Entretien avec Fara Ndiaye dit Fara Poète – Poète Sénégalais – 1989

51240454_2326499691008606_5984915911977467904_nFara Ndiaye est né à Saint Louis du Sénégal en 1989. Ne vous fiez pas à son âge car « la valeur n’attend point le nombre des années » et Fara Ndiaye le prouve bien. Il est président et fondateur du collectif parlons Poésie. C’est ainsi qu’il a pu faire éditer Le livre de cris et d’encre  qui est une anthologie publiée en mars 2018 chez maître du jeu éditions.

A.D. Bonjour Fara Ndiaye, Je m’appelle Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet interview. J’en suis honorée
Bonjour Amélie, c’est pour moi un plaisir que vous portiez l’attention sur ma modeste51188958_301177723934401_7982015338852122624_n personne.

A.D Pouvez-vous vous présenter?
Se présenter est parfois un rude exercice s’il s’agit de parler de soi, alors je vais utiliser les propos de Khalil Gibran qui disait « je suis à l’aise sur toutes les questions sauf la question qui es tu ? » Mais n’empêche, pour ne pas être prolixe, je dirai que je me nomme Fara Ndiaye, je suis enseignant de formation, je sers dans l’I E F de Kanel mais j’habite à Saint-Louis. En même temps, je suis un féru des mots. Enfin, je dirai que je suis l’initiateur et le coordonnateur général du collectif Parlons Poésie qui a publié une anthologie titrée de cris et d’encre en mars dernier.

A.D. Votre surnom est Fara Poète. Je suppose que c’est par rapport au slam ?
En fait, ce surnom m’a été donné par des condisciples, c’est sans doute pour mon 51170911_981354968726554_5678167526631014400_nobsession à l’écriture, en particulier de la poésie

A.D Où avez-vous fait vos études et quels sont les souvenirs que vous en gardez ?
Pratiquement j’ai fait toutes mes études à Saint Louis. Ah des souvenirs! Je garde dans ma boite crânienne autant de souvenirs que même le verbe n’aurait pu suffire pour les y sortir. Non j’exagère! J’avoue que les meilleures relations amicales, que je garde jusqu’à présent, je les ai tissées à l’école. Certains de mes professeurs aussi m’ont beaucoup marqué. Mais à l’école j’étais un élève du genre bizarre, je voulais toujours m’auto-former.51193944_830929647266419_2475702106707722240_n

A.D. Pouvez-vous nous parler de vos souvenirs d’enfance?
J’étais un enfant curieux et très têtu. Je faisais tout ce qu’on m’interdisait. Un jour, Serigne Saliou Mbacké, à l’époque khalif général des mourides avait donné ndiggel à Cheikh Bethio et ses talibés, de venir à khelcom pour faire des travaux champêtres de fin d’hivernage, sans même aviser mes parents j’y suis allé. Mais devinez quoi, à mon retour j’ai été farouchement fouetté. Justement pour vous dire que je faisais tellement de bêtises. Mais au fil du temps, j’ai su que chaque bêtise faite était une expérience pour moi, donc une nouvelle connaissance acquise. Et aujourd’hui, ces bêtises transformées en connaissances m’ont forgé dans la vie.

A.D. Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
51293372_2238620133127540_2838017357295648768_nJe ne connais pas d’écrivain dans ma famille, donc je ne crois pas qu’il soit un héritage familial. Par contre, j’aimais la lecture, et je l’aime toujours d’ailleurs. Il m’arrivait parfois en marchant dans les rues, de ramasser des papiers volants qui portaient des écrits, et de les lire. C’est peut être la lecture qui m’a poussé à l’écriture. Ecrire et lire sont deux verbes qui ont un dénominateur commun.

A.D. Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Il peut sembler prétentieux pour moi de dire que je suis un écrivain. Mais je dirai simplement que j’écris. Et cela, depuis tout petit.

