LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

Assollicitation – Dimbombi – 2018

Quatrième de couverture

Stagiaire non déclaré, sans salaire et issu d’une famille pauvre, Juvénil Nguekipi se démène comme il le peut dans un Gabon qui n’est pas tendre pour les plus démunis. Pour subvenir à ses besoins, il est contraint de se mettre à vendre illégalement du chanvre. Mais lorsqu’il est arrêté, et déféré au Parquet, cette activité n’est qu’un prétexte: le Préfet jaloux, l’accuse également de détourner son épouse. Pourtant, la belle Lune dont notre héros est amoureux n’est que la maîtresse du préfet… Comment Juvénil va t-il échapper à cette machination?

Chronique

Si on vous demandait de parler de vous, de votre vie, que diriez-vous? Comment vous présenteriez-vous? Quels mots utiliseriez-vous? Juvénil s’y plie, l’air de rien. Juste en posant des mots. LES mots qui le caractérisent. Qui décrivent son moi profond ou non.

Assollicitation nous emporte dans les pérégrinations d’un stagiaire-enseignant sans le sou mais bourré de rêves. De projets. Un stagiaire qui porte un regard cru sur tout ce qui interfère sur ses choix. Il est pauvre comme Job, mais débrouillard. En Afrique, même si il y a l’or, le pétrole, etc, et les poches percées, il y a aussi le rêve. Utopiste ou non. C’est le fil d’Ariane qui maintient en vie et qui pousse à se lever chaque matin. Au fil des mots, nous découvrons les difficultés rencontrées par les apprentis fonctionnaires. Retard voire absence de paiement des salaires. Déboires amoureux. Système D plus ou moins légal.

Assollicitation est un roman dont la lecture se fait sans heurts. D’une traite. Une lecture fluide et aisée.  Une lecture qui nous pousse à nous questionner. Face à toutes ces difficultés, comment réagissent les parents? Sont-ils au courant de ce qui se passe? Juvénil fait face à l’incapacité des hauts fonctionnaires.  Il fait face à leur rapacité. A leur manque de civisme. A leur manque d’intégrité.

Assollicitation est un mot qui dit tout. Nul n’est sollicité. Aucun acte. Aucun droit. Aucune vie. Juste une survie. Quelque chose de palpable. Quelque chose que l’on entrevoit l’espace d’une seconde et qui disparait  d’un claquement de doigts. Un mirage. Une illusion. Telle est la vie d’un homme qui a eu un rêve. Rêve qu’il a pensé pouvoir  réaliser. Rêve qu’il a du mal à imaginer. Une imagination sobre. Pertinente. Persistante. Une persistance profonde. Même si tout n’est qu’une assollicitation.

Note 17/20

9782754741163   Editions du Panthéon   80 p.   10,90€

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Justine Mintsa – 1957

Justine Mintsa est une écrivaine Gabonaise. Elle est née le 8 septembre 1957 à Oyem (Gabon). Elle a fait ses études supérieures au Gabon, en France et au Royaume Uni. Elle est membre du Haut Conseil à la Francophonie.  Elle a été Professeure d’Anglais puis Maître Assistant à l’Université Omar Bongo de Libreville. Justine Mintsa a présidé l’Union des Ecrivains Gabonais. Elle dirige aussi une troupe de théâtre « Wolespeare« . Elle a écrit de nombreuses oeuvres pour la jeunesse ainsi que des romans et des essais. Elle est très engagée dans la défense du patrimoine culturel architectural en Afrique Sub Saharienne. Aussi, elle a initié le programme de la caravane littéraire qui permet d’apporter des livres aux écoles de province.

Du fait de son engagement, elle a été faite Chevalier des palmes Académiques (2001), Chevalier de la Légion d’Honneur (2008) en France. En 2003, avec son frère Ngbwa Mintsa, elle écrit le protocole du mariage coutumier. Elle insiste sur le veuvage qui, selon elle, est une partie fondamentale de la tradition tout en étant un joug pour les femmes. En effet, elle est pour la protection de la  tradition tant que cette dernière ne pèse pas sur la vie des hommes et des femmes.

En 1994, elle écrit  un seul tournant Makôsu  sous forme d’un journal dans lequel une jeune femme dépeint, avec beaucoup d’humour  le quotidien problématique des universités  et des étudiants dans des pays en voie de développement

Son roman Premières lectures (1998) est autobiographique. Elle y raconte sa première rencontre avec la lecture. Les joies de son enfance. Son éveil à la poésie et au théâtre. Surtout, l’amour de la lecture dans un milieu social qui ne comprend pas.

Dans le destin d’Awu (2000), elle présente la vie des femmes face à la pression sociale (stérilité, place de la femme, le trio amoureux dans un mariage polygame,). Elle y aborde aussi le statut de la femme-objet, liée à son époux par la dot. Le destin des femmes Gabonaises face aux traditions absurdes. Les injustices administratives et la noirceur de l’âme humaine.

Dans Larmes de cendre (2013) comme d’habitude, elle décortique la tradition. Elle fait référence au veuvage traditionnel, qui selon elle est une identité culturelle

 

 

Angèle Rawiri – Première romancière Gabonaise – 1954-2010

Angèle Ntyugwetondo Rawiri est née le 29 avril 1954 à Port-Gentil au Gabon. Son père était fonctionnaire. Elle a perdu sa mère très jeune. Après avoir fait des études en France, elle est retournée vivre au Gabon où elle a exercé le métier de traductrice-interprète. Cependant, en 1995, elle revient s’installer en France. Elle fut aussiAngele-Rawiri_9490 mannequin et actrice (joua des seconds rôles dans les séries des James bond) à Londres.

Elle a abordé plusieurs sujets qui, à l’époque, posaient problèmes. Dans Elonga (1980), elle aborde le sujet de la sorcellerie et des sciences occultes en Afrique. En 1983, dans G’amérakano au carrefour, elle parle du choc de la tradition face au monde moderne, du métissage et du statut de la femme dans le monde contemporain. Le sujet le plus polémique fut abordé en 1989 dans son roman Fureurs et cris de femmes. Elle y parlait de l’homosexualité féminine.

C’est une écrivaine qui nous a quitté trop tôt, au sommet de son art. Elle est décédée le 15 novembre 2010 à Paris.