Entretien avec Holy Dolores, jeune poétesse Ivoirienne

Holy Dolores (Marjolaine Goué) est une jeune auteure férue de poésie. Elle est l’étoile montante de la poésie Ivoirienne qu’elle marque de ses rimes, à l’instar de Véronique Tadjo, Suzanne Tanella Boni… Ses mots racontent et marquent une époque de son pays, la Côte d’Ivoire.  Ses mots frappent les mémoires et éveillent les consciences. Ses maux sont aussi ceux d’une terre qui fut blessée par la guerre. Une poétesse à suivre.

Bonjour Holy Dolorès. Merci d’avoir accepté cet interview. Pouvez-vous vous présenter ?
H. DoloresJe m’appelle Marjolaine GOUE dans une première vie où je suis ivoirienne, née dans les années 80 et traductrice.
Et Holy Dolores, dans une seconde vie où je n’ai ni âge, ni pays, ni frontières et dans laquelle vie je poursuis à l’infini ma passion pour l’écriture et la littérature.
Dans une troisième vie, je suis rédactrice et bloggeuse, passionnée de l’Afrique et sa culture. J’aime vivre toutes les vies qui me sont données de vivre. Et peut-être qu’il existe d’autres vies que je n’ai pas encore vécues…
AD* J’adore votre présentation. C’est vrai que la vie est faite de plusieurs vies (rires)

Pouvez-vous nous parler de votre enfance, de vos études ?
J’étais une enfant calme, timide et introvertie. D’ailleurs, je n’ai pas beaucoup changé ! (Rires) Je n’avais pas beaucoup d’amis voire aucun. Je préférais la bibliothèque de l’école à la cour de récréation (que je trouvais trop bruyante) ce qui n’aidait pas beaucoup à me socialiser. J’étais toujours plongée dans un monde imaginaire et créatif. Tout est parti deholy dolores là, je pense. Ensuite au lycée, je me suis orientée en littérature et à l’université j’ai fait des études d’Anglais.
AD Hum, tout comme vous j’étais une enfant qui préférait la lecture aux jeux (rires). Je m’isolais beaucoup pour lire ou écrire.

Comment avez-vous découvert votre don pour la poésie ?
Après avoir été lauréate de plusieurs prix scolaires et nationaux j’ai commencé à me prendre au sérieux ! (Rires) Et je me suis dit : ‘‘Ça ne peut être ni la chance, ni le travail. C’est peut-être un don !’’

Quand avez-vous décidé de faire éditer vos poèmes ?
Au début, j’écrivais juste pour le bien-être que cela me procurait et pour le plaisir de me lire ! Puis à partir de 2011, j’ai commencé à fréquenter le cercle des écrivains de Côte d’Ivoire. Je participais aux dédicaces et j’aidais mes confrères à faire vendre leurs œuvres auprès des visiteurs. Cela m’a beaucoup ouvert l’esprit. C’est à ce moment que l’envie d’être publiée m’est venue.

de chair et de sangQu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Cela a été sans surprise pour elle ! Ma famille a toujours pensé que je ne pouvais qu’être écrivain ou quelque chose qui y ressemble ! Je suis connue pour avoir la tête dans les étoiles et sortir de l’ornière préférant l’infini de la créativité imaginaire aux cadres définis.

Quelle a été l’inspiration de votre recueil ? (entre nous, je l’ai adoré) De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Merci de l’avoir adoré ! L’inspiration de mon recueil a été mon quotidien en Côte d’Ivoire marqué par des épreuves personnelles et un pays en guerre.
AD Oui, très touchant et très fort

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfaite ?
J’ai mis assez de temps pour finaliser ‘‘De chair et de Sang’’ car justement au début jede chair et de sang0 n’écrivais pas des poèmes pour être publiée mais pour assouvir un besoin personnel. J’écris pour vivre. Ainsi, les poèmes de ce recueil retracent plusieurs années de ma vie en Côte d’Ivoire qui couvrent la période de 1998 à 2015. Pour la petite histoire, au lycée, j’écrivais des poèmes pendant les cours de maths pour qu’au moins ces heures servent à quelque chose ! (Rires) Et j’avais bien raison car aujourd’hui quelques poèmes de cette période figurent dans le recueil alors que je ne sais même plus comment calculer une distance dans un repère orthonormé ! Il va sans dire que j’en suis pleinement satisfaite quel que soit le temps mis !
AD (rires) Encore quelque chose de commun : écrire pendant les cours de maths. C’est vrai. Ça fait passer le temps