A.D. En avez-vous parlé à votre famille ? Qu’en a-t-elle pensé ?IMG-20180406-WA0075
Ma maman et mes sœurs me disaient toujours que j’allais devenir fou. Car elles me voyaient tout le temps dans mon petit coin en train d’écrire et de papoter sans relâche avec moi-même. C’est fou !

A.D. Quelle a été votre source d’inspiration pour votre premier roman ?
Je travaille sur mon premier roman. Ce n’est pas encore sorti. Donc je m’abstiens d’en parler, si vous me le permettez.

A.D. Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Ecrire, c’est d’abord pour moi un don de Dieu. Il y’a des gens qui ont une soif d’écriture, mais gribouiller des 51170911_981354968726554_5678167526631014400_nmots sur des papiers serait pour eux une vraie quête de mine d’or. Par contre, d’autres sans le moindre effort, écrivent avec dextérité. Nous sommes tous des porteurs de mots et de maux, mais nous ne sommes pas tous des alchimistes des mots.

A.D. Que représente l’écriture pour vous?
Ecrire pour moi est une source de libération, de quête de soi, mais aussi de soulagement. C’est comme un bébé qui atteint son terme dans le ventre de sa maman, il tient coûte que coûte à sortir, car pour lui c’est le seul moyen de se soulager. C’est le même processus parfois avec l’inspiration, quand elle se pointe, on est obligé de lui frayer un exutoire pour qu’elle se déverse afin que nous soyons nous aussi libres.

A.D. L’écriture est-elle synonyme d’engagement?
Si engagement dans l’écriture veut dire, être un défenseur ou un avocat de son peuple, je51188958_301177723934401_7982015338852122624_n dirai simplement que ce n’est pas toujours le cas, car nous n’avons pas tous les mêmes préoccupations.

A.D. Vous êtes écrivain, poète et slameur. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je suis dans l’écriture, et dans l’art oratoire aussi. L’écriture et l’oralité sont liées. Donc il n’y a pas trop de choses à dire car c’est le côté pile et le côté face sur une même pièce de monnaie.

A.D. Une telle carrière est-elle difficile à gérer ?
Tout est dans l’organisation et la méthode. Il suffit juste d’avoir une maitrise de soi, ensuite de faire peu d’effort pour s’en sortir. Mais il faudra savoir aussi qu’écrire n’est pas facile.

A.D. Quels sont vos futurs projets ?
Pour mes projets personnels, je dirai publier les livres que j’ai déjà écrits. Pour le collectif parlons poésie, je travaille avec un éditeur pour voir comment mettre en place une 51240454_2326499691008606_5984915911977467904_nanthologie africaine, avec des auteurs de nationalités différentes.

A.D. Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Je suis très proche des jeunes qui sont des passionnés de lettres. Je sais aussi que beaucoup d’entre eux ont des talents inouïs. Mais il faut qu’ils sachent que l’œuvre artistique demande du travail et de la patience. Il ne faut pas que nous jeunes, soyons des culs de plomb dans l’exercice littéraire, cela exige un travail laborieux. Vous allez me permettre aussi d’ajouter les propos de A Hampâté Ba qui disait « si vous voulez faire une œuvre durable, soyez patients, soyez bons, soyez vivables, soyez humains».51193944_830929647266419_2475702106707722240_n

A.D. Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien esthttps://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/?
C’est un blog que j’aime bien. Maintenant il faut assurer une bonne communication, en parler à d’autres pour plus de visibilités. Parler aussi des thèmes qui touchent les jeunes comme le slam par 51165102_285796232058455_1061147652743233536_nexemple. Inviter si possible des auteurs à faire des débats en ligne sur leurs œuvres ou des thèmes donnés.

A.D. Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Je voulais justement interpeller les autorités compétentes afin qu’elles misent sur la jeunesse, si réellement elles veulent éviter l’obsolescence de la culture. La jeunesse fait énormément d’efforts dans l’art, je pense aux jeunes poètes, slameurs, romanciers, nouvellistes…qui n’attendent que des coups de pouce pour émerveiller le monde.

