Holy Dolores – Poétesse Ivoirienne – 1980

de chair et de sangMarjorie Goué est née en 1980 en Côte d’Ivoire. Sous le nom de plume de Holy Dolores, elle a publié un recueil de poésie en 2017.  De chair et de sang qui retrace sa vie à travers les épreuves, les joies, les peines vécues. Ce recueil poignant retrace aussi l’histoire contemporaine de la Côte d’Ivoire,holy dolores surtout durant la guerre (1998-20015).

Très jeune, elle écrivait des poèmes et a été lauréate de plusieurs prix scolaires et nationaux. Elle écrivait « pour assouvir un besoin personnel« . En 2012, elle a été éditée dans une anthologie de la poésie « tendresse et passion« . Actuellement, Holy Dolores est rédactrice et anime un blog « L’autre Afrique » qui démontre son attachement à son continent et son désir de montrer toutes les richesses culturelles de ce dernier.  L’Autre Afrique Holy Dolores

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À UN PAYSAN NOIR _ Mamadou Moustapha Wade

Ils rêvaient d’étrangler le jour
Dans la faim noyer ton sourire
Mais l’amour couvait silencieux sous la cendre
La braise brûlante calcinait la nuit.

Mûrie dans la souffrance
Ma puissance et infinie
Je chante pour toi pour tous…

Ton regard d’aigle a chassé les ombres
Porte-moi sur tes épaules géantes
Écoute dans les ténèbres filer les fantômes
Écoute ! La force éclate dans l’aube dépliée
Présence 2002

Mille ans dans le tunnel – El Hadj Gana Sène

Je ne suis pas criminel
Je suis juste devenu rebelle
À cause de mes mille ans dans le tunnel
Qui rendaient ma vie de plus en plus cruelle

 
Je ne suis pas méchant, je suis rancunier
À cause de ces regards qui me dédaignaient
À cause de ces bras qui me repoussaient
À cause de ces sales doigts qui me pointaient

 
Seule la solitude devint mon amie
Et le silence ressuscitait mes soucis
Le monde me ressemblait à un sinistre nid
J’ignorais vraiment le goût de la vie

 
Haha ! J’ai reçu tant de coups
Mais je me suis toujours tenu debout
Dans ce tunnel qui me paraissait sans bout
Où le désespoir voulait me mettre à genoux…

 
Elhadji Gana Sène le Benjamin des poètes

Tombe , ô douce pluie – Holy Dolores – 2017

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur ces monceaux de corps dans les rues, gisant
Tombe sur ces mares de sang séchées, au ciel criant.

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette hécatombe, triste requiem
Tombe sur ces dépouilles, eau de l’ultime baptême

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette odeur immortelle de poudre
Tombe sur cette puanteur pestilentielle, à grosses gouttes.

Tombe, tombe, tombe
Tombe, ô douce pluie !
Tombe sur cette existence dénuée de sens
Tombe sur ce monde perdu, en déliquescence

Épure, décrasse, blanchit
Récure, retrace, reverdit
Tombe, ô douce pluie régénératrice !
Fais pleuvoir tes trombes bienfaitrices.

De chair et de sang

Sini-Mory – Keïta Fodéba

Une nuit, l’enfant de Sini-Mory, sans motif, pleura. Toute la cour royale se mit en branle pour le faire taire. Les efforts furent vains. Il pleurait, pleurait, pleurait… Alors, Sini-Mory qui avait compris les pleurs de son enfant, prit sa petite guitare monocorde, s’assit au seuil du palais, et chanta.

L’enfant se tut. L’étrangère aux cheveux hirsutes, l’ancienne marâtre du petit village des marais, celle qui savait tout le mystère de la famille de Sini-Mory, couchée près du feu, comprit…

Elle se souvint et, confuse, bourdonna…bourdonna… bourdonna…

C’est ainsi que celle qui fit disparaître le petit chien roux de l’orphelin s’envola et devint l’ancêtre de ces grosses mouches de nos jours.

A ce moment, je le répète, les animaux parlaient comme les hommes.

Aube Africaine

Nuit de Sine – Léopold Sédar Senghor

Femme, pose sur mon front tes mains balsamiques, tes mains douces plus que fourrure.
Là-haut les palmes balancées qui bruissent dans la haute brise nocturne
À peine. Pas même la chanson de nourrice.
Qu’il nous berce, le silence rythmé.
Écoutons son chant, écoutons battre notre sang sombre, écoutons
Battre le pouls profond de l’Afrique dans la brume des villages perdus.
Voici que décline la lune lasse vers son lit de mer étale
Voici que s’assoupissent les éclats de rire, que les conteurs eux-mêmes
Dodelinent de la tête comme l’enfant sur le dos de sa mère
Voici que les pieds des danseurs s’alourdissent, que s’alourdit la langue des choeurs alternés.
C’est l’heure des étoiles et de la Nuit qui songe
S’accoude à cette colline de nuages, drapée dans son long pagne de lait.
Les toits des cases luisent tendrement. Que disent-ils, si confidentiels, aux étoiles ?
Dedans, le foyer s’éteint dans l’intimité d’odeurs âcres et douces.
Femme, allume la lampe au beurre clair, que causent autour les Ancêtres comme les parents, les enfants au lit.
Écoutons la voix des Anciens d’Elissa. Comme nous exilés
Ils n’ont pas voulu mourir, que se perdît par les sables leur torrent séminal.
Que j’écoute, dans la case enfumée que visite un reflet d’âmes propices
Ma tête sur ton sein chaud comme un dang au sortir du feu et fumant
Que je respire l’odeur de nos Morts, que je recueille et redise leur voix vivante, que j’apprenne à
Vivre avant de descendre, au-delà du plongeur, dans les hautes profondeurs du sommeil.

Chants d’ombre

Femme noire – Léopold Sédar Senghor

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au cœur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or rouge sur ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Léopold Sédar Senghor – Chants d’ombre