Entretien avec Fousseni Togola, le philosophe écrivain à l’écoute des maux du peuple Malien

Bonjour, Fousseni Togola, je suis Amélie Diack. C’est un plaisir d’échanger avec un blogueur comme moi. Merci d’avoir accepté.
Bonjour Amélie. Très heureux ce matin de vous avoir rencontré autour de cette table pour un entretien littéraire.
A. D. Moi de même

Pouvez-vous vous présenter auprès des lecteurs et des followers?
9200000078232245Je suis Fousseni Togola. Né en 1989 à Fana, dans la région de Koulikoro, cercle de Dioïla. J’ai fait toutes mes écoles primaires entre les villages vu que mon père, Zancoura Togola, travaillait en tant que fonctionnaire à la compagnie malienne des textiles (CMDT). C’est seulement après mon diplôme d’Étude fondamentale (DEF) à l’école fondamentale de Sanando que je rentre à Ségou, 4e région du Mali, où j’obtins mon baccalauréat en 2008 en série lettre.Exif_JPEG_420 Je possède une Maîtrise en Philosophie obtenue à la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences de l’Éducation (FSHSE) de Bamako. J’ai également un master acquis à l’École Normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Je suis présentement professeur de philosophie, journaliste-blogueur, écrivain et pair éducateur.

Parlez-nous de votre enfance, de vos études ?
obcurantismeUne enfance assez mouvementée et nomade comme je vous l’ai dit au début de cet entretien. Mon père étant un travailleur à la CMDT, j’ai dû découvrir des cultures de différentes localités du Mali. Mon enfance est celui d’un villageois, car ayant passé la majeure partie de mon jeune âge à me faufiler entre différents villages, mais aussi et surtout pour être né dans un village, je connais mieux ces localités que la vie citadine. Toutefois, je me dis que c’est cette vie dans la brousse qui permet d’expliquer tout mon amour pour les études. Car, vous savez ma chère Amélie, dans ces coins, il n’y a pratiquement rien comme loisirs. Dans ces conditions, j’étais obligé de me concentrer sur mes études et51qUpSDsf8L._SX331_BO1,204,203,200_ surtout que j’ai bénéficié d’un père de famille qui se montrait rebelle contre les promenades inutiles des enfants. Tout ce que je faisais, j’étais suivi de près par lui. L’étude n’était plus un choix pour moi et j’ai dû me battre fort au primaire afin de découvrir d’autres réalités, d’autres aventures différentes de ce que je vivais auprès de mes parents. C’est ce qui fera que durant tout mon parcours au second cycle (classe de 7e à la 9e année), j’étais le premier de ma classe. Il convient d’évoquer également mes mésententes avec mon père ; des conflits qui me faisaient fuir constamment. Dans la plupart des cas, ces querelles provenaient des mésententes entre mes sœurs et moi. Tous ces phénomènes ajoutés aux souffrances que vivait ma mère, Sétou Fomba, me motivaient davantage dans mes études.
En ce qui concerne mes études, il convient de vous dire que je suis passé par les lettres 31jbUQZdSIL._SX195_au lycée. J’ai fait la série Lettre et littérature (LL) pour m’inscrire ensuite à la filière langue (anglais) à l’université avant de demander un changement de filière pour la philosophie où j’obtiens une maîtrise avec un mémoire sur la théorie de la falsifiabilité du philosophe anglais, Karl Popper. Pendant que je faisais encore cette classe de quatrième année philosophie, je postule au concours d’entrée à l’École Normale Supérieur où je serai déclaré admis. De là, je sors après une formation de deux ans comme détenteur de master. Il convient également de noter mon passage à l’Institut de Formation des Maitres (IFM) de Kangaba dans la région de Koulikoro que j’abandonnerai au bout d’une année pour ma vocation philosophique. À côté de tous ceux-ci, j’ai bénéficié de plusieurs formations parallèles en informatique, biologie, politique, etc.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? egalite-hommes-femmes-enigme-a-briser.jpg
Les petites lectures que les professeurs nous soumettaient en classe au cours des séances de lectures ont toujours attiré mon attention. C’est la raison pour laquelle, quand je faisais la classe de la 6e année (CM2), je me rappelle que je possédais un calepin contenant les petites histoires que me racontait mon père ou ma mère et que je prenais le soin de bien noter parce que l’écriture a été ma passion première. C’est à travers ces pratiques ajoutées aux louanges que me faisaient tous mes correspondants à chaque fois que je leur adressais une lettre que je me suis demandé pourquoi ne pas devenir écrivain comme me laissaient entendre certains 51a0a2r0EDL._AC_US218_d’entre eux.

Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
En classe de 6e année au primaire. C’était en 2002. À cette période mon grand-frère Daouda Togola faisait encore le lycée. Celui-ci ayant pris goût à la lecture d’Arthur Rimbaud ne cessait de me parler de ce jeune poète précoce. Depuis lors, j’ai commencé à avoir l’amour pour la lecture, la recherche et par ricochet l’écriture. C’est depuis ces temps que j’ai décidé d’écrire sur certains faits majeurs de l’histoire du Mali que m’avait raconté mon père, mais le problème d’édition a fait taire cette ambition en moi.

A.D Je comprends

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?Du-sommeil-dogmatique-au-reveil-farouche-chronique-de-vamp
Quand j’ai sincèrement décidé de me lancer à proprement parler dans ce métier, j’étais déjà à l’université. La question que m’a posée ma famille était de savoir s’il était possible de gagner ma vie dans ce métier. Ma réponse comme aujourd’hui n’a pas changé : j’écris pour l’amour de l’écriture et des lettres et non pas pour manger dedans. Cette réponse avait choqué notamment ma mère, mais qui finit par comprendre et m’a finalement souhaité bonne chance. Quant à mon père, celui-ci se préoccupait également d’un boulot plus rémunérateur. C’est pourquoi il a eu à maintes reprises à me répéter que le temps de l’écriture ne passera jamais et qu’il m’invite à aller à la quête d’autres métiers. Toutefois, quand j’ai annoncé la sortie de mon premier livre, tout le monde était content et chacun voulait à tout prix le voir, le toucher voire le lire.

AD C’est vrai que pour un auteur, toucher son livre, le montrer à tout le monde est un plaisir sans nom

41DBF9G3wiL._SX331_BO1,204,203,200_De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?
De mon environnement. Comme pratiquement tous les écrivains et notamment les philosophes qui sont les « fruits de leur temps », les actualités de mon pays m’interpellaient. Le terrorisme battait son plein, les problèmes institutionnels étaient là et je ne voyais aucun de mes professeurs se dire vouloir prendre la plume pour décrypter ces fléaux. Alors cette passivité de ceux que je considérais comme des grands intellectuels a été pour moi une force impulsive. Mon premier manuscrit s’intitule Le terrorisme : Chronique d’un orphelin de guerre. Un livre qui a été réédité à plusieurs reprises.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Moins d’un mois. Quand j’ai commencé l’écriture de ce bouquin d’une quarantaine de pages, je passais toute la journée cloitré dans ma chambre sans sortir. J’écris et je relis. Il faut reconnaitre Amélie que la satisfaction n’était pas au rendez-vous, car toujours je sous-estimais mes propres capacités et cela malgré que des amis m’aient aidé dans la41n-2DHh5-L._SX195_ relecture. C’est la raison pour laquelle je disais que ce bouquin publié sur Amazon KDP a été à plusieurs reprises enlevé puis remis.

AD Ah ah. C’est le quotidien de tout auteur, relire et réécrire son roman se fait sans fin. Il y a toujours quelque chose à améliorer ou/et à rajouter

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Je dirais mal parce que son auteur n’a jamais eu le courage de le montrer au grand public en se reconnaissant dedans. Ce livre est alors resté inconnu jusqu’à nos jours. Si ce n’est à cette occasion, je ne parle même pas de ce roman au cours de mes entretiens.