A.D. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt
Je vous remercie Amelie. Ce fut un réel plaisir pour moi.

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Entretien avec le Dr Ndongo Mbaye, le conteur et poète Sénégalais qui chante les mots

Prendre la parole, dans la tradition africaine, est d’une grande importance. Passer la parole est une grande responsabilité. La poésie a toujours fait partie de l’oralité. Elle était présente dans toutes les cours, pas seulement royales. La poésie permettait de démontrer la part d’humanité en chaque homme. Sa culture. Son amour des traditions et des jeux de mots. Son intelligence. Ndongo Maye est un de ces chantres de la poésie, de la parole. Il sait captiver son auditoire et faire danser les mots.
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Bonjour Ndongo Mbaye, Je suis Amélie Diack. Merci d’avoir accepté cet entretien.
C’est plutôt moi qui vous suis redevable, de m’avoir prêté la parole, qui, en Afrique, ne se donne pas….

Pouvez-vous vous présenter?
Je m’appelle Ndongo Mbaye. Je suis né à Yeumbeul,33073126_602243370133530_2919928379404713984_o dans la banlieue, dans un village traditionnel lébou, très paisible. Ma mère s’appelle Adja Faballa Mbaye et mon père El Hadj Babacar Mbaye. Je suis né le 31 juillet 1952. Dans ma famille , nous étions 14 sœurs et frères très unis, très proches et complices.
Yeumbeul ayant été un village d’agriculteurs, nous avons passé une bonne partie de notre belle enfance, et de notre agréable jeunesse, à jouer, à gambader et à chaparder dans les champs de nos parents et grands-parents, au milieu de la nature. Nous avons donc été forgés par ce milieu , certes rude, mais bucolique , où prévalaient les valeurs de la famille et du travail.

DSC05980_01-1Parlez-nous de votre enfance, de vos études  
Après l’école primaire et mon admission en 6ème, je fus orienté dans la capitale Dakar, au Lycée Blaise Diagne, un lycée célèbre pour ses nombreuses grèves, mais aussi, paradoxalement, pour ses excellents résultats scolaires. Et c’est là où, après mon admission au baccalauréat, avec la mention BIEN, j’ai obtenu une bourse de l’état, pour aller faire ce que l’on appelle encore aujourd’hui, les « prépas», donc les classes préparatoires aux grandes écoles françaises. En vérité, cela faisait partie d’un vaste plan, des lubies du président-ndongo_mbaye-27-10-2016_01.10.02 (2)poète Léopold Sédar Senghor, de faire de nous tous, des normaliens, des agrégés comme lui, des saints cyriens, des polytechniciens etc.
C’est ainsi qu’après mon Hypokhâgne et ma Khâgne, successivement aux Lycée Honoré de Balzac et Jules Ferry à Paris, je suis allé tranquillement poursuivre mes humanités à l’Université Paris X Nanterre, pour y préparer un Doctorat-es-lettres que j’ai soutenu le 15 octobre 1982, sur le sujet : «Les mentalités dans le roman sénégalais: images et présupposés du discours« .
Puis, dans la lancée, j’ai préparé concomitamment un DEA en sociologie, à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), et un DESS, en tant qu’auditeur, en New Phototastic CollageDocumentation et Bibliothéconomie, à l’Institut d’Etudes Politiques, plus connu sous le nom de Sciences Po Rue St Guillaume.
Il faut souligner qu’à partir de la licence, en 1977, j’avais déjà commencé à travailler dans l’administration territoriale, notamment à la mairie de Bagnolet, au Centre socio culturel Anne Franck…
Cependant, aussitôt mes études universitaires terminées, je suis rentré au Sénégal, où, pendant 2 années, j’étais enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), spécialement à l’Ecole des Bibliothécaires Archivistes et Documentalistes (EBAD), où j’assurais les cours de catalogage auteurs et matières, de résumé ou analyseNew Phototastic Collage0 documentaire, des systèmes documentaires …
Au bout des ces deux ans, j’ai démissionné, et je suis retourné en France où m’attendait encore mon travail, pour y embrasser une autre profession, et faire DSC05980_01-1carrière ainsi dans les collectivités territoriales, surtout dans les communes, où je jouais le rôle de cadre, Responsable de service .
Mais comme pour moi, l’enseignement est un sacerdoce, et que transmettre est mon crédo, je suis revenu enseigner à l’ENSUT (devenue plus tard Ecole Polytechnique Supérieure), pour aider mon ami et Professeur Libasse Niang, dans la section «Tourisme», où je dispensais des cours et séminaires en communication et sociologie, à travers diverses thématiques. C’est dans ce cadre aussi, que je me suis retrouvé à donner les mêmes cours à l’Institut de Formation en Administration des Affaires (IFAA) avec mon ami le Professeur Mame Birame Diouf..….

