LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

L’amour est une histoire de sorcellerie – Nathalie Tientcheu – 2018

Quatrième de couverture

Les femmes, c’est le point faible de Faustin, le polygame. Au grand dam de ses vingt-quatre enfants, vivant entre le Cameroun et l’Occident, qui cherchent désespérément à attirer l’attention du père, ce chef de village toujours en voyage. En France lorsqu’on aime on dit « je suis amoureux ». En Afrique on a tendance à dire « je ne sais pas ce que l’on m’a fait! j’ai été envoûté ». Bien souvent l’amour est assimilé à la magie noire. Et quoi d’autre? Sinon comment un homme de la trempe de Faustin, a-t-il pu perdre tous ses moyens et tomber sous le charme de Délice, Charline, Pauline, Catherine et Clotilde?! Lui en est sûr, il n’était pas dans son état normal! Il va devoir composer avec toutes ses femmes et ses nombreux enfants. Sont-ils d’ailleurs tous de lui? Peu importe! Il va s’évertuer à être un bon père et faire le nécessaire, même s’il donne l’impression à sa progéniture que l’amour paternel est secondaire.

Chronique

La polygamie est source de nombreuses théories. De nombreux problèmes. De nombreux fantasmes. Alors, quand une personne en parle en connaissance de cause, cela peut devenir intéressant. Surtout quand la famille est atypique. Le fil conducteur de cette histoire est la mère de la narratrice. Une mère amoureuse de son mari volage. Plutôt de son mari polygame. Ce qui n’empêche pas cette dernière à avoir un amant officiel au su et au vu de tout le monde, y compris de son époux fantôme.

L’amour est une histoire de sorcellerie est une fresque particulière d’une famille où personne n’a de place honorable à part la narratrice. Les hommes ne méritent aucune confiance et sont très loin du fils, du gendre idéal. Les femmes n’ont pas su faire le bon choix pour leur avenir, leur vie de couple. Et si finalement tous les soucis étaient dus à la sorcellerie qui semble être endémique au Cameroun? Si tous les déboires pouvaient se résorber suite à un désenvoûtement?

Chaque chapitre raconte l’histoire du point de vue d’un membre de la famille. Une histoire qui recoupe celle des autres et démontre combien la polygamie est complexe et différente selon les personnes. Des chapitres qui démontrent que les enfants ressentent la même chose quel que soit l’état matrimonial parental: une attention parentale. Un amour parental. Une histoire qui fait sourire quand l’auteur nous démontre que l’amour est une histoire de sorcellerie.

Note 15/20

9791030202670    Editions Fauves   252 p.    18€

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Sous les fleurs, des larmes – Maïmouna Koné – 2015

Quatrième de couverture

Sarah a tout ce dont peut rêver une jeune fille: villa, chauffeur, piscine, argent…., il ne lui manque qu’une chose, l’amour de ses parents. Quand son ami Célestin quitte la ville c’est le désespoir. Sa cousine a beau faire, Sarah s’enfonce dans la déprime. Célestin réussira t-il à la sortir de là?

Chronique 

Une jeune fille qui a une vie aisée. Un ami qui la soutient envers et contre tout. Seule ombre au tableau, des parents qui  brillent par leur absence dans son quotidien. Pourquoi? L’aiment-ils vraiment? Comment leur signifier son état d’esprit, son désespoir?

Sous les fleurs des larmes est l’histoire d’une amitié. L’histoire d’une vie qui ne demande qu’à s’épanouir. Une vie de solitude. De tristesse. Une vie qui n’est pas en adéquation avec les souhaits de Sarah. Cette dernière n’en peut plus de ne pas exister aux yeux de certains et un peu trop pour d’autres. Cette vie vaut-elle la peine d’être vécue? Si elle disparaissait ses parents s’en rendraient-ils compte? Au bout de combien de temps? A part Célestin, peut-elle accorder sa confiance à d’autres? Se faire de nouveaux amis?

Nous sommes les témoins des turpitudes d’une enfant qui veut fuir sa vie dans une cage dorée. Partir loin. Très loin. Ne jamais revenir. Mais pour aller où? A qui parler de ce poids qui ne la quitte pas? A qui parler de ses parents fantômes? Comment expliquer cette souffrance qui tue, qui vide de l’intérieur? Comment trouver les mots pour réclamer un geste d’amour de la part de ses parents? Comment se sentir normale? Comment se sentir comme un enfant lambda? Ses parents changeront – ils un jour?

Sous les fleurs, des larmes est un roman où les émotions se suivent et ne se ressemblent pas. C’est un roman de tendresse, de force, de douceur pour une enfant perdue. Pour une enfant qui se cherche avec une grande peur de ne jamais se retrouver. Avec la forte impression de n’être utile à personne. Même pas à elle-même. Une enfant qui sait que sous les fleurs sont cachées des torrents de larmes.

Note 18/20

9782350450568   Editions Ganndal   Collection Gos & Gars   100p.   3,90€

 

Victimes 2 l’amour – Abraham Sidibé – 2015

Quatrième de couverture

Sans être aussi belle mais tout de même aussi élégante, elle était la meuf idéale pour concurrencer La Galette. Fatim était une fille qui avait un superbe sourire, une voix douce et des manières correctes….

