émotions. D’humanité. Un vrai festival. Un superbe roman à la lecture aisée. Une écriture qui révèle l’autre côté des choses. L’autre monde. Avec beaucoup de pudeur. Un livre à lire pour la poésie de ses mots. De ses histoires.

Ma note 17/20
9782414207633 Ed. Edilivre 120 p. 12€

Une chronique de Mel’Lectures sur Shouna la Genèse Maudite T. 1

Voyage en terres africaines.

Shouna est un être étonnant.
Lui dont les origines sont floues est né pour avoir un destin exceptionnel.
Mais ce qui l’attend sera loin d’être facile.

Ce livre m’a envoutée de la première à la dernière ligne.
Commencer ce livre c’est accepter de partir à la découverte d’un monde étonnant,
monde où les contes prennent vie et où lumières et ténèbres
mènent une lutte incessante pour prendre l’avantage.

Amélie Diack plonge son lecteur dans une histoire fascinante ,
de celles qui résonnent intensément à l’intérieur de nous,
celles qui provoquent ce petit je-ne-sais-quoi qui nous fait tourner avidement les pages
pour connaître la suite de cette histoire , ou plutôt de ce conte qui se joue devant nos yeux.

Les mots prennent vie devant nos yeux , nous donnant l’impression d’être
sur ces terres africaines qui sont si chères à l’auteure.
À travers ses mots, on sent que à quel point l’auteure a envie
de nous faire découvrir autrement l’Afrique et ses légendes.

L’Afrique est un continent riche d’histoires et de légendes où le bien et le mal
s’affrontent sans cesse pour prendre l’avantage .
Chaque camp à ses héros, chargés de faire basculer la balance d’un côté ou de l’autre.
Mais que faire lorsqu’un être exceptionnel vient au monde
et que repose sur ses épaules le poids de cette lutte?

Shouna est de ceux là , de ceux qui peuvent faire basculer l’histoire du monde .
Ses origines sont floues et il se pose énormément de questions sur son histoire ,
ses parents et les raisons pour lesquelles il semble si important.

Cette quête sur ses origines ne se fera pas sans douleur pour lui et pour les autres.
Ce qu’il va découvrir va changer ses perceptions
et risque bien de changer l’équilibre des choses.

Je ne vous en dirai pas plus mais vous aussi vous risquez d’être étonnés
face à ce que vous allez découvrir.

Il est assez difficile de décrire les émotions qui nous submergent en lisant ce texte.
Il fait partie de ces textes qui ne peuvent se raconter tant il faut les lire
pour pleinement saisir ce qu’ils représentent et ce qu’ils ont à nous offrir.

Avec ce livre vous serez dépaysés , vous aurez l’impression d’avoir basculé
dans un monde où tout a un sens , où tout est intrinsèquement lié à ce qui l’entoure .

Oserez vous tenter l’aventure ?

Lilyan Kesteloot (1931-2018) – Militante et spécialiste de la littérature Africaine Orale francophone

C’est avec un retard, un très grand retard que je rends hommage à une grande dame spécialiste de la Littérature Africaine. Je n’ai pas d’excuses. Cependant, je ne me voyaislilyan_kesteloot pas continuer à tenir ce blog en ignorant la grande perte que subissait l’Afrique et son monde littéraire. Ce serait un très grand manque de respect vis à vis de cette grand dame et de son amour, de sa lutte pour un continent et une littérature qui lui tenaient à cœur.

Lilyan Fongang Kesteloot est né le 15 février 1931 en Belgique.  Elle a contribué à faire connaître la littérature Africaine à travers de nombreux essais tels que Négritude et situation coloniale (1963), les écrivains Noirs de langue française (1961), Anthologie de la Littérature Africaine (1967).

lilyan-kestelootLilyan Kesteloot a enseigné dans de nombreuses universités africaines (Côte-d’Ivoire, Cameroun..), avant de poser ses valises à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et de fonder le branche de recherche pour la littérature Africaine orale à l’Institut Fondamental de l’Afrique Noire (IFAN) à Dakar. Ce qui lui a permis d’aller sur le terrain, de rencontrer de grands griots. Ainsi, avec la collaboration de Bassirou Dieng, elle a écrit les épopées d’Afrique Noire (1997) et en collaboration avec Amadou Hampâté Bâ, en 1968, Kaïdara.

Le 28 février 2018, elle s’en est allée, à l’âge de 87 ans.

