LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

Le turban et la capote -Nassur Attoumani 2009

Quatrième de couverture

« Le turban et la capote » est une comédie satirique dans la lignée du théâtre nassurien. Cette pièce qui a soulevé des vagues de rires, à Mayotte et à la Réunion, se fait l’écho des formidables mutations de la société mahoraise où les traditions musulmanes sont confrontées à la modernité occidentale. Au centre des dénonciations du dramaturge mahorais, se trouve le problème de la femme et de son émancipation, celui de la régulation des naissances, de l’allusion à la réforme  des noms patronymiques et à la départementalisation tant souhaitée par la population. Comme l’avait dénoncé Molière, en son temps, ici, les serviteurs de Dieu sont des hommes. Et lorsque sous le turban du cadi Mabawa Ya Nadzi, on reconnait Tartuffe et Don Juan, au bout de chaque réplique, le spectateur se tord de rire car, dans ce melting-pot cultuel et culturel, tout le monde ne prend pour son grade.

Chronique

En voyant le titre, j’ai souri car j’avais en tête un cadi tenant une capote. Ces deux – là n’étaient pas faits pour aller ensemble. Dès le départ, cet amalgame nous donne une idée de ce que l’on va lire. Mayotte et son double statut avant la départementalisation. Mayotte et ses cadis qui font justice. Des cadis parfois bien graveleux. Des hommes qui n’ont de religieux que le nom. Des images. Des tableaux de la vie sociale qui sont de vrais pamphlets dépeignant certaines réalités.

Le turban et la capote est une pièce de théâtre dans laquelle l’avare, Tartuffe, le malade imaginaire auraient bien leur place. Nassur Attoumani nous dépeint la société avec beaucoup d’humour. Les répliques sont succulentes et font rire aux larmes. Que peuvent bien faire ensemble un cadi et un époux obsédés sexuels et attirés par la même femme? Quelle est la place de la religion dans la désinformation sur les MST, la polygamie? Oups, je voulais dire la « multigamie ».

Les scènes sont sobres et laissent la place aux acteurs et à leur jeu. Du rire, du rire et encore du rire. Tous les sujets sont abordés: avortement, Sida, MST, divorce, grossesses à risque, abandon de foyer, etc. Mais, sous un angle jamais vu sauf par le cadi et ses désirs inassouvis. La lecture se fait d’une traite et avec d’énormes éclats de rire. Les quiproquos sont nombreux et régalent le lecteur. Pour dire vrai, le titre nous fait miroiter de l’humour à gogo et nous ne sommes pas déçus. Le turban et la capote, une longue et truculente histoire de religion inventée par un cadi lubrique, stupide et un époux ignare. Eclats de rire garantis.

Note 17/20

9782296106604   Ed. L’Harmattan   Coll. Théâtre des cinq continents   98 p.   11€

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Le cauchemar d’Obi – Chino & Tenso Tenso – 2019

Prix Couilles au  cul 2019 au festival off d’Angoulême

Quatrième de couverture

Un soir Teodoro  Obiang Nguema (dénommé « Obi »), président de la Guinée Equatoriale depuis presque quarante ans, s’endort comme d’habitude. Le lendemain matin, il se réveille sans un sou dans une mansarde, simple citoyen lambda dans un quartier pauvre de la capitale. Il découvre alors la rudesse de son pays, asphyxié par la corruption, le manque de liberté d’expression, d’accès aux soins ou à un système éducatif basique. Partant d’une idée assez simple, à savoir: quelle serait la vie du président équato-guinéen s’il cessait de l’être, les auteurs nous livrent une satire mordante et grinçante décrivant les conséquences d’une dictature sur la vie quotidienne des citoyens.

Tout y passe, dans un joyeux foutoir et sans épargner aucun pan de la société guinéenne où la bêtise, la cupidité, la cruauté et l’égoïsme sont devenus les qualités les mieux partagées. Entre rire et révolte, cet album est une dénonciation au vitriol que l’on lit et relit avec délectation.

Chronique

Obi est le président  d’une république bananière terriblement riche. Il a un ego surdimensionné. Il se comporte en véritable potentat. Il vaque à ses obligations présidentielles entre rendez-vous coquins et farniente. Il est l’homme le plus riche et le plus courtisé du monde. Ses amis sont parmi les hommes les plus connus et les plus riches du monde. La vie d’autocrate lui sourit jusqu’au jour où survient… son cauchemar. Quel est ce cauchemar? Comment réagira notre président autocrate? Y survivra t-il?

Avec énormément d’humour, le cauchemar d’Obi nous embarque dans les tribulations de cet homme. Avec de grands éclats de rire, nous découvrons l’autre Obi. Celui que personne ne soupçonne. Même pas lui. Un looser de première. Nous allons de découverte en découverte. Découverte concernant son cauchemar. Le pire qu’il ait fait de toute sa vie. Se pourrait-il que ce cauchemar prenne fin… un jour? Découverte sur sa nouvelle vie.

Le cauchemar d’Obi nous dépeint la vie des dictateurs à travers le monde. Des tyrans en général. Ces hommes qui vivent dans un luxe insolent tandis que leur peuple ne bénéficie pas du minimum vital. Un pays où l’enfer est un paradis pour le peuple et où même le dictateur déchu rêverait d’habiter. Les planches sont en couleurs et les traits sont très vifs tels les tortures infligées à ceux qui osent élever la voix contre le régime. Les coups de crayon dépeignent avec réalisme l’histoire d’un pays: la Guinée Equatoriale, la dictature d’un président: Teodoro Obiang Nguema qui a laissé son riche pays devenir l’un des plus pauvre du monde. Aurait-il présidé différemment s’il avait vécu le cauchemar d’Obi? Nul ne le sait.

Note 18/20

9782343146669    Editions L’Harmattan    130 p.    15,90€