AD C’est dommage

41+sGApSjsL._SX331_BO1,204,203,200_Depuis, vous en avez écrit d’autres, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Je continue à écrire et à publier. Toujours c’est l’anxiété qui s’empare de moi bien vrai que je commence à faire la promotion de ces livres via les réseaux sociaux. Tu vas certes me demander pourquoi être envahi par la peur. Eh, bien, parce que je ne cesse de me demander comment les lecteurs vont accueillir mon livre. Est-ce que les thèmes abordés vont leur plaire. De tas de questions m’envahissent. Mais finalement, j’ai fini par transformer cette anxiété en force pour redoubler d’efforts afin de relever le défi : faire bouger les lignes de la littérature voire de la philosophie au Mali.
AD C’est exactement ça. Le trac qui nous tient jusqu’à la parution du prochain roman. Beaucoup d’écrivains en parlent car ils le vivent intensément

Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?51hXhhTHCxL._AC_US218_
L’écriture est une forme de drogue, une fois qu’elle nous pique, plus moyen de s’en débarrasser. Vous savez ma chère Amélie, l’enfant, en voyant à chaque fois son père assis autour de sa table manipulant le clavier, est emporté par la tentation. Il veut l’imiter en manipulant cet outil. Pour la simple histoire, le benjamin de notre famille, à force de me voir chaque jour corriger les copies de mes élèves, se permettait en mon absence de se saisir de mon stylo pour m’imiter. Bref, je réponds par l’affirmatif. La passion d’écrire peut se transmettre.

51vJNdRlpDL._SX314_BO1,204,203,200_Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement?
Évidemment ! C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai embrassé l’écriture. J’ai trouvé qu’il y a trop d’injustice dans le monde. Du coup, je me suis proposé de devenir la « voix des sans voix ». Pour paraphraser Jean Paul Sartre, l’intellectuel est celui qui s’engage pour la cause de sa société. Cette conception sartrienne sur l’intellectuel est restée une vérité pour moi. Outre cela, j’ajouterai également qu’elle constitue pour moi un moyen de perpétuation de l’espèce. L’écrivain ne meurt pas, mais disparait. À ce titre, même si on ne se marie pas, même si nous n’avons pas d’enfants, l’écriture peut remplir toutes ces places.

AD Ce que vous dites là est très beau et très vrai

Quels sont vos futurs projets ? musoya (2)
Deux projets d’écritures en cours. Pour le premier, La Féminitude, qui se publie au sein d’une maison d’édition classique au Mali, paraitra bientôt puisqu’il ne reste plus que l’impression. Quant au second, basé sur ton métier, notre métier, je veux dire le blogging, lui, il sera en ligne dans juste quelques jours. Après ces deux, j’envisage achever un autre livre sur la problématique du développement de l’Afrique et ensuite écrire le deuxième tome de l’Enfant philosophe.

41rAmubRZOL._SX331_BO1,204,203,200_Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
De lire. Pour écrire, il te faut au préalable avoir énormément lu. L’écrivain est comme l’enseignant qui, pour dispenser un cours, doit avoir le maximum d’information afin de donner le nécessaire à ses élèves. Outre la lecture de tous les bouquins importants, il faut l’échange. C’est à travers le dialogue avec autrui que nous résorbons certains points d’obscurité en nous. Ces échanges sont surtout plus fructueux au moment des relectures. Cette étape est énormément importante. Il n’est pas à négliger pour rien au monde. Enfin, il convient d’écrire sur des thèmes qui puissent intéresser tes lecteurs. Chaque écrivain doit être susceptible de connaitre le goût de ses lecteurs afin de s’y conformer.

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien estLe-desir-de-l-eternite-comme-peur-de-la-mort https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Je vois déjà en toi une blogueuse professionnelle. À ce titre, mes suggestions sont moindres. Néanmoins, je te recommande de songer à la monétisation de ton blog, si tu ne l’as pas encore fait, en insérant des affiliations comme Amazon partenaire ou Google Adsense. Avec ceux-ci, vous allez sûrement assez travailler avec les liens qui sont hyper-importants pour le blogueur et notamment pour sa visibilité sur la toile.
AD Merci d’apprécier mon blog. Beaucoup de bloggeurs me conseillent la même chose. Il est vrai que j’y réfléchis

