LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

Tout sauf le caleçon – Moussa Dienne – 2019

Quatrième de couverture

Tout sauf le caleçon est un roman qui, à travers l’emprisonnement d’un professeur et de certains de ses élèves, rend compte de l’essentiel de la vie carcérale et du chemin qui y conduit. Il parle de l’Ecole et de la prison en suscitant la précieuse remise en cause de bon nombre d’idées et de règles. Il fait clairement transparaître l’impérieuse nécessité d’une réflexion profonde à propos des lois et des procédures pénales ainsi que de l’institution qu’est la prison. Et il interpelle directement les décideurs ainsi que les professionnels de la police et du Droit quant à une gestion globaliste de la sécurité et des sanctions et non point une focalisation  sur la répression de l’insécurité, comme il est malheureusement le cas dans nos Etats.

Chronique

La prison, quel que soit le pays est connue pour retirer toute humanité à ceux qui y entrent. Les humiliations déshumanisantes y sont nombreuses. Morsine Kane, professeur de mathématiques, va le découvrir à ses dépens. Son arrestation fait du bruit dans le milieu scolaire. Sa découverte du monde carcéral et de ses actes humiliants va crescendo. Au grand dam de Morsine qui souhaite plus que tout garder son intégrité. Pourra t-il le faire? Comment se déroulera son séjour carcéral? Son mental sera t-il assez fort pour tout supporter?

Tout sauf le caleçon, un titre qui prête à sourire si tout ne se passait pas dans le milieu carcéral. Si un homme ne luttait pas désespérément pour préserver son honneur. Son humanité. Si un homme ne luttait pas contre un système froid, machiavélique et violent. D’une violence sourde. D’une violence calculée. Un système que nous découvrons au fil de notre lecture. Une lecture fluide qui nous entraîne entre le milieu scolaire, les forces policières et les hommes politiques.

Tout sauf le caleçon est l’histoire d’une âpre lutte. La lutte vitale d’un homme prêt à tout pour garder sa dignité. Est-il prêt à payer le prix d’un tel choix? Sait-il s’il supportera ce milieu qu’il ne connait pas si bien? Sa lutte sera forte.  Désespérée. Une lutte libératrice? Peu importe. Il est prêt à tout supporter. Il est prêt à tout perdre. Sauf sa dignité. Tout, sauf le caleçon.

Note 17/20

9782343174181    Edition l’Harmattan     230 p.    21€

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Marginal – Mour Sèye – 2019

Quatrième de couverture

Accusé de trafic de drogue, Djibril, jeune étudiant, est arrêté puis emprisonné pendant trois ans avant d’être relaxé. A sa sortie de prison, il est rejeté par la société qui l’oblige à affronter son destin dans la rue. Il fréquente quelque temps un gang avant de devenir assistant d’un maître coranique. Son existence bascule et Djibril découvre d’autres réalités de la vie en marge de la société. Une nuit, contre toute attente, Djibril disparait malgré lui et se retrouve dans la situation la plus extravagante et la plus sombre de sa vie. Le destin de toute une nation était entre ses mains? Fera t-il le bon choix?

Chronique

Le milieu carcéral est difficile, invivable, quel que soit le pays. Tout prisonnier  ne rêve que d’une chose: en sortir, si possible blanchi de toute accusation. Du moins, tel est le désir de Djibril, ex étudiant, accusé de recel de drogue. Même libéré, la vie continue à éprouver son avenir. Pourquoi est-ce si difficile? Que lui réserve la vie hors de prison? Comment son retour au bercail sera t-il perçu par sa famille?

Marginal. Avec un langage coloré, parfois énigmatique, Mour Sèye nous transporte dans l’univers carcéral sénégalais. Un univers où la surpopulation, la violence, la saleté règnent. Un univers où la loi du Talion est maître. A travers les aventures de Djibril, nous découvrons l’univers de la rue. L’univers de ces ex prisonniers abandonnés par tous et surtout par leur famille. Ces ex prisonniers livrés à la merci des marginaux. Pourquoi pas à la merci des terroristes?