Comment ce recueil de poésie a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ? Depuis, en avez-vous écrit d’autres ? Comment vous sentez-vous à chaque publication ?
‘‘De Chair et de Sang’’ m’a permis de participer au Salon International du Livre d’Abidjan (SILA 2018) et de faire plusieurs interviews. Les ventes réalisées en France sont convenables car c’est dans ce pays qu’il a été publié. De ce fait, je peux dire que ce recueil de poésie a été bien accueilli dans le monde de la littérature. Après, il faut rester réaliste. Plus je serai connu, plus mes œuvres se vendront comme de petits pains !
J’avais été publiée auparavant en 2012 dans ‘‘Tendresse et Passion’’ une anthologie de poésie regroupant plusieurs auteurs francophones d’Afrique et d’Europe.
holy dolores2Dans mon autre vie, un des articles de mon blog ‘‘l’Autre Afrique’’ a attiré l’attention d’une grande maison d’édition qui m’a sollicitée pour sa reproduction dans un manuel éducatif.
Ainsi à chaque publication (ou reproduction) je sens mon travail valorisé et je me dis qu’après tout, je ne suis pas la seule à aimer ce que j’écris. C’est plutôt rassurant !

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Oui, je le pense fortement ! Et à mon humble avis, la passion d’écrire peut se transmettre par les gènes. J’en suis un bel exemple ! Ma mère écrivait des histoires pour enfant dans le style de ‘‘Martine’’ mais à l’africaine. Elle nous lisait ses manuscrits (à ma sœur Laurence et moi) lorsque nous étions encore enfants. Je trouvais ses histoires géniales et originales ! Cependant, elle n’a jamais été éditée. A l’époque je n’avais aucune idée que je serai écrivaine un jour, mais c’est sûr que maman m’avait déjà transmis la passion de l’écriture à travers le cordon ombilical.
AD C’est une très belle histoire de transmission d’une passion

Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement sociétal ?
Certes l’écriture peut être de façon ultime synonyme d’engagement sociétal pour joindre l’utile à l’agréable mais elle est avant tout un moyen de liberté d’expression. C’est un besoin, un exutoire en vue d’un bien-être personnel. Ensuite, ‘‘S’il a de la chance, l’écrivain peut changer le monde’’ par sa plume engagée comme le dit Arthur Miller.

Quels sont vos futurs projets ?
J’ai des projets pleins la tête, c’est sûr, mais il y a un auquel je pense souvent… Pourquoi ne pas écrire un livre avec vous ? (Je parie que vous ne vous attendiez pas à cette réponse ! Rires.) J’y ai souvent pensé sans vous en avoir parlé ouvertement. J’ai gardé toutes les lettres que nous échangions. Nous pourrions écrire un beau livre épistolaire enholy dolores1 publiant en partie ces courriers qui racontent le vécu quotidien et ô combien différent de chacune dans une même période ! Vous en France, moi, en Côte d’Ivoire, ayant pour dénominateur commun une amitié à toute épreuve et l’amour des cartes postales !
AD Effectivement, je ne m’attendais pas à cette réponse (rires). Je trouve que c’est une excellente idée. J’ai gardé aussi nos échanges. Il faut juste que j’arrive à mettre la main dessus (rires).

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Ne jamais désespérer, ne jamais se sous-estimer et oser la différence!

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Avant tout, j’aimerais vous féliciter pour l’idée de votre blog. Il faut être une grande âme pour vouloir mettre les autres en lumière.
Je ne suis pas une bonne critique mais je vais m’y essayer ! Je vous suggère d’écrire plus sur des sujets originaux, des choses qu’on ne sait pas forcément on qu’on n’aurait lu nul par ailleurs que sur votre blog. Les lecteurs aiment souvent le sentiment de dormir moins bête. Personnellement, j’ai adoré votre article ‘‘Angèle Rawiri – Première romancière Gabonaise – 1954-2010’’. J’y ai découvert cette femme qui a eu plusieurs vies (traductrice, écrivaine, mannequin et actrice). Elle me fait penser à quelqu’un ! (Rires) Et pour comparaison la première romancière ivoirienne est Simone Kaya holy dolores(Écrivaine, infirmière, assistante sociale et de santé). Son œuvre ‘‘Les Danseuses d’Impé-eya’’ est à la fois une mémoire et un mémoire de la période coloniale et de l’ère des États indépendants.
Enfin, je pense que plus d’images sur votre blog le rendra plus attrayant. Par exemple, vous pourriez ajouter une belle image ou carte postale en rapport avec le pays d’origine de l’écrivain que vous présentez.
AD Merci pour mon article. Ce sont de très bons conseils qui arrivent au bon moment car je pensais faire évoluer mon blog qui n’a pas encore fêté son premier anniversaire. L’histoire de Simone Kaya me passionne déjà. On verra…

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
J’aimerais vous remercier pour cette belle lucarne que vous m’offrez sur votre blog. C’est une véritable expression de solidarité entre écrivains ! Je souhaite un plein succès à votre carrière littéraire !
AD Merci beaucoup. Je le fais pour le plaisir car l’Afrique est un continent qui fourmille de nombreux écrivains de valeur qui méritent qu’on les mette en lumière

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt. Vous pouvez retrouver Holy Dolores sur son blog « l’Autre Afrique » où elle présente toutes les richesses culturelles Africainesl’autre Afrique

*AD Amélie Diack

Publicités