l-orphelin-des-barbus-fousseni-togolaAvez-vous quelque chose à rajouter ?
Je vous remercie pour cet entretien non moins important qui, bien que ne n’étant pas un premier, constitue quand même un entretien de taille dont j’ai bénéficié en tant qu’écrivain. Je tiens, avant de finir, à préciser que les avis des lecteurs ainsi que les critiques littéraires me permettent d’affiner davantage ma plume. J’invite alors les lecteurs, les chroniqueurs, les journalistes, les blogueurs à découvrir mes livres et à ne pas hésiter à me contacter à chaque fois que le besoin se fera sentir. Je serai toujours disponible pour vous afin de répondre à vos questions et recueillir vos suggestions. Car nul ne peut détenir le monopole du savoir.

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt.
Tout le plaisir fut pour moi.

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Les victimes du vent d’est – Manuel Lopes – 1996

Quatrième de couverture

Au Cap-Vert, les premières pluies annoncent l’espoir de nouvelles récoltes de maïs sauf si le redoutable vent venu des côtes africaines se met à souffler en brûlant tout sur son passage comme une tornade de feu. Sur l’île de San Antaõ, il y a ceux qui plantent dès les premières gouttes, ceux qui attendent des signes plus certains de pluies bénéfiques et même ceux qui en sont réduits à consommer les semences. Mais, tous risquent d’être les nouvelles victimes du vent d’est qui mène un combat inégal et meurtrier.

Mon avis

vent d'estDes paysans, braves, vaillants, face au destin. Face aux aléas de la vie. Du temps. Ainsi va la vie sur une île du Cap-Vert. Le destin de différentes familles, plus ou moins bien loties face au redoutable vent d’est qui ne consume pas que les plantes, mais aussi les humains, leur vie, leur destin. Manuel Lopes nous campe une belle galerie de portraits. De destins. D’hommes et de femmes. En attente de la fin de ce malheur qui les frappe. Qu’auriez-vous fait à leur place? Quel aurait été votre comportement face à l’innommable? Face à ce malheur qui les frappe, l’humain se révèle. Pas forcément sous ses meilleurs jours.

Les victimes du vent d’est est un roman très fort. Très dur. Très humain. Si humain!! Des hommes et des femmes qui ont l’habitude du malheur. Des hommes et des femmes qui sont arrivés au bout de l’espérance. Qui ne trouvent plus beaucoup de solutions de survie. Dès lors, les caractères se révèlent. Certains subissent. D’autres deviennent tyranniques. Quelques-uns restent sereins.

Dans les victimes du vent d’est, la destinée de ces hommes et de ces femmes représente le destin du Cap-Vert et de ses habitants. Un pays qui reste debout face à la pauvreté et qui continue d’aller de l’avant. En effet, sur cette île de Sao Antaõ, même arrivés au bout du désespoir suprême, les iliens continuent à espérer. Un meilleur destin. De nouvelles pluies. Une nouvelle vie. Malgré l’absence des autres: les victimes du vent d’est...

Extrait

C’était un enfant éveillé, serviable, assez maigre, beaucoup plus grand que Lela, bien que plus vieux seulement d’un an et demi; sur la chemise faite d’un sac de farine de blé qui lui cachait pudiquement le sexe, il portait toujours une bande de sisal attachée à la taille. La bande de sisal était un signe distinctif de travail parmi les gamins prétendant être des hommes. Un enfant portant une ceinture sur le ventre a des devoirs, car une ceinture signifie un endroit pour mettre le couteau de travail… […]

Le temps passant et les pluies devenant plus rares, le nombre de rigoles diminuait peu à peu, dès lors, les terres irriguées se trouvaient de plus en plus près de la source. Enfin la réserve d’eau devint une flaque, une tache humide nourrissant quelques maigres douzaines d’ignames, près de la pierre usante et moussue. Il retrouva difficilement la source. La mare avait disparu. Il ne restait plus que la roche désolée, des blocs de pierres noires et lisses, des cailloux. Une cascade d’eau trouble tombait en zigzaguant et en moussant entre les rochers.

