Entretien avec Kama Sywor Kamanda, dramaturge, écrivain, conteur et poète Congolais

 

Bonjour Kama Sywor Kamanda. Je suis Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet entretien. J’en suis honorée. À la question « qui êtes-vous », que avec Aimé Césairerépondrez-vous ?

 Kamanda – Je suis écrivain, poète, dramaturge et essayiste Congolais. A.D. Pas seulement. Vous êtes conteur aussi

A.D. Vous parlez de vous en tant que Congolais d’origine Égyptienne. Je crois deviner pourquoi.41txBDCuDyL._SX195_ Cependant, je souhaite que vous nous en parliez

 Kamanda – Je suis né Congolais avec des grands parents Égyptiens déportés au Congo en tout début de l’occupation du pays par les Belges. Ils avaient le statut des colons indépendants de 280413_270482819760974_834406419_ol’administration coloniale Belge ! Mon père avait d’immenses plantations et faisait travailler des milliers de familles.

A.D. J’étais loin d’imaginer cela. Je pensais à Cheikh Anta Diop et de sa théorie sur l’origine négroïde des pharaons d’Égypte

A.D. Pouvez-vous nous parler de votre enfance, de vos études ?

Kamanda – J’ai eu une enfance et une jeunesse très solitaire. Je ne me connais pas d’amis51Q9GD4H65L._UY250_ d’enfance. J’ai beaucoup étudié et beaucoup lu. J’ai été dans le journalisme, la philosophie, les sciences politiques et le droit. En vérité, je n’avais besoin d’étudier que pour satisfaire mon indépendance intellectuelle et élargir mes compétences. Mon 51AX4Z6YXDL._SX195_chemin était déjà tracé: l’écriture.

A.D. Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? Kamanda – J’ai découvert l’écriture très jeune ! A.D. Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ? Kamanda – Dès l’âge de 12 ans. Mes premiers poèmes et mes51w6a+558GL._UY250_ premiers contes datent de cette époque. A.D. Qu’a pensé votre famille de votre désir d’écrire ? Kamanda – Je ne l’avais jamais exprimé ! Pour les miens, les écrits et les études se confondaient. A.D. Vous avez édité des poèmes que vous aviez écrit à douze ans. Vous les aviez toujours gardé en mémoire ? Kamanda – Je les ai toujours, mais jamais je n’ai voulu les éditer. 2738455476rA.D. Je pensais qu’ils faisaient partie de ceux que vous aviez édités.

A.D. De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?  Kamanda – Quand vous lisez mes romans, c’est mon imaginaire propre et mon style qui viennent immédiatement ! J’ai toujours voulu être original dans mon inspiration et dans mon style littéraire.

A.D. Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En 9782343075228rétiez-vous satisfait ?  Kamanda – Trois ans! Un peu!

A.D. Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?  Kamanda – Très bien.

A.D. Vous écrivez aussi bien des contes, des romans, que des pièces de théâtre ou de la poésie. Est-ce facile de passer de l’un ramses-ii-drame-historique-de-kama-sywor-kamandaà l’autre ou avez-vous une technique, une méthode ?

Kamanda – Je n’ai pas de méthodologie particulière quand j’écris. Je suis mon idée originelle jusqu’au bout et je l’enrichis avec mes observations du monde et de la vie!

A.D. Depuis, en aviez-vous écrit d’autres ? comment vous002500116 sentez-vous à chaque publication ?

Kamanda – Les CONTES DE KAMANDA est une œuvre complète de 1786 pages. C’est l’une de mes plus belles réalisations ! Un écrivain, c’est une OEUVRE ! À sa sortie ,j’étais soulagé! Je venais d’accomplir un rêve d’enfant! 9782919613137A.D. Je vous comprends. C’est l’aboutissement d’une belle carrière. 

A.D. Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ? Kamanda – Oui ! Par la lecture!

A.D. Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement ?

Kamanda – Tout! C’est ma contribution à l’évolution du monde des idées, du savoir et de l’imaginaire. C’est aussi un engagement pour améliorer si possible les conditions de2738475760r l’homme !