Marginal est un plaidoyer pour la reconsidération du milieu carcéral. C’est un appel à humaniser ce milieu ainsi que les conditions de vie des prisonniers. C’est un roman qui appelle à la réflexion sur la réinsertion sociale et familiale des anciens prisonniers. Pourquoi les garder si longtemps en préventive avant qu’ils ne soient jugés? Pourquoi les garder si longtemps dans le système judiciaire quand, sans jugement, ils sont tout simplement oubliés dans les prisons? Pourquoi ne pas faire prévaloir la présomption d’innocence, même quand il s’agit d’un marginal?

Note 15/20

9782343176758   Editions l’Harmattan   164 p.   18€

 

Les femmes détenues en Algérie – Fadhila Mouzaoui-Koudjil – 2017

Quatrième de couverture

Ce livre porte sur les femmes incarcérées en Algérie et sur leur réinsertion. L’auteure s’interroge sur le sens que les acteurs [prisonniers et personnel pénitentiaire] confèrent aux notions de peine ainsi que les moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif. Dès lors, l’auteure a élaboré son champ d’investigation par entretiens approfondis et questionnaire lors d’une enquête menée dans des établissements pénitentiaires auprès des femmes et du personnel à mettre en évidence la trajectoire de réinsertion, les stratégies  identitaires, des profils de détenues […]

Chronique

Les matières telles que l’anthropologie, l’ethnologie, la sociologie, sont de grandes passions pour moi. Je me suis toujours intéressée à la question de la prison à travers le monde. Encore plus quand il s’agit de femmes enfermées dans ces institutions. Elles sont épouse, mères, sœurs, filles. Comment vivent-elles leur incarcération? Comment cela se passe t-il pour le Algériennes? Quel regard porte la société Algérienne sur ces femmes?

Les femmes détenues en Algérie est présenté comme un mémoire. C’est une analyse détaillée du Milieu Carcéral, de ses règles, de son mode de fonctionnement et des projet mis en place pour la réinsertion sociale de ces femmes. Ces femmes emprisonnées, détruites par leur statut de prisonnière, par le regard de la société, par l’histoire de leur parcours avant et après l’emprisonnement.

Les femmes détenues en Algérie est un regard critique sur le rôle de la prison dans la vie de ces femmes qui, pour la plupart sont rejetées par la société voire menacées de mort par leur famille (surtout dans le cas de prostitution). Cet essai pointe une situation récurrente dans ce pays: des femmes dont la prise en charge est difficile dans le milieu carcéral. C’est un essai qui ravirait de nombreux travailleurs sociaux.

Les femmes détenues en Algérie nous présente une situation de la femme dans un milieu qui n’a rien de prévu pour elle. Certaines en profitent pour amorcer un nouveau départ entreprenant des études. Cependant, elles ne sont pas très nombreuses. La société n’est pas prête à les accueillir malgré quelques timides programes de réinsertion. La société n’est pas prête à les aider à retrouver leur identité d’avant l’incarcération ou à se réinsérer dans le tissu social.  Finalement, cette analyse pointue  pourrait être le fait de nombreuses femmes à travers le monde. De femmes qui ont les mêmes soucis que les femmes détenues en Algérie.

Note 17/20

9782343136141   Editions l’Harmattan   301 p.   31,50€

La dernière lettre – Salla Dieng – 2008

Quatrième de couverture

La narratrice, Salimatou, qui finit de purger une longue peine de prison, se décide enfin à écrire à son ami d’enfance de toujours, Serge, pour lui avouer les raisons de ce long silence.

Chronique

Une amitié entre deux adolescents. Une amitié qui dure malgré la séparation et la vie de chacun. Combien de temps durera -t-elle encore? Puis une séparation. Par la vie. Par le cours du temps. Un jour, un courrier. Celui de la parole longtemps muselée. Un courrier qui raconte une peine. Une douleur. Intense. Forte. Une douleur doucement destructrice. Pourquoi un si grand silence? Que s’est-il passé?