Coucou à tous les abonnés et followers

Comme vous avez dû vous rendre compte, les articles sont comme les jours. Ils se suivent et ne se ressemblent pas. Je parle de la forme, de la présentation.

drops-of-water-578897__340En effet, j’ai décidé de faire évoluer la présentation afin de vous proposer le maximum d’écrivains. Rassurez-vous, je continue à miser sur la qualité. Donc, je vous présenterai des auteurs de différents pays, leur style  d’écriture, leurs différents engagements littéraires et leur bibliographie. Ce qui vous permettra de faire plus facilement le choix dans les romans que vous découvrirez et de passer de bons moments de lecture. Une fois par mois, je vous proposerai une oeuvre. Si vous avez des écrivains Africains ou Antillais à proposer. N’hésitez pas .

europe-2262154__340Je vous remercie de vous intéresser à mon blog qui sans vous n’est rien. Sachez que vos remarques seront toujours prises en compte. Ceux qui ont pris contact avec moi pour me faire part de leurs idées savent que leurs conseils sont pris en compte. Je les en remercie car ensemble nous faisons évoluer ce blog. Je vous remercie encore et n’hésitez pas.

Aminata Sow Fall – Ses oeuvres

J’ai envie de vous parler de certains romans de cette grande Dame de la littérature Sénégalaise. Aminata Sow Fall est une écrivaine que je suis depuis des décennies. Ses écrits ont été au cœur de mes devoirs, de mes discussions de collégienne, puis de lycéenne et enfin, de lectrice. Elle a toujours mis en lumière  les maux sociétaux qui réveillent les consciences humaines, interrogent cette part de soi que l’on ne souhaite pas questionner forcément. Les sujets de ses écrits sont criants d’actualité.

la-greve-des-battuDans La grève des Bàttu, elle interroge l’un des travers de l’Humain, pas seulement au Sénégal: le regard que la société dite nantie pose sur ses pauvres, ceux que la vie n’arrête pas de malmener. Partout dans le monde, la pauvreté est devenue politiquement incorrecte et doit être cachée aux yeux des bien pensants. L’éradiquer serait le bon mot. Alors, imaginez que ces mendiants, ceux qui remplissent les cours de miracles se révoltent. En effet, du jour au lendemain, ils refusent la charité que leur font les gens car ils manifestent contre la décision du gouvernement: les tenir éloignés des grandes villes, être relégués comme des ordures dans des endroits très éloignés. Dans un pays où il est de coutume de faire la charité à la sortie de la mosquée, pour réussir un examen, pour éloigner un cauchemar, etc. cette révolte va chambouler la société et démontrer la place que détient cette population invisible.

Dans Douceurs du bercail, le thème de l’émigration est vécu de l’intérieur. Aminata SowSowfalldouceur Fall interroge la place de tout migrant dans un pays qui ne reconnaît pas ou veut ignorer ses droits les plus élémentaires. On se retrouve face à l’accueil des migrants dans un pays occidental. Cet accueil caché, ignoré des communs des mortels. Qui fait ressortir la part sombre de l’humain du moment qu’il légitime ses actes par une pseudo-loi. Actuellement, le Monde occidental s’interroge beaucoup par rapport à ce sujet. L’accueil de ces personnes aussi. Ces derniers subissent souvent un accueil qui annihile toute dignité humaine et relaie l’Humain au statut même pas dévolu à un animal. Aminata Sow Fall pense qu’une solution existe pour ces personnes en errance. Et si cette solution se trouvait simplement dans ce pays que ces hommes cherchaient à fuir?

revenantLe revenant  égratigne la société  sénégalaise dans un de ses travers les plus criants: le paraître, grimper l’échelon social à coups de billets de banque. Des travers qui prennent la place de traditions: les dépenses astronomiques lors de cérémonies tels que les baptêmes, mariages, enterrements… qui poussent à l’endettement. Bakar, le héros, met en place un moyen de payer ses dettes en volant l’argent de son propre enterrement. A travers le suicide moral du héros, c’est un suicide sociétal que dépeint l’écrivaine avec ce style simple, clair et net qu’on lui connaît si bien.

L’appel des arènes relate un fait chronique dans les sociétés africaines. Aminata Sowarènes Fall y décortique le comportement de ceux qui, après des études à l’étranger reviennent au pays pour couper les liens avec leur entourage. Ils se sentent en effet « supérieurs » aux autres et s’enferment dans un monde. Leur monde. Celui qui se libère du carcan des traditions. Celui qui renvoie l’Humain à une rupture avec la famille agrandie. Comment remédier à cette césure?  Cette rupture qui agrandit le fossé qui sépare cette nouvelle classe imbue de ses connaissances. Est-ce trop tard pour y remédier? Est-ce possible pour la nouvelle génération issue

La plume de Aminata Sow Fall est criante de vérité. Les mots sont simples. Pleins d’humours et dépeignent la société avec un grand réalisme et beaucoup d’humour. Quelle que soit l’époque de parution de ses romans, les sujets restent brûlants d’actualité. Tout est dépeint avec une plume légère, mais ne laisse pas les consciences indifférentes