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? 34465993_610972075927326_2116321280855638016_n
Dès l’école primaire, en CM2, j’étais fasciné par l’écriture, et surtout par la poésie, d’abord française, puis africaine. Dès lors je voulais devenir professeur de français, journaliste et écrivain…
Mais plus tard, je me suis aperçu que ce n’était qu’un désir, qu’un rêve d’écriture qui était incarné par la figure charismatique de mon Maître, notre Directeur d’école, Monsieur Cheikh Tidiane Seck, un excellent pédagogue, amoureux des lettres, qui m’a fait aimer la lecture. Je le revois encore avec sa guitare, pour nous jouer et réciter «Minuit», «La Chanson du Djoliba» du Guinéen Keïta Fodéba, «Le chant des rameurs», «Souffles« de Birago Diop etc. Ce monsieur, très rigoureux, très exigeant, voulait que nous écrivions sans faute, avec le Plaisir du texte, mais aussi un amour infini de la «belle» littérature.

Nous sommes tous marqués, en général par un professeur qui nous a donné le goût des belles lettres. Pour moi, il s’agit de deux professeurs de français, Oumy Guèye et Madame Renaudot, respectivement au Collège et au Lycée

Amours_SavanQuand avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Et évidemment, ce désir n’était qu’enfantin, inconscient en nous. Et forcément, il était différent, et très loin d’une quelconque volonté de devenir réellement écrivain. Je ne sais même pas, et vraiment je ne peux pas l’affirmer ici, si j’ai jamais eu, en dehors de ces rêves d’enfant, la volonté de devenir écrivain. Ou alors, c’était complètement inconscient.
Par contre, j’ai commencé à écrire égoïstement pour moi, dès le lycée, donc tout jeune.
Et plus je prenais de l’âge, plus écrire s’imposait à moi, devenait indispensable, mais toujours pour moi seul, sans aucune intention de publication.
En réalité, être édité ne m’intéressait pas du tout, ne m’effleurait même pas l’esprit.
Je voulais juste écrire, me débarrasser de mes beautés ou démons intérieurs, dans le secret des Dieux , avec le mystère jubilatoire de cette parturition solitaire et singulière.
Il a fallu donc que mes amis, qui me bousculaient pour lire mes écrits, se mettent à me fustiger, à me secouer, pour m’obliger à envoyer au moins un manuscrit à un éditeur.
Ce que je n’ai jamais pu faire.
En fait, c’est mon ami et binôme, le brillant poète, écrivain, enseignant-chercheur ensans sciences cognitives, Amadou Elimane Kane, qui, après une conférence que j’animais à Paris sur «L’aventure ambiguë» de Cheikh Hamidou Kane, m’a présenté à un de ses amis écrivain-dramaturge- éditeur, le Congolais Caya Makhélé, Fondateur et Responsable de la maison d’édition Acoria, qui, sans même m’avoir lu (parce qu’il faisait confiance à Amadou Elimane Kane, qui lui avait copieusement parlé de mes poèmes), me proposa sur le champ de me publier. C’était en 2005.
Dès ce moment, ont commencé mes angoisses de devoir me «débarrasser» de mes enfants–textes… La fameuse angoisse de l’écrivain face à ses écrits qui vont le quitter !
Ainsi donc, je n’ai jamais envoyé de manuscrit à l’aveuglette, à des maisons d’édition, afin d’attendre le verdict fatal… C’est dans ces circonstances, qu’en mai 2005, parut mon premier recueil de poésie : «Amours-savanes», aux éditions Acoria (France).