A.D. Vous intervenez dans le monde entier. Vous parlez et écrivez le japonais. Ce qui est un art très rare. Avez-vous envisagé de réécrire vos contes ou vos poèmes dans cette 978-3-639-65428-8-frontlangue. Je dis bien réécrire et non traduire. Pourquoi ?

Kamanda – Je ne me crois pas doué pour réécrire mon œuvre ! Chaque livre symbolise une étape de vie .J’ai écris 70% de mes livres au Japon. C’est le pays qui m’a beaucoup donné ! J’espère voir les Japonais lire tous mes livres en Japonais, mais traduits par de très bons traducteurs Japonais.

A.D. En fait, je pensais que vous écriviez en japonais et qu’il vous était possible de traduire personnellement vos livres, malgré la difficulté de cette langue.

A.D. Quels sont vos futurs projets ?11160658_975969965755626_8758022158899565722_n-2

Kamanda – Après mes contes complets, ma poésie complète, je voudrais finir mon théâtre complet. Le reste de ma vie sera consacré aux justes causes, à l’écriture romanesque et aux essais sur l’Afrique perdue entre les rêves et les réalités.

A.D. De beaux projets en perspective.

002500123A.D. Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?

Kamanda – Tout jeune auteur doit croire en ses dons et se méfier de l’arrogance ! Il doit se considérer comme un artisan !

A.D. Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?

Kamanda – En faire une tribune d’idée neuve, un lieu de mémoire littéraire avec plus des images d’archives sur les écrivains, éviter de vous laisser manipuler par ceux qui se disent faiseurs de légendes, de héros et de dignitaires Noirs.9782708707153FS

A.D. C’est mon rêve le plus cher. Et quand je reçois des bonnes 2747525864rcritiques de personnes en Corée, aux Etats-Unis ou d’ailleurs, qui sont heureux de découvrir la Littérature Africaine, cela me donne envie de faire plus et mieux. Pour les images, Je suis en train d’y travailler car beaucoup d’écrivains me le demandent. 

A.D. Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Kamanda – Je suis fier de vous et reconnaissant. Parler des écrivains sans préjugés ni volonté d’exclure est un immense courage et un honorable engagement.

A.D. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.  
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Mbaam dictateur – Cheikh Aliou Ndao – 1997

Quatrième de couverture

L’histoire se déroule dans un pays d’Afrique ou d’ailleurs. Mbaam dictateur y règne, vit, gouverne. Las déployer sous la férule et les caprices du tyran, le peuple se tourne vers le pouvoir occulte des ancêtres. Un devin maître de l’invisible l’aide à se débarrasser de Mbaam dictateur sans verser de sang. Exclu du monde des humains, le tyran est précipité dans l’univers des bêtes. Grâce au devin, voici Mbaam Dictateur devenu un mort vivant. Présent et absent. Condamné à se mouvoir dans l’énigme jusqu’à la fin des temps. Où commence l’âne et où finit le dictateur, se demande t-il?

L’auteur

cheikh-aliou-ndaoSidi Ahmed Aliou Cheikh Ndao est né le 3 août 1933 à Bignona (Casamance) au Sénégal. Après avoir fait ses études secondaires au Sénégal et en France, il entreprend des études universitaires à Grenoble. Il a été professeur d’anglais. En homme de Lettres, il a écrit des romans, des nouvelles, des pièces de théâtre, des poèmes.

Avec ses confrères dont Cheikh Anta Diop, il a, dans les années 1940/1950, posé les bases de l’alphabet ouolof, en se référant aux études de Cheikh Anta Diop: les liens entre l’Egypte pharaonique et le Ouolof. Aussi, dès 1990, Cheikh Aliou Ndao décide d’écrire dans sa langue et milite à cet effet. Il fait les traductions de ses oeuvres en français. Ce qui est le cas de Mbaam Dictateur.