 

 

Le Renégat – David Diop

Mon frère aux dents qui brillent sous le compliment hypocrite
Mon frère aux lunettes d’or
Sur tes yeux rendus bleus par la parole du Maître
Mon pauvre frère au smoking à revers de soie
Piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance
Tu nous fais pitié
Le soleil de ton pays n’est plus qu’une ombre
Sur ton front serein de civilisé
Et la case de ta grand-mère
Fait rougir un visage blanchi par les années d’humiliation et de Mea Culpa
Mais lorsque repu de mots sonores et vides
Comme la caisse qui surmonte tes épaules
Tu fouleras la terre amère et rouge d’Afrique
Ces mots angoissés rythmeront alors ta marche inquiète :
Je me sens seul si seul ici !

 

 

Le chant des rameurs – Birago Diop

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux jacassants Corbeaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos ;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait tout près dans les rides de l’Eau,
Mais que l’Eau désirant demeurer toujours belle
Efface à chaque instant les replis de sa peau.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux verts Palétuviers
Où allait l’âpre Chant des Rudes Piroguiers;
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le déposait très loin au sommet des Palmiers;
Mais que tous les Palmiers ont les cheveux rebelles
Et doivent tout le temps peigner leurs beaux cimiers.

J’ai demandé souvent
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Un soir j’ai demandé aux complaisants Roseaux
Où allait l’âpre Chant, le doux Chant des Bozos.
Ils m’ont dit que le Vent messager infidèle
Le confiait là-haut à un petit Oiseau;
Mais que l’Oiseau fuyant dans un furtif coup d’ailes
L’oubliait quelquefois dans le ciel indigo.

Et depuis je comprends
Écoutant la Clameur
D’où venait l’âpre Chant
Le doux chant des Rameurs.

Leurres et lueurs

Mamadou Samb, écrivain Sénégalais défenseur des droits des femmes – Bibliographie

Mamadou Samb est un écrivain reconnu sur le continent Africain. Il s’agit d’un écrivain pluridisciplinaire. Un touche à tout littéraire. Un écrivain prolifique qui met sa plume au service de la femme Africaine face à certaines traditions aliénantes.

1990 De pulpe et d’Orange – édition Enda-tiers monde51r0jdfPkwL._UY250_
Autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact par l’auteur, exprime à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils. Dans ce roman, l’auteur a su d’une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.

1995 Ouly la fille de l’aveugleédition EDJA-Lettres Collection Parlure d’Afrique. leOuly la fille de l'aveugle M. Samb regard d’une jeune fille de 24 ans sur la pauvreté et l’injustice quotidienne dans une société indifférente à ces maux sociétaux

 2003 Le Soleil, la Folle et le Taureau – NEAS – un hommage à la verte Casamance et qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui, victime de la condamnation des ancêtres offensés, provoque contre son gré le malheur de son entourage. Après la mort de ses jumeaux, premières victimes de la malédiction, Néné, soutenue par son mari Gueudjine, tente de se dresser contre les forcesLe soleil la fille m; samb surnaturelles de la forêt sacrée, le couple ira jusqu’au bout de ce combat inégal.

2008 Le Regard de l’Aveugle – éditions EDISAL – Grand Prix Littéraire desle regard de l'aveugle m; samb Lycéens du Sénégal 2011. Pointant un doigt accusateur sur certaines pratiques aliénantes de nos sociétés, l’auteur dans ce roman raconte la vie d’une jeune fille victime comme sa tante de l’excision et de l’infibulation par la mutilation d’une partie intime de leur anatomie. Suit alors pour les deux femmes, mais à des moments différents, une série de déboires liés à l’injustice humaine ou aux mauvais coups du sort. C’est un roman poignant par les thèmes abordés, notamment le problème crucial des mutilations génitales, la pauvreté, les castes, la ville et ses tracas, la prostitution, les enfants abandonnés, la violence, les pertes de valeurs. Et l’auteur évoque tout cela avec un réalisme saisissant, avec un art consommé de la narration.

2011 de Pulpe et d’Orange qui a connu un grand succès est réimprimé pour la troisième fois

Le roman Le Regard de l’Aveugle a été réédité depuis juin 2013 en Tunisie par les éditions CELI avec un nouveau format et une nouvelle couverture

2014 L’écharpe des jumelles – Le 26 septembre 2002, le naufrage du Joola fait plus deécharpe jumelles 1953 morts. Parmi les victimes figure Awa Baldé, une jeune fille peulh. Awa, après avoir sacrifié son honneur pour sauver sa sœur jumelle Adama Baldé d’un scandale familial, fuyait les siens, son village et sa communauté. Réfugiée chez des bienfaiteurs à Ziguinchor, son tragique destin la rattrape et la contraint à prendre le bateau pour Dakar afin de mettre à l’abri son fils. L’histoire d’Awa et d’Adama Baldé reflète la condition féminine et le statut des jeunes filles dans les sociétés africaines. Ce roman met en perspective les comportements insidieux qui perpétuent des traditions rétrogrades, comme le mariage forcé et/ou précoce, les violences faites aux femmes et d’autres pratiques socioculturelles dégradantes.

EXTRAIT
Adama Baldé
Je m’appelle Adama Baldé. Ma ressemblance avec ma sœur jumelle était déroutante : nous étions de vraies jumelles telles que les définit la science. Nous étions comme deux gouttes d’eau, et même ma mère se trompait souvent lorsqu’elle ne faisait pas l’effort de regarder la petite cicatrice qui se trouve sur le dos de ma main gauche.
J’étais la plus turbulente et, avant la blessure qui m’avait causé cette cicatrice qui nous distingue l’une de l’autre, plusieurs fois on avait corrigé Awa à ma place et, à chaque fois, elle criait en vain qu’elle était innocente.
Je suis d’une famille peulh qui s’est sédentarisée depuis plusieurs générations dans la région de Kolda pour partager ses activités entre l’agriculture et l’élevage.
L’ethnie à laquelle appartient ma famille est la somme des traditions que mes ancêtres ont patiemment et longuement moissonnées et engrangées tout au long de leur nomadisme à travers les siècles et les contrées.
Pour garder les traditions et l’héritage des ancêtres intacts, mon père, chef coutumier, s’était retiré à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale pour fonder un village avec ses parents et amis pour, disait-il, « fuir la société pourrie des Noirs occidentalisés qui vivent dans l’insolence et le manque de repères. » p41, 42

2015 Les larmes de la Reine – Prince Seydou, un brillant expert-comptable partage depuis plusieurs années une vie harmonieuse avec Mapenda, un homme avec qui il entretient une relation ambiguë, au-delà d’une simple amitié. Dans son désir de changer de vie, il fait la connaissance de Yacine, une jeune institutrice pour laquelle il éprouve des sentiments encore jamais ressentis. Victime d’une machination qui conduit à la mort d’un homme dans des circonstances troubles, il est mis en détention.
Son procès au lieu d’être celui d’un homme en proie à une intrigue, est le théâtre où se dévoilent les secrets qui entourent sa vie.

Pour dire la nouvelle Afrique et faire une excursion dans l’Afrique des grands empires, Mamadou Samb dépeint la probité d’un prince face à l’injustice, la vaillance d’une reine et le courage d’un peuple confrontés à l’adversité de la nature. Il explore les lois du cœur par l’attachement d’un homme à un homme, d’un homme à une femme, d’une mère à son fils et d’une reine à son peuple.

EXTRAIT
« C’était la nuit… Dans l’envoûtante et surprenante ville de Dakar, c’était une nuit comme tant d’autres nuits à la fois insipides, imprévisibles et merveilleuses, qui attendait d’être écourtée comme les autres par le chant du coq ou l’appel du muezzin pour la prière de l’aube, une nuit légèrement éclairée par un mince croissant de lune qui s’aboutait aux lueurs et lumières diffuses de la ville pour répandre sur une belle villa d’un quartier chic une atmosphère feutrée de repos, de calme et de sérénité… » C’est par cette invite sobre et concise que Mamadou Samb entame « Les larmes de la reine ».