ombre.jpgQu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Vous savez, c’est toujours une joie, du bonheur, et surtout une fierté et un honneur, pour nos parents, de voir leurs enfants embrasser leurs passions, surtout quand il s’agit de devenir écrivain.  D’autant plus qu’ils ont toujours su mon penchant pour la littérature et les langues, depuis ma prime jeunesse .
Quant à mon ex épouse Nanou, qui est Française, elle a, depuis le début de notre belle aventure sentimentale, et de nos délicieuses relations amoureuses, intégré cette dimension de l’homme qu’elle aimait, et qui serait sûrement souvent absent. Mais elle aimait la lecture, et connaissait le prix à payer.
Cependant, et à elle, et à mes deux fils Théo-Daouda et Issa-Timothée, j’ai toujours tenu à leur demander pardon, à travers mes livres, pour le temps que je leur volais, ce temps que je devais leur consacrer, et que j’investissais dans l’écriture, et dans la solitude.
Mais ils ont toujours compris combien c’était essentiel pour moi. Et je crois que telle était aussi leur participation dans la construction et la structuration de mon être, de mon existence, mais aussi leur part d’humanité et d’Amour.

De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?
Disons-le tout de suite, et comme vous avez pu le deviner, je ne suis pas du toutNew Phototastic Collage romancier. Je suis, comme aime le dire mon ami Marouba Fall, un écrivant, un poète en la circonstance, et, accessoirement je suis nouvelliste et essayiste.
Mais ma passion, mon terrain de prédilection demeure la poésie, parce que c’est le champ du Partage, du rythme, de la scansion, de la musicalité des mots, de la beauté des images qui en naissent, pour que toute cette floraison de forces mystérieuses et miraculeuses converge vers un seul but : la Magie du poème.
Ce qui m’intéresse donc, c’est cette exaltation jouissive des sens, des signes, de la littérarité du texte, de cet arbre dont parlait si bien le grand écrivain Congolais feu Sony Labou Tansi, cet arbre qui sourd et pousse inconsciemment dans notre ventre, et qui nous fait écrire, pour qu’il fasse plus humain en nous.
En ce qui concerne l’inspiration, tout m’est source d’inspiration. Elle est inclusive, carAmours_Savan elle peut jaillir de partout, de nulle part, avec sa force, sa puissance, sa propre dynamique, qui nous font prendre la plume, qui font parler, rire, hurler, pleurer ou sourire notre calame.
C’est pourquoi, j’ai tendance à affirmer que l’écriture, certes, c’est du bonheur, mais c’est aussi de la souffrance, car elle naît parfois dans des terres très sombres, obscures, impudiques, et que des fois, nous aurions bien voulu qu’elle reste dans ces ténèbres inconnues, pour ne pas assister, impuissants, à notre propre dévoilement, à notre mise à nu. Cette posture est terrible, car une fois sortie et vulgarisée, l’écriture ne nous appartient plus : elle vit sa vie, en dehors de nous. Elle n’a plus besoin de nous pour affirmer sa manifestation. Elle nous échappe complètement, et s’affranchit de notre tutelle.
Pour parler de mon premier recueil de poésie «Amours-savanes», mon inspiration vient justement de ces merveilleux paysages de savanes, notamment ces champs florissants, qui s’étendent à perte de vue, à Keur Samba Kane, et à Mbaufé, royaume d’enfance de ma mère. J’étais (et je le suis encore !) tellement charmé par cette brousse, juste derrière le village, avec la quiétude et la 33073126_602243370133530_2919928379404713984_osérénité qui naissent entre ces arbres, ces buissons, ces chemins…