Le Roman

Dans cour familiale, un âne réfléchit et s’étonne car il réfléchit en humain. Il agit enmbaam-dictateur humain et ne mange pas de paille, ni d’herbes. Autour de lui, les gens ne parlent que de la disparition du dictateur. Personne ne sait où il est et nul ne s’en plaint. Au contraire. Mbaam a pitié de cet homme haï de tous. Cet homme dont tout le monde parle n’avait que des tares, des défauts et Mbaam le juge. Sans concession. Puis, vint le déclic. La stupeur. L’indignation. Les souvenirs.

Un jour. Un matin comme les autres. Un dictateur se réveille dans sa luxueuse chambre. Mais, quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va plus. Il se réveille dans la peau d’un animal: un âne (Mbaam). Que se passe t-il? Rêve? Cauchemar? La vie ne sera plus la même. Cet homme adulé par certains, craint par d’autres se trouve en fâcheuse cheikh-aliou-ndaoposture: Il doit quitter le palais sans être vu.

Mbaam dictateur est écrit avec beaucoup d’humour. Un humour que Cheikh Aliou Ndao maîtrise entièrement dans ces écrits. Le lecteur se surprend à rire aux éclats malgré l’histoire tragique de ce dictateur qui ressemble à tous ceux qui ont régné sur le continent. Ces derniers auraient pu partager le sort de cet âne. Au fil des pages, nous entrons dans la vie de cet âne, avant et après la transformation. Les regrets, le repentir lui permettront-ils de recouvrir son apparence humaine? Est-ce trop tard pour l’âne dictateur?

 

Amina Seck – auteure Sénégalaise aux multiples casquettes

imagesJEE7BMQWTitulaire d’une licence en Marketing et communication des entreprises, Amina Seck sort son premier roman « Mauvaise Pente » en 2017. Un roman qui est en fait le journal intime de l’héroïne Alimatou Ly. Cette dernière y dévoile toute sa vie. L’occasion pour l’auteure d’aborder des sujets tabous dans la société sénégalaise (la difficulté des mariages religieux mixtes, l’avortement) ainsi que d’autres qui gangrènent la vie sociétale: L’hypocrisie, l’amour, le rejet, la déception, la trahison. Aminata Seck, au travers de son roman, met en lumière la condition des femmes dans son pays.

Cependant, Amina Seck n’est pas seulement auteure. Elle est aussi comédienne, scénariste et réalisatrice. Selon elle, l’écriture est une thérapie qui aide à la guérison. De plus, l’écriture représente pour elle la liberté, la sensation d’exister, de créer un imaginaire.

https://www.goethe.de/ins/sn/fr/m/kul/sup/ceu/21206246.html

 

 

 

Entretien avec Fousseni Togola, le philosophe écrivain à l’écoute des maux du peuple Malien

Bonjour, Fousseni Togola, je suis Amélie Diack. C’est un plaisir d’échanger avec un blogueur comme moi. Merci d’avoir accepté.
Bonjour Amélie. Très heureux ce matin de vous avoir rencontré autour de cette table pour un entretien littéraire.
A. D. Moi de même

Pouvez-vous vous présenter auprès des lecteurs et des followers?
9200000078232245Je suis Fousseni Togola. Né en 1989 à Fana, dans la région de Koulikoro, cercle de Dioïla. J’ai fait toutes mes écoles primaires entre les villages vu que mon père, Zancoura Togola, travaillait en tant que fonctionnaire à la compagnie malienne des textiles (CMDT). C’est seulement après mon diplôme d’Étude fondamentale (DEF) à l’école fondamentale de Sanando que je rentre à Ségou, 4e région du Mali, où j’obtins mon baccalauréat en 2008 en série lettre.Exif_JPEG_420 Je possède une Maîtrise en Philosophie obtenue à la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences de l’Éducation (FSHSE) de Bamako. J’ai également un master acquis à l’École Normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Je suis présentement professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et pair éducateur.