La dernière lettre est un aveu troublant. Un aveu touchant comme il y en a si rarement. C’est le cri d’une femme. C’est le hurlement d’une femme en gésine de la douleur. De la perte. De la disparition. C’est un appel à la rédemption. Un appel au souvenir. Un appel au pardon. C’est un courrier qui explique l’inexplicable et qui tente de répondre aux nombreux « pourquoi » et « comment ».

La dernière lettre nous parle d’une descente aux enfers. Lente. Inéluctable. Une descente que nous accompagnons au fil des pages. Au fil des chapitres.  En tournant ces pages, nous découvrons l’envol brisé d’un être à la fleur des rêves. Le rêve brisé d’une colombe assoiffée d’amour et de paix. Et cet ami qui lit cette missive! Cet homme qui lit les tripes noués et le cœur en miettes. Cet homme qui essaie de comprendre. Cet homme qui découvre un secret qui le cloue sur place et qui réveille des souvenirs profondément enfouis.

Il fut un temps. Un temps si loin et si proche. La période de l’innocence. Une période qui ressemble si bien au grand calme avant la tempête. Une tempête qui balaie tout sur son passage. Une tempête emportant les êtres comme des fétus de paille, les laissant brisés et la plume à la main. Une plume écrivant l’inexplicable. Une plume écrivant le besoin du pardon. Une écriture émouvante de la dernière lettre.

Note 19/20

9782708707870    Ed. Présence Africaine    180 p.   10€

 

 

Jusqu’aux frontières de l’enfer – Alassane Cissé – 2019

Quatrième de couverture

Lorsque par une nuit du mois de juin 2002, Matar Sy sortit silencieusement la voiture de sa mère du garage pour faire une escapade avec sa petite amie, il ne se doutait pas le moins du monde de l’enchainement  d’évènements auxquels il allait être mêlé. Et, quand, plus tard, après son arrestation, avec deux autres suspects, sa mère fera des démarches et parviendra à le faire libérer bien avant son procès et bien avant les autres, un juge d’instruction opiniâtre va lancer toutes les polices du pays à ses trousses. S’engage, alors, entre le jeune homme et la justice, une course-poursuite jusqu’aux frontières de l’enfer.

Chronique

Quel adolescent ou jeune adulte n’a jamais désobéi à ses parents juste pour le plaisir de braver l’interdit? Combien d’entre eux pensent aux conséquences de leur acte? Matar, en faisant son excursion nocturne, ne savait pas qu’il venait de gagner son billet pour l’enfer. L’histoire débute normalement, puis, tout se précipite. Le suspens ne nous quitte plus jusqu’à la dernière ligne. Pourquoi des enfants issus de famille aisée se tournent-ils vers la délinquance? Cependant, il faut pouvoir assumer les conséquences de ses choix. Matar est-il prêt à le faire? Comment va-t-il s’y prendre?

Jusqu’aux frontières de l’enfer est le récit d’une mésaventure faite de malencontreux hasards. Hasards de choix. Hasards d’instants. Hasards de destins. Des destins peut-être brisés à tout jamais. La perpétuité est-elle la résultante d’un choix temporel?  Est-ce une question de durée? L’enfer sur terre existe t-il vraiment? Si oui, Matar et Rose ont-ils créé le leur? Comment s’en sortir? La famille et ses ressources financières est-elle une solution pérenne? La lecture devient, sans que l’on se rende compte, très addictive. Nous tournons les pages avec avidité. Les mots se posent avec finesse sur  une intrigue toute aussi fine. Nous accompagnons les personnages à travers leurs pérégrinations. A travers les coups du sort. A travers leurs choix par forcément heureux. Une guigne qui ne daignera pas leur laisser du répit.

Jusqu’aux frontières de l’enfer nous transporte dans des mondes où l’enfer n’est pas un vain mot. Dans une odyssée qui nous fera voyager en compagnie de Matar. Matar qui affrontera d’autres hasards. Pire que ceux qu’il fuyait? Peu importe de quel côté de l’océan Matar se trouvera, le hasard dictera toujours sa loi. Pour avoir enfreint les ordres paternels, Matar fera une fuite en avant jusqu’aux frontières de l’enfer.

19/20

9782343165042    Editions l’Harmattan    295 p.    22€