Je suis heureuse de lire ces mots car en tant qu’auteure (je  ne me considère aucunement comme étant écrivaine), c’est exactement ce que je ressens. Je dis toujours « L’accouchement fut difficile et l’enfant se porte mieux que la mère ». A chaque écrit, nous y laissons une part de nous.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Comme je n’ai jamais projeté de le publier, je ne peux pas vous dire le temps que j’ai consacré à son écriture. Par contre, je peux seulement vous affirmer que, comme le temps ne m’était nullement compté, et que je ne subissais aucune pression, j’ai pris le temps de l’écrire, dans le plaisir de travailler pour soi, et rien que pour soi. Je ne peux pas vous dire non plus, si j’en étais satisfait ou non … mais vous savez qu’un auteur est rarement satisfait de son œuvre .
Mais à la parution du livre, j’ai senti comme une ambivalence, un paradoxe, entre le fait de m’être débarrassé d’un gros poids, et l’angoisse de la naissance de quelque chose de monstrueux, dont je ne maîtrisais pas les effets et les conséquences. Comme si j’entrais dans une cinquième dimension inconnue.

Eh oui, la fameuse angoisse de l’écrivain qui ne le quitte jamais

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Et justement, ce qui est extraordinaire, c’est l’accueil de cet opus dans le milieu littéraire!34465993_610972075927326_2116321280855638016_n
Je me rappelle d’une cérémonie de dédicaces à Paris 11ème, à l’Avenue Parmentier, au restaurant «Grand Place», où j’ai fait des signatures jusqu’à 2 h du matin, heure à laquelle j’ai pu seulement manger…
J’ai eu droit à des interviews, a des passages dans des médias pluriels, et d’autres séances mémorables de dédicaces, comme celle à Choisy Le Roi, la ville où j’habitais, et où j’étais le responsable du service des loisirs des retraités et handicapés depuis de nombreuses années… et où j’ai exercé pendant 26 ans, jusqu’à ma retraite en octobre 2017… Cette après midi là, ce sont mes deux amis et frères, les musiciens –chanteurs-compositeurs feu Seydina Insa Wade, et Meïssa Mbaye, qui sont venus animer en live, bénévolement, ces merveilleux et savoureux moments.
Ce livre a aussi bien marché, parce que, comme un enfant, je lui ai pris la main pour l’accompagner sur les chemins de sa Vie, et qu’il a su grandir, grâce à mes récitals/lectures de poésie, spectacles que je mène, accompagné de grands dialis, joueurs de kora, comme Idrissa Diabaté, Soriba Sakho, Lamine Kouyaté, Moussa Kanouté, et le jeune et talentueux balafoniste, Kamory Kouyaté. Ces échanges fréquents, et sur des scènes très différentes, en France et à l’étranger, ont élargi l’audience de cette écriture, et l’ont fait connaître à d’autres univers.