Chronique

Le sens de l’honneur est parfois exacerbé en Afrique  et joue des tours pendables. Guinée-Conakry. Une histoire d’amour naissante. D’abord timide, puis assumée. Affichée. A une époque où avoir une copine était une relation parfaitement platonique. Kastor nous relate ses tribulations en tant qu’amoureux transi durant son adolescence. En tant qu’ami ambigu.

Victimes 2 l’amour est un roman Young Adult. Un roman pour adolescents qui nous fait revivre les affres de l’amour. Du premier amour. Les aventures de Kastor, jeune lycéen. Dans sa ville, Conakry. Dans son quartier. Une histoire d’amour qui n’est pas de tout repos. C’est un roman qui dépeint avec réalisme les réalités de la vie amoureuse de jeunes citadins. Nous découvrons des rivalités amicales. Des moments où le sens de l’honneur est en jeu. Des moments où l’honneur régente les règles du jeu de l’amour. Des moments où le fairplay rehausse les valeurs de l’amour.

Au fil des pages, la vie de cette jeunesse étudiante se dessine à travers les rires, les bravades gentilles, les déclarations chuchotées dans l’intimité ou faites au vu et au su de toute la bande de copains. Des amis qui ont le même but: se trouver une petite amie. Surtout, l’imposer à tous. Sans heurts. Mais, que se passe t-il quand l’objet de convoitise  est celle de nombreux amis? Pour lequel d’entre eux ce rêve deviendra t-il réalité? Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura toujours des victimes 2 l’amour.

Note 16/20

9782350450582   Editions Ganndal   Collection Gos  & Gars   44 p.   3,90€

 

Bono Waaylo L’homme-hyène – Saliou Bah – 2019

Quatrième de couverture

Pourquoi son père l’a t-il déshérité? Que fera Sira, la belle fiancée? Et La-Vieille pourquoi le poursuit-elle ainsi? Mystérieuse pierre oblongue, ville des termitières, génies, hyènes fantômes, métamorphoses, autant d’ingrédients pour vous emmener dans une histoire fantastique où traditions, principes, amour et liberté se donnent le change.

Chronique

« La parole peut blesser plus profondément qu’une lance » dit un proverbe africain. Bono a connu ce moment-là. il a connu ces paroles qui l’ont laissé exsangue de douleur. Un discours, un mot et son monde a vacillé. Son avenir s’est troublé. Ses rêves sont morts sans éclore. Maudits moments. Pourquoi maintenant? Comment survivra t-il à une telle opprobre? Pourquoi y survivre? Il a tout perdu. Alors, pourquoi ne pas se venger?

Bono Waaylo l’homme-hyène est le récit d’une malédiction. C’est le récit d’une vengeance cauchemardesque. La revanche d’un homme anéanti. D’un homme maudit. D’un homme à la recherche de son identité. De son histoire. De sa renaissance. C’est aussi une histoire d’amour hors normes. Un amour prêt à dépasser toutes les frontières. Même celles de l’invisible. Cet amour arrivera t-il à instaurer la paix? Apportera t-il l’apaisement des esprits? Aura t-il la bénédiction des Ancêtres?

Au fil des pages, nous baignons dans une histoire envoûtante où magie, amour, djinns, se mêlent. Une histoire comme seule l’Afrique peut nous faire vivre. Une histoire où l’amour et le ressentiment tiennent une place spéciale. Surtout pour Bono Waaylo l’homme-hyène.

Note 18/20

9782350450995   Editions Ganndal   92 p.    3, 90€

 

Poèmes d’ici et d’ailleurs – Dominique Diène – 2016

Quatrième de couverture

A la belle étoile je m’en irai
À Cusco la merveille je parlerai
Je conterai aux enfants de la ville
L’histoire de Bouki l’Hyène, le vil
Je conterai aux enfants du village
L’histoire de Leuk, le lièvre sage
L’histoire du lac Titicaca dans sa splendeur
Qui ne laisse point indifférent les maraudeurs

Chronique

Ce que j’aime dans les recueils de poésie, c’est que l’on peut les lire au gré des pages. Au gré des titres. Au gré des jours. Au gré de son humeur. Ce que j’aime dans la poésie, c’est qu’en déclamant, on entend le chant, le rythme des mots. Les yeux fermés, les images, les rêves se forment au gré des rimes. Poèmes d’ici ou d’ailleurs nous fait voyager de contrée en contrée, mélangeant les mondes. Mélangeant les peuples. Faisant sourire les cœurs.  Faisant briller les yeux. Et les poèmes…

A travers ses rimes, Dominique Diène chante le métissage des mondes. Le métissage des peuples. Le mélange des mots. Il nous fait découvrir son monde. Sa vie d’homme. Sa vie d’époux. Sa vie de père. En quelques rimes embrassées ou croisées. Il nous fait découvrir une parti de ses racines implantées en terre du Saloum. Si loin de l’autre partie de ses racines plantées dans son pays hôte. Racines d’amour. Dominique Diène nous confie avec pudeur son désir de répondre à l’appel de la Terre Natale. Terre qui coule dans ses veines comme ses rimes qui s’infiltrent dans nos cœurs et nous font chanter les mots.