Parlez-nous de votre enfance, de vos études ?
obcurantismeUne enfance assez mouvementée et nomade comme je vous l’ai dit au début de cet entretien. Mon père étant un travailleur à la CMDT, j’ai dû découvrir des cultures de différentes localités du Mali. Mon enfance est celui d’un villageois, car ayant passé la majeure partie de mon jeune âge à me faufiler entre différents villages, mais aussi et surtout pour être né dans un village, je connais mieux ces localités que la vie citadine. Toutefois, je me dis que c’est cette vie dans la brousse qui permet d’expliquer tout mon amour pour les études. Car, vous savez ma chère Amélie, dans ces coins, il n’y a pratiquement rien comme loisirs. Dans ces conditions, j’étais obligé de me concentrer sur mes études et51qUpSDsf8L._SX331_BO1,204,203,200_ surtout que j’ai bénéficié d’un père de famille qui se montrait rebelle contre les promenades inutiles des enfants. Tout ce que je faisais, j’étais suivi de près par lui. L’étude n’était plus un choix pour moi et j’ai dû me battre fort au primaire afin de découvrir d’autres réalités, d’autres aventures différentes de ce que je vivais auprès de mes parents. C’est ce qui fera que durant tout mon parcours au second cycle (classe de 7e à la 9e année), j’étais le premier de ma classe. Il convient d’évoquer également mes mésententes avec mon père ; des conflits qui me faisaient fuir constamment. Dans la plupart des cas, ces querelles provenaient des mésententes entre mes sœurs et moi. Tous ces phénomènes ajoutés aux souffrances que vivait ma mère, Sétou Fomba, me motivaient davantage dans mes études.
En ce qui concerne mes études, il convient de vous dire que je suis passé par les lettres 31jbUQZdSIL._SX195_au lycée. J’ai fait la série Lettre et littérature (LL) pour m’inscrire ensuite à la filière langue (anglais) à l’université avant de demander un changement de filière pour la philosophie où j’obtiens une maîtrise avec un mémoire sur la théorie de la falsifiabilité du philosophe anglais, Karl Popper. Pendant que je faisais encore cette classe de quatrième année philosophie, je postule au concours d’entrée à l’École Normale Supérieur où je serai déclaré admis. De là, je sors après une formation de deux ans comme détenteur de master. Il convient également de noter mon passage à l’Institut de Formation des Maitres (IFM) de Kangaba dans la région de Koulikoro que j’abandonnerai au bout d’une année pour ma vocation philosophique. À côté de tous ceux-ci, j’ai bénéficié de plusieurs formations parallèles en informatique, biologie, politique, etc.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? egalite-hommes-femmes-enigme-a-briser.jpg
Les petites lectures que les professeurs nous soumettaient en classe au cours des séances de lectures ont toujours attiré mon attention. C’est la raison pour laquelle, quand je faisais la classe de la 6e année (CM2), je me rappelle que je possédais un calepin contenant les petites histoires que me racontait mon père ou ma mère et que je prenais le soin de bien noter parce que l’écriture a été ma passion première. C’est à travers ces pratiques ajoutées aux louanges que me faisaient tous mes correspondants à chaque fois que je leur adressais une lettre que je me suis demandé pourquoi ne pas devenir écrivain comme me laissaient entendre certains 51a0a2r0EDL._AC_US218_d’entre eux.

Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
En classe de 6e année au primaire. C’était en 2002. À cette période mon grand-frère Daouda Togola faisait encore le lycée. Celui-ci ayant pris goût à la lecture d’Arthur Rimbaud ne cessait de me parler de ce jeune poète précoce. Depuis lors, j’ai commencé à avoir l’amour pour la lecture, la recherche et par ricochet l’écriture. C’est depuis ces temps que j’ai décidé d’écrire sur certains faits majeurs de l’histoire du Mali que m’avait raconté mon père, mais le problème d’édition a fait taire cette ambition en moi.