Depuis, vous en avez écrit d’autres, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
sansDepuis cette première naissance, d’autres ont suivi, toujours avec angoisse et bonheur : «Les lézardes du silence», un recueil de nouvelles «Ombres», un troisième recueil de poésie «Les poètes meurent aussi», et le dernier livre qui est un essai littéraire, écrit sur mon binôme Amadou Elimane Kane, qui a fondé l’Institut Culturel Panafricain et de Recherche de Yène(ICPR) au Sénégal, dont je suis membre du Comité Scientifique, Directeur des universités d’été, et du Département «Lettres et Culture»; et la maison d’édition «Lettres de Renaissances», dont je suis le Directeur de la collection poésie0536872001461143110 «Paroles arc en ciel».
Dans ce livre, que nous avons écrit à quatre mains avec Isabelle Chemin, professeure documentaliste à l’Académie de Paris : «Amadou Elimane Kane : réinventer la littérature africaine, c’est bâtir le récit pluriel pour une humanité sans muraille», nous avons voulu camper un personnage pluriel, dont toute l’œuvre, foisonnante, tend vers l’essentialité de la lecture, l’oralité, l’écriture et la poésie.
En dehors de mes écrits, j’ai participé à plusieurs anthologies poétiques, et à l’écriture d’ouvrages collectifs, comme celui sur Alioune Badara Bèye, Président de l’Association des écrivains du Sénégal, écrivain-dramaturge-poète : «Sur les traces d’Alioune Badara Bèye» Abis éditions et éditions Maguilen ; «Regards sur la Francophonie» éditions Maguilen ; «Poètes pour Haïti» chez l’Harmattan France, et le dernier qui est un ouvrage contre Boko Haram et pour la tolérance, paru aux éditions AfricAvenir à Douala, sous la houlette de mon ami, l’écrivain-essayiste-polémiste Gaston Kelman : «Contre la nuit des ombres; les plumes de la colère».
En ce qui concerne les nouvelles que j’ai écrites (et que je continue à écrire pour honorer Amadou-Elimane-Kaneune commande de mon éditeur Acoria), trois fois lauréat du Concours de nouvelles «J’écris, je lis« organisé par Teham éditions (France), j’ai reçu le premier Prix en 2014, sur le thème de «l’unité», avec ma nouvelle intitulée «La muraille humaine».

Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Transmettre la passion de l’écriture, c’est transmettre d’abord la passion de transmettre, de la connaissance de soi, de la confiance en soi, de l’estime de soi; c’est transmettre le goût de l’oralité, de l’écriture, de la lecture; c’est transmettre l’amour de la liberté, l’importance du Partage et de l’Altérité.

Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement?
Je me suis toujours méfié de la notion d’engagement, car elle est rarement clairement définie. C’est une question qu’on m’a posée assez souvent . Et je me rappelle avoir fait DSC05980_01-1une série d’émissions radio sur la CRTV , et de conférences à Yaoundé au Cameroun, avec mon ami Gaston Kelman. Et j’ai tendance à dire que si l’engagement faisait l’écriture d’un beau texte, ça se saurait! Il suffirait alors tout juste d’être engagé pour produire une œuvre littéraire. Or nous savons que cette assertion est fausse.
Par contre, dans l’histoire de l’écriture, et dans l’archéologie littéraire, il est arrivé que l’engagement vienne enrichir la vision d’un auteur, et illuminer une écriture, comme ce fut le cas de grandes figures et noms de la littérature : Simone de Beauvoir , Jean Paul Sartre, Frantz Fanon, Aimé Césaire, Aragon, Ousmane Sembène, David Diop, Léon Gontran Damas, les auteurs révolutionnaires Malgaches, Paul Dakéyo, Amadou Elimane Kane…
En ce qui me concerne, je ne suis pas un Prophète, un Messie ou un démiurge. Derrière0536872001461143110 mon écriture, il n’y a aucune autre chose à chercher, aucune cause à défendre, aucune mission à remplir ou à trahir, mais juste l’écriture à porter aux nues. En définitive, la seule cause qui vaille la peine d’être défendue à mes yeux, c’est la littérarité d’un texte. En somme, comment un texte peut être qualifié de littéraire, de poétique. Et comme je le disais au début, bien avant d’être publié, j’écris égoïstement pour moi. J’écris pour essayer à tout moment de toucher la grâce de l’écriture. Ce qui, évidemment, est une chose vers laquelle on tend, à la quelle on rêve. Un peu comme un musicien qui cherche désespérément et éperdument à trouver une nouvelle note de musique, et qui, peut-être, toute sa vie va courir derrière ce Graal, cette belle chimère.