2016 Le sang de FantaTHEÂTRE – « Le rang, le sang et l’honneur ne sont pas très souvent utilisés à bon escient dans nos sociétés africaines. Au lieu d’être des leviers susceptibles d’impulser le développement par l’acquisition ou la reconquête des valeurs morales évanescentes qu’ont eu à nous inculquer nos ancêtres, ils sont utilisés pour servir de moyens favorisant une fracture sociale béante. Le rang, le sang et l’honneur sont ainsi devenus le prétexte pour rejeter l’autre, l’avilir, le salir et le prendre de haut.

Avec cette pièce de théâtre, l’auteur a su tirer la sonnette d’alarme et nous ouvrir les yeux sur le caractère socialement dangereux et ravageur des histoires fallacieuses de castes souvent évoquées par des personnes qui ne comprennent rien au sens des valeurs et du sang. »

2017 Les contes de Ndayane – Recueil de 6 contes en 19 Thèmes.
Doudou le jeune citadin va passer les vacances avec son grand-père à Ndayane, le village natal de ses parents. Tous les soirs, en compagnie des autres enfants du village, il va écouter les merveilleux contes de Grand-père Badara. Pour l’auteur, ce recueil composé de 6 contes en 19 Thèmes, vient nourrir notre imaginaire et veut être trois choses à la fois : un jeu, une école d’éducation et de formation, un centre d’apprentissage de l’art de la parole. On retrouve dans chaque conte sa double fonction : celle de divertir et celle d’instruire. Il est accompagné d’une note de lecture pédagogique qui donne des orientations didactiques pour une bonne appropriation des contes.

LIVRES SCOLAIRES Monsieur Samb est co-auteur de plusieurs livres scolaires « LES P’TITS LIONS » publiés aux Editions Hatier :
- Cahier de communication maternelle GS 5/6 ans.
- Cahier de graphisme maternelle MS 4/5 ans.
– Cahier d’éveil scientifique MAT MS 4/5.
- Cahier éducation civique et environnementale G
DISTINCTIONS
– Grand Prix des Lycéens du Sénégal 2011
– Prix Sembène Ousmane du Roman 2017
– Chevalier de l’Ordre National du Lion du Sénégal 2002
– Officier de l’Ordre du Mérite du Sénégal 2011

 

Rachid Boudjedra, écrivain Algérien controversé

Rachid Boudjedra est né le 5 septembre 1941 en Algérie. Il fait des études de philosophie à la Sorbonne. Matière qu’il enseignera avant de devenir conseiller au Ministère de la Culture en Algérie. Il écrit aussi bien en arabe qu’en français. Il est l’auteur de romans, nouvelles, poésie, théâtre, scenarii. C’est un écrivain complexe. Atypique. Révolté. Athée autoproclamé. Surtout, vindicatif. De plus, il adore bousculer les habitudes, les mentalités, parlers des interdits de la société Algérienne.boudjera_726822328

Cette révolte contre l’ordre du monde se ressent dans chacun de ses écrits. On ressent sa colère contre un monde qui n’est pas ce qu’il s’en représente. Lire Rachid Boudjedra, c’est entrer dans un monde torturé. Ses héros sont à la limite de l’obsessionnel. Ce qui rend ses écrits intéressants et fait de Rachid Boudjedra l’un des meilleurs écrivains du Maghreb, bien que décrié suite à ses nombreuses attaques contre ses congénères.

Personnellement, je pense que cet écrivain est une énigme. après avoir lu ses romans, j’ai pensé qu’il était aussi torturé que ses personnages. Le lire est une aventure car on ne sait jamais où l’on va. Ce que j’aime chez lui, c’est sa manière de jeter aux orties les idées des « bien pensants », de la société qui l’entoure, des traditions ancestrales, des non dits.

 

Bibliographie

  • 1965 Pour ne plus rêver – Poésie
  • 1969 La répudiation
  • 1971 La vie quotidienne en Algérie
  • 1971 Naissance du cinéma Algérien
  • 1971 Les 1001 années de la nostalgie
  • 1972 Journal Palestinien
  • 1975 Topographie idéale pour une agression caractérisée
  • 1977 L’escargot entêté
  • 1981 Extinction de voix – Poésie
  • 1981 Le vainqueur de coupe
  • 1982 Le démantèlement
  • 1984 La macération
  • 1985 Greffe
  • 1987 L’insolation
  • 1987 La prise de Gibraltar
  • 1987 La pluie
  • 1991 Le désordre des choses
  • 1992Fils de la haine
  • 1992 Philip Djian
  • 1994 Timimoun
  • 1995 Mines de rien – Théâtre
  • 1995 Lettres Algériennes
  • 1996 Peindre l’Orient
  • 1997 La vie à l’endroit
  • 2000 Fascination
  • 2001 Cinq fragments du désert
  • 2002 Le directeur des promenades
  • 2003 Les funérailles
  • 2007 Hôtel saint Georges
  • 2010 Les figuiers de Barbarie
  • 2014 Printemps
  • 2017 La dépossession
  • 2017 Les contrebandiers de l’histoire – Pamphlet

 

 

 

Mohamed Dib, Un Algérien virtuose des mots (1954-2003)

Mohamed Dib est né le 21 juillet 1954 à Tlemcen en Algérie. Il et expulsé d’Algérie pour ses idées politiques. Il voyagera avant de s’installer en France où il poursuivra sa carrière littéraire. Il a été professeur en Californie dans les années 70. Il s’agit d’un écrivain inclassable. Il a un style qui lui est propre, une écriture qui change à chaque roman. C’est un écrivain qui a écrit des romans, des poèmes, des contes, des essais et une pièce de théâtre jouée en Province. Il est mort le 2 mai 2003 à la Celle Saint Cloud.

Mohammed-DibDe son errance durant son exil, il en fit sa richesse. Son écriture devient un parcours littéraire qui s’adapte à chaque époque, à chaque lieu. Ses écrits racontent la guerre d’Algérie,  l’imaginaire, l’exil, la quête des sens. Chaque mot est précis et mène à la réflexion. Ces mots ne sont pas là par hasard. Ils créent une symphonie, une musique qui touche directement le cœur, l’âme.

 

PRIX LITTERAIRES

  • 1952 Prix Fénéon (La grande maison)
  • 1966 Prix de l’union des écrivains Algériens
  • 1971 Prix de l’Académie de poésie
  • 1978 Prix de l’Association des Ecrivains de langue française
  • 1994 Grand Prix de la Francophonie de l’académie française
  • 1998 Prix Mallarmé (l’enfant-jazz)
  • 2000 Prix des découvreurs (le cœur insulaire)

 

BIBLIOGRAPHIE

  • 1952 La grande maison
  • 1955 Au café – nouvelles
  • 1957 Le métier à tisser
  • 1959 Un été Africain
  • 1959 Baba Febrane – conte
  • 1961 Ombres gardiennes
  • 1962 Qui se souvient de la mer
  • 1964 Cours sur la rive sauvage
  • 1966 Le talisman – nouvelles
  • 1968 La danse du roi
  • 1970  Formulaires -Poésie
  • 1970 Dieu en barbarie
  • 1973 Le Maître de chasse
  • 1975 Omneros – Poésie
  • 1974 Histoire du chat qui boude
  • 1977 Habel
  • 1979 Feu, beau feu
  • 1980 Mille hourras pour une gueuse – Théâtre
  • 1985 Les terrasses d’Orsol
  • 1987 O vive – poésie
  • 1989 Le sommeil d’Eve
  • 1990 Neiges de marbre
  • 1992 Le désert sans détour
  • 1994 L’infante Maure
  • 1994 Tlemcen ou les lieux de l’écriture
  • 1995 La nuit sauvage – nouvelles
  • 1996 L’aube Ismaël – Poésie
  • 1998 Si diable veut
  • 1988 L’enfant jazz -Poésie
  • 1998 L’arbre à dires – nouvelles
  • 2000 Le cœur insulaire – Poésie
  • 2001 Comme un bruit d’abeilles
  • 2001 L’hippopotame qui se croyait vilain – conte
  • 2003 L.A. Trip – roman en vers
  • 2003 Simorgh – Nouvelles
  • 2006 Laëzza – nouvelles