A.D Je comprends

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?Du-sommeil-dogmatique-au-reveil-farouche-chronique-de-vamp
Quand j’ai sincèrement décidé de me lancer à proprement parler dans ce métier, j’étais déjà à l’université. La question que m’a posée ma famille était de savoir s’il était possible de gagner ma vie dans ce métier. Ma réponse comme aujourd’hui n’a pas changé : j’écris pour l’amour de l’écriture et des lettres et non pas pour manger dedans. Cette réponse avait choqué notamment ma mère, mais qui finit par comprendre et m’a finalement souhaité bonne chance. Quant à mon père, celui-ci se préoccupait également d’un boulot plus rémunérateur. C’est pourquoi il a eu à maintes reprises à me répéter que le temps de l’écriture ne passera jamais et qu’il m’invite à aller à la quête d’autres métiers. Toutefois, quand j’ai annoncé la sortie de mon premier livre, tout le monde était content et chacun voulait à tout prix le voir, le toucher voire le lire.

AD C’est vrai que pour un auteur, toucher son livre, le montrer à tout le monde est un plaisir sans nom

41DBF9G3wiL._SX331_BO1,204,203,200_De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?
De mon environnement. Comme pratiquement tous les écrivains et notamment les philosophes qui sont les « fruits de leur temps », les actualités de mon pays m’interpellaient. Le terrorisme battait son plein, les problèmes institutionnels étaient là et je ne voyais aucun de mes professeurs se dire vouloir prendre la plume pour décrypter ces fléaux. Alors cette passivité de ceux que je considérais comme des grands intellectuels a été pour moi une force impulsive. Mon premier manuscrit s’intitule Le terrorisme : Chronique d’un orphelin de guerre. Un livre qui a été réédité à plusieurs reprises.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Moins d’un mois. Quand j’ai commencé l’écriture de ce bouquin d’une quarantaine de pages, je passais toute la journée cloitré dans ma chambre sans sortir. J’écris et je relis. Il faut reconnaitre Amélie que la satisfaction n’était pas au rendez-vous, car toujours je sous-estimais mes propres capacités et cela malgré que des amis m’aient aidé dans la41n-2DHh5-L._SX195_ relecture. C’est la raison pour laquelle je disais que ce bouquin publié sur Amazon KDP a été à plusieurs reprises enlevé puis remis.

AD Ah ah. C’est le quotidien de tout auteur, relire et réécrire son roman se fait sans fin. Il y a toujours quelque chose à améliorer ou/et à rajouter

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Je dirais mal parce que son auteur n’a jamais eu le courage de le montrer au grand public en se reconnaissant dedans. Ce livre est alors resté inconnu jusqu’à nos jours. Si ce n’est à cette occasion, je ne parle même pas de ce roman au cours de mes entretiens.

AD C’est dommage

41+sGApSjsL._SX331_BO1,204,203,200_Depuis, vous en avez écrit d’autres, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Je continue à écrire et à publier. Toujours c’est l’anxiété qui s’empare de moi bien vrai que je commence à faire la promotion de ces livres via les réseaux sociaux. Tu vas certes me demander pourquoi être envahi par la peur. Eh, bien, parce que je ne cesse de me demander comment les lecteurs vont accueillir mon livre. Est-ce que les thèmes abordés vont leur plaire. De tas de questions m’envahissent. Mais finalement, j’ai fini par transformer cette anxiété en force pour redoubler d’efforts afin de relever le défi : faire bouger les lignes de la littérature voire de la philosophie au Mali.
AD C’est exactement ça. Le trac qui nous tient jusqu’à la parution du prochain roman. Beaucoup d’écrivains en parlent car ils le vivent intensément

Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?51hXhhTHCxL._AC_US218_
L’écriture est une forme de drogue, une fois qu’elle nous pique, plus moyen de s’en débarrasser. Vous savez ma chère Amélie, l’enfant, en voyant à chaque fois son père assis autour de sa table manipulant le clavier, est emporté par la tentation. Il veut l’imiter en manipulant cet outil. Pour la simple histoire, le benjamin de notre famille, à force de me voir chaque jour corriger les copies de mes élèves, se permettait en mon absence de se saisir de mon stylo pour m’imiter. Bref, je réponds par l’affirmatif. La passion d’écrire peut se transmettre.