Quels sont vos futurs projets ?
Mes projets, c’est avant tout la parution très prochaine, en octobre 2018, d’un nouveau recueil de poésie : «Entre les silences et les bruits, les mots.. », aux éditions Lakalita, suivie de suite de la publication d’un autre recueil poétique par notre maison d’édition «Lettres de Renaissances» (France et Sénégal), puis d’une éventuelle autre sortie à Yaoundé, aux éditions Ifrikiya de mon frère et ami l’écrivain-poète, Jean Claude Owono.

New Phototastic Collage0Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
A de jeunes auteurs, d’ailleurs à de jeunes tout court, je donne toujours ce même conseil : travailler, encore travailler, toujours travailler. Pour ce qui touche plus particulièrement l’écriture: être exigeant avec soi, avoir la patience, écrire, savoir effacer, raturer, réécrire, déchirer, jeter à la poubelle, reprendre l’ouvrage, se relire, corriger toutes les fautes, être rigoureux, avoir une grande humilité, et éviter la grosse tête, ou la «divinisation», ou la «starisation», dès le premier texte publié, ou le premier succès venu…

Des conseils éclairés car l’humilité pousse toujours à aller plus loin dans ses écrits
New Phototastic Collage

Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?
Votre blog s’améliorera au fil du temps, des rencontres, des échanges, des choix éditoriaux qui l’enrichiront. Il porte déjà, de par son existence, et sa volonté de pérennisation, toutes les qualités déontologiques et professionnelles de sa propre maturation…
Il faut continuer à mieux cerner la complexité des auteurs interviewés, et à extraire les sens, les non-dits, derrière les entre-deux, entre les lignes, même sur les marges, car les Mots sont trop mystérieux, et ils portent en eux leur part de miracle, et/ou d’ambigüité.

Merci de ces conseils. Effectivement, en un an, mon blog a beaucoup évolué et va continuer car je tiens compte des conseils donnés. De plus, pour suivre l’évolution de la Littérature, mon blog est obligé de s’adapter pour mon plus grand plaisir et, je l’espère, celui des lecteurs

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Seule la poésie sauvera le monde, dans cette grande crise que traverse l’humanité, parce que poétiser, c’est faire briller tous les soleils de nos libertés, afin de donner l’espoir à l’homme, par les promesses de ses dons…

C’est aussi faire chanter les cœurs et rendre à l’Humanité ses émotions

Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt

Ndongo Mbaye, le poète sénégalais qui fait chanter les mots

L’Auteur

34465993_610972075927326_2116321280855638016_nNdongo Mbaye est le Maître des mots. Il a plusieurs casquettes: Docteur-es-lettres, sociologue et journaliste, poète-écrivain Professeur -Associé en Communication et Sociologie à l’Université Cheikh33073126_602243370133530_2919928379404713984_o Anta Diop (UCAD) et à l’Institut de Formation en Administration des Affaires (IFAA) à Dakar, Membre du Comité Scientifique de l’Institut Culturel Panafricain et de Recherche de Yène (ICP) au Sénégal, Directeur des Universités d’été et du Département Lettres et Cuture de l’ICP, Responsable de la collection « Poésie » des éditions « Lettres de Renaissance » (France, Sénégal), Responsable du Pôle Loisirs Retraités et Handicapés de la Mairie de Choisy Le Roi (Val de Marne) France.

Bibliographie

Amours_SavanAmours –savanes – Poésie – 2005 Nous fait aimer les paroles. Fait de la langue un acte d’amour et d’ouverture. Réinvente le regard pour un monde de paix, d’amour et de liberté.

Les Lézardes du silence – Poésie  2007 Quand les silences sesans lézardent, s’ouvrent des brèches qui laissent passer la lumière, source de magie et de mystère, vers des mondes d’où sourdent des mots appelant à la révolