Kouty, mémoire de sang – Aïda Mady Diallo – 2002

Quatrième de couverture

Gao, Mali, 6 mars 1984. Le village est attaqué par une bande de pillards Touaregs. La famille de Kouty, une fillette de 10 ans, est massacrée sous ses yeux par quatre hommes: le corps chétif de son petit frère est fracassé contre un mur, son père est égorgé pendant qu’il assiste au viol de sa femme, la mère de Kouty se suicide peu après en s’immolant par le feu…

L’auteur

Aïda Mady Diallo est née à Mopti (Mali). Elle a passé son enfance en France, avant de retourner au Mali. Elle poursuivra ses études supérieures en Ouzbékistan et aura un diplôme d’ingénieur agronome. Elle vit actuellement à Bamako où elle travaille pour un fournisseur de services Internet.

L’oeuvre

Qui n’a jamais rêvé de se venger d’une infâmie? Qui n’a jamais pensé à torturer un agresseur ou à se venger d’une profonde blessure en tuant l’auteur de différentes façons? Mais, combien ont osé franchir le pas? Très peu de personnes. Kouty, elle, est passée à l’acte après y avoir mûrement réfléchi.

A travers Kouty mémoire de sang, émerge la notion de violence, de vengeance. A quel point? A quel prix? Ce roman pose le problème de la revanche hors la loi. La substitution à la justice par une femme obsédée par la vengeance. En avait-elle le droit? Ce qui soulève beaucoup de questions concernant l’intolérance, l’absence de compassion, l’absence de pitié dela part de cette jeune femme. Kouty a grandi en gardant ses réflexes d’enfant. Ce qui interpelle, c’est sa méthode pour tuer ses agresseurs. Elle agit froidement. Aveuglément. Elle n’épargne personne. Même pas les proches des assassins de ses parents, annihilant ainsi leur innocence. Telle une enfant qui agit sans discernement et sans penser aux conséquences. Telle cette petite fille terrorisée et violentée à dix ans qui a assisté à tant d’horreurs contre sa famille. Après avoir vécu toute cette violence, qu’aurions-nous fait à sa place? Aurions-nous été si loin et si aveuglément?

Kouty, mémoire de sang est malheureusement un roman d’une grande actualité au vu des exactions qui se passent à travers le monde. Au vu des horreurs vécues par certaines populations. A travers tous les territoires en guerre. A travers tous les génocides. A travers les luttes anti ethniques qui engendrent une grande pauvreté sur tous les plans (humains, affectifs, financiers). Cependant, le roman ne parle pas que d’horreurs. Il fait aussi la part belle à l’humanité, au partage. Kouty a été « adoptée » et élevée par des inconnus. Ils l’ont recueillie par charité humaine.  Kouty mémoire de sang est un roman fort. Profondément humain. Profondément intrigant. Qui ne laisse pas indifférent.

 

 

 

Coeur insomniaque – Sophie Adonon – 2012

L’auteure

Sophie-AdononQui dit que le roman policier est une affaire d’hommes en Afrique? Sophie Adonon a fait une entrée fracassante dans ce domaine littéraire. Cette Béninoise est née en 1964 et vit en France depuis 1983. Ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle est rentrée de plein pied dans le Polar et a fait un carton plein dès le départ. Dire qu’elle est juriste à la base!

Ses trois premiers romans (Le sourire macabre 2011, cœur insomniaque 2012, le plat qui se mange froid 2011) se déroulent au Bénin et le quatrième en France (Paroles d’immondices 2013). Le commissaire AZA (chapeau en Fon) est un dandy très cultivé, toujours tiré à quatre épingles et le fils chéri de sa maman. Entre ses enquêtes, il vit avec la femme idéale pour lui et sa mère.

Vous cherchez un rythme trépidant, des coups de feu, une chasse-poursuite? Que nenni, le commissaire est trop classe pour ça. Les enquêtes sont réglées doucement, mais sûrement, au rythme Africain. Tout arrive au bon moment, en bonne intelligence.

Le livre001919010

Un petit garçon ramasse ce qu’il pense être deux balles sur une plage, deux banals objets qui vont transformer la vie de ses parents en épouvante… Le pique-nique à la plage devient une terrible affaire criminelle… Ce que le petit Léon prenait pour des jouets, ce n’étaient pas vraiment des balles de jeu comme il le croyait, mais deux cœurs humains…

Et qui dit deux cœurs humains en balade, dit deux cadavres sans cœur. Le commissaire Lionel Aza se voit confier cette nouvelle enquête.

Mbaam dictateur – Cheikh Aliou Ndao – 1997

Quatrième de couverture

L’histoire se déroule dans un pays d’Afrique ou d’ailleurs. Mbaam dictateur y règne, vit, gouverne. Las déployer sous la férule et les caprices du tyran, le peuple se tourne vers le pouvoir occulte des ancêtres. Un devin maître de l’invisible l’aide à se débarrasser de Mbaam dictateur sans verser de sang. Exclu du monde des humains, le tyran est précipité dans l’univers des bêtes. Grâce au devin, voici Mbaam Dictateur devenu un mort vivant. Présent et absent. Condamné à se mouvoir dans l’énigme jusqu’à la fin des temps. Où commence l’âne et où finit le dictateur, se demande t-il?

L’auteur

cheikh-aliou-ndaoSidi Ahmed Aliou Cheikh Ndao est né le 3 août 1933 à Bignona (Casamance) au Sénégal. Après avoir fait ses études secondaires au Sénégal et en France, il entreprend des études universitaires à Grenoble. Il a été professeur d’anglais. En homme de Lettres, il a écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des poèmes.

Avec ses confrères dont Cheikh Anta Diop, il a, dans les années 1940/1950, posé les bases de l’alphabet ouolof, en se référant aux études de Cheikh Anta Diop: les liens entre l’Egypte pharaonique et le Ouolof. Aussi, dès 1990, Cheikh Aliou Ndao décide d’écrire dans sa langue et milite à cet effet. Il fait les traductions de ses oeuvres en français. Ce qui est le cas de Mbaam Dictateur.

Le Roman

Dans cour familiale, un âne réfléchit et s’étonne car il réfléchit en humain. Il agit enmbaam-dictateur humain et ne mange pas de paille, ni d’herbes. Autour de lui, les gens ne parlent que de la disparition du dictateur. Personne ne sait où il est et nul ne s’en plaint. Au contraire. Mbaam a pitié de cet homme haï de tous. Cet homme dont tout le monde parle n’avait que des tares, des défauts et Mbaam le juge. Sans concession. Puis, vint le déclic. La stupeur. L’indignation. Les souvenirs.

Un jour. Un matin comme les autres. Un dictateur se réveille dans sa luxueuse chambre. Mais, quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va plus. Il se réveille dans la peau d’un animal: un âne (Mbaam). Que se passe t-il? Rêve? Cauchemar? La vie ne sera plus la même. Cet homme adulé par certains, craint par d’autres se trouve en fâcheuse cheikh-aliou-ndaoposture: Il doit quitter le palais sans être vu.

Mbaam dictateur est écrit avec beaucoup d’humour. Un humour que Cheikh Aliou Ndao maîtrise entièrement dans ces écrits. Le lecteur se surprend à rire aux éclats malgré l’histoire tragique de ce dictateur qui ressemble à tous ceux qui ont régné sur le continent. Ces derniers auraient pu partager le sort de cet âne. Au fil des pages, nous entrons dans la vie de cet âne, avant et après la transformation. Les regrets, le repentir lui permettront-ils de recouvrir son apparence humaine? Est-ce trop tard pour l’âne dictateur?