51vJNdRlpDL._SX314_BO1,204,203,200_Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement?
Évidemment ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai embrassé l’écriture. J’ai trouvé qu’il y a trop d’injustice dans le monde. Du coup, je me suis proposé de devenir la « voix des sans voix ». Pour paraphraser Jean Paul Sartre, l’intellectuel est celui qui s’engage pour la cause de sa société. Cette conception sartrienne sur l’intellectuel est restée une vérité pour moi. Outre cela, j’ajouterai également qu’elle constitue pour moi un moyen de perpétuation de l’espèce. L’écrivain ne meurt pas, mais disparait. À ce titre, même si on ne se marie pas, même si nous n’avons pas d’enfants, l’écriture peut remplir toutes ces places.

AD Ce que vous dites là est très beau et très vrai

Quels sont vos futurs projets ? musoya (2)
Deux projets d’écritures en cours. Pour le premier, La Féminitude, qui se publie au sein d’une maison d’édition classique au Mali, paraitra bientôt puisqu’il ne reste plus que l’impression. Quant au second, basé sur ton métier, notre métier, je veux dire le blogging, lui, il sera en ligne dans juste quelques jours. Après ces deux, j’envisage achever un autre livre sur la problématique du développement de l’Afrique et ensuite écrire le deuxième tome de l’Enfant philosophe.

41rAmubRZOL._SX331_BO1,204,203,200_Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
De lire. Pour écrire, il te faut au préalable avoir énormément lu. L’écrivain est comme l’enseignant qui, pour dispenser un cours, doit avoir le maximum d’information afin de donner le nécessaire à ses élèves. Outre la lecture de tous les bouquins importants, il faut l’échange. C’est à travers le dialogue avec autrui que nous résorbons certains points d’obscurité en nous. Ces échanges sont surtout plus fructueux au moment des relectures. Cette étape est énormément importante. Il n’est pas à négliger pour rien au monde. Enfin, il convient d’écrire sur des thèmes qui puissent intéresser tes lecteurs. Chaque écrivain doit être susceptible de connaitre le goût de ses lecteurs afin de s’y conformer.

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien estLe-desir-de-l-eternite-comme-peur-de-la-mort https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Je vois déjà en toi une blogueuse professionnelle. À ce titre, mes suggestions sont moindres. Néanmoins, je te recommande de songer à la monétisation de ton blog, si tu ne l’as pas encore fait, en insérant des affiliations comme Amazon partenaire ou Google Adsense. Avec ceux-ci, vous allez sûrement assez travailler avec les liens qui sont hyper-importants pour le blogueur et notamment pour sa visibilité sur la toile.
AD Merci d’apprécier mon blog. Beaucoup de bloggeurs me conseillent la même chose. Il est vrai que j’y réfléchis

l-orphelin-des-barbus-fousseni-togolaAvez-vous quelque chose à rajouter ?
Je vous remercie pour cet entretien non moins important qui, bien que ne n’étant pas un premier, constitue quand même un entretien de taille dont j’ai bénéficié en tant qu’écrivain. Je tiens, avant de finir, à préciser que les avis des lecteurs ainsi que les critiques littéraires me permettent d’affiner davantage ma plume. J’invite alors les lecteurs, les chroniqueurs, les journalistes, les blogueurs à découvrir mes livres et à ne pas hésiter à me contacter à chaque fois que le besoin se fera sentir. Je serai toujours disponible pour vous afin de répondre à vos questions et recueillir vos suggestions. Car nul ne peut détenir le monopole du savoir.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt.
Tout le plaisir fut pour moi.

Les victimes du vent d’est – Manuel Lopes – 1996

Quatrième de couverture

Au Cap-Vert, les premières pluies annoncent l’espoir de nouvelles récoltes de maïs sauf si le redoutable vent venu des côtes africaines se met à souffler en brûlant tout sur son passage comme une tornade de feu. Sur l’île de San Antaõ, il y a ceux qui plantent dès les premières gouttes, ceux qui attendent des signes plus certains de pluies bénéfiques et même ceux qui en sont réduits à consommer les semences. Mais, tous risquent d’être les nouvelles victimes du vent d’est qui mène un combat inégal et meurtrier.

Mon avis

vent d'estDes paysans, braves, vaillants, face au destin. Face aux aléas de la vie. Du temps. Ainsi va la vie sur une île du Cap-Vert. Le destin de différentes familles, plus ou moins bien loties face au redoutable vent d’est qui ne consume pas que les plantes, mais aussi les humains, leur vie, leur destin. Manuel Lopes nous campe une belle galerie de portraits. De destins. D’hommes et de femmes. En attente de la fin de ce malheur qui les frappe. Qu’auriez-vous fait à leur place? Quel aurait été votre comportement face à l’innommable? Face à ce malheur qui les frappe, l’humain se révèle. Pas forcément sous ses meilleurs jours.

Les victimes du vent d’est est un roman très fort. Très dur. Très humain. Si humain!! Des hommes et des femmes qui ont l’habitude du malheur. Des hommes et des femmes qui sont arrivés au bout de l’espérance. Qui ne trouvent plus beaucoup de solutions de survie. Dès lors, les caractères se révèlent. Certains subissent. D’autres deviennent tyranniques. Quelques-uns restent sereins.

Dans les victimes du vent d’est, la destinée de ces hommes et de ces femmes représente le destin du Cap-Vert et de ses habitants. Un pays qui reste debout face à la pauvreté et qui continue d’aller de l’avant. En effet, sur cette île de Sao Antaõ, même arrivés au bout du désespoir suprême, les iliens continuent à espérer. Un meilleur destin. De nouvelles pluies. Une nouvelle vie. Malgré l’absence des autres: les victimes du vent d’est...

Extrait

C’était un enfant éveillé, serviable, assez maigre, beaucoup plus grand que Lela, bien que plus vieux seulement d’un an et demi; sur la chemise faite d’un sac de farine de blé qui lui cachait pudiquement le sexe, il portait toujours une bande de sisal attachée à la taille. La bande de sisal était un signe distinctif de travail parmi les gamins prétendant être des hommes. Un enfant portant une ceinture sur le ventre a des devoirs, car une ceinture signifie un endroit pour mettre le couteau de travail… […]

Le temps passant et les pluies devenant plus rares, le nombre de rigoles diminuait peu à peu, dès lors, les terres irriguées se trouvaient de plus en plus près de la source. Enfin la réserve d’eau devint une flaque, une tache humide nourrissant quelques maigres douzaines d’ignames, près de la pierre usante et moussue. Il retrouva difficilement la source. La mare avait disparu. Il ne restait plus que la roche désolée, des blocs de pierres noires et lisses, des cailloux. Une cascade d’eau trouble tombait en zigzaguant et en moussant entre les rochers.

 

 

Le Renégat – David Diop

Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite
Mon frère aux lunettes d’or
Sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître
Mon pauvre frère au smoking à revers de soie
Piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance
Tu nous fais pitié
Le soleil de ton pays n’est plus qu’une ombre
Sur ton front serein de civilisé
Et la case de ta grand-mère
Fait rougir un visage blanchi par les années d’humiliation et de Mea Culpa
Mais lorsque repu de mots sonores et vides
Comme la caisse qui surmonte tes épaules
Tu fouleras la terre amère et rouge d’Afrique
Ces mots angoissés rythmeront alors ta marche inquiète :
Je me sens seul si seul ici !

 

 

Le chant des rameurs – Birago Diop

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux jacassants Corbeaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos ;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait tout près dans les rides de l’Eau,
Mais que l’Eau désirant demeurer toujours belle
Efface à chaque instant les replis de sa peau.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux verts Palétuviers
Où allait l’âpre Chant des Rudes Piroguiers;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait très loin au sommet des Palmiers;
Mais que tous les Palmiers ont les cheveux rebelles
Et doivent tout le temps peigner leurs beaux cimiers.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux complaisants Roseaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos.
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le confiait là-haut à un petit Oiseau;
Mais que l’Oiseau fuyant dans un furtif coup d’ailes
L’oubliait quelquefois dans le ciel indigo.

Et depuis je comprends
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Leurres et lueurs