Poèmes d’ici et d’ailleurs nous fait voyager dans le temps. Il nous fait survoler la nature si belle. Si généreuse. Si blessée par l’humanité.  Il nous fait comprendre les sentiments dont le cœur  est le berceau. Un cœur appartenant à deux mondes si différents et unis par l’amour. Les poèmes appartiennent à tous. A tous ceux qui acceptent de fermer les yeux et de laisser les mots valser dans leur cœur. Dans leur âme, car ce sont des poèmes d’ici et d’ailleurs.

Note 19/20

9782754732727    Editions du Panthéon    112 p.    12,90€

 

– Un garçon pas comme les autres – Sidjidani Soumaïla – 2019

Quatrième de couverture

Une jeunesse mahoraise au temps des bangabanga... Je rencontrais une toute belle fille. D’humeur libertine, souriante et radieuse, elle m’était sans complexe irrésistible. Ses gros yeux illustraient la bonne santé. Tombés amoureux l’un de l’autre elle acceptait de rester jusqu’à tard ce soir là dans mon Banga… Empris des rythmes lointains des tambours, assis sur cette grosse pierre… Cependant, à la télévision ils annonçaient un autre assassinat au journal de vingt heures.

Chronique

Le premier amour ne s’oublie pas. Comment faire, quand on habite à Mayotte, que l’on est amoureux, que l’on a envie de vivre entièrement son amour et que l’on est sans le sou? Même si on a construit son banga?

Un garçon pas comme les autres est un petit roman déroutant. Déroutant par sa construction qui est un mélange de narration, de récit autobiographique et de théâtre. Un style dans lequel l’auteur semble à l’aise. Déroutant par son vocabulaire. En lisant certaines phrases, il y a une forte impression d’une traduction sans filtre, du mahorais au français, de certaines phrases. Ainsi, certaines expressions laissent perplexes mais restent compréhensibles. Les polyglottes savent que c’est une habitude inconsciente. L’impression qui s’en dégage est que l’auteur est face à nous et nous raconte son histoire. Avec la candeur et l’impatience d’un adolescent. Déroutant par le temps utilisé: l’imparfait, faisant fi du présent et du passé simple.

Malgré tout, l’histoire est belle. Pleine de candeur. Le personnage semble se dédoubler en racontant son histoire. A certains moments, il prend de la distance par rapport à certaines anecdotes. A d’autres moments, il parle de lui à la troisième personne ou en usant de son prénom. Malgré tout, la lecture se fait d’une traite  et emporte le lecteur  dans un monde particulier. Tout cela laisse à penser que c’est un garçon pas comme les autres.

Note 14/20

9782370970480   KomEdit/L’Harmattan   72 p.    9€

La dernière lettre – Salla Dieng – 2008

Quatrième de couverture

La narratrice, Salimatou, qui finit de purger une longue peine de prison, se décide enfin à écrire à son ami d’enfance de toujours, Serge, pour lui avouer les raisons de ce long silence.

Chronique

Une amitié entre deux adolescents. Une amitié qui dure malgré la séparation et la vie de chacun. Combien de temps durera -t-elle encore? Puis une séparation. Par la vie. Par le cours du temps. Un jour, un courrier. Celui de la parole longtemps muselée. Un courrier qui raconte une peine. Une douleur. Intense. Forte. Une douleur doucement destructrice. Pourquoi un si grand silence? Que s’est-il passé?

La dernière lettre est un aveu troublant. Un aveu touchant comme il y en a si rarement. C’est le cri d’une femme. C’est le hurlement d’une femme en gésine de la douleur. De la perte. De la disparition. C’est un appel à la rédemption. Un appel au souvenir. Un appel au pardon. C’est un courrier qui explique l’inexplicable et qui tente de répondre aux nombreux « pourquoi » et « comment ».

La dernière lettre nous parle d’une descente aux enfers. Lente. Inéluctable. Une descente que nous accompagnons au fil des pages. Au fil des chapitres.  En tournant ces pages, nous découvrons l’envol brisé d’un être à la fleur des rêves. Le rêve brisé d’une colombe assoiffée d’amour et de paix. Et cet ami qui lit cette missive! Cet homme qui lit les tripes noués et le cœur en miettes. Cet homme qui essaie de comprendre. Cet homme qui découvre un secret qui le cloue sur place et qui réveille des souvenirs profondément enfouis.

Il fut un temps. Un temps si loin et si proche. La période de l’innocence. Une période qui ressemble si bien au grand calme avant la tempête. Une tempête qui balaie tout sur son passage. Une tempête emportant les êtres comme des fétus de paille, les laissant brisés et la plume à la main. Une plume écrivant l’inexplicable. Une plume écrivant le besoin du pardon. Une écriture émouvante de la dernière lettre.

Note 19/20

9782708707870    Ed. Présence Africaine    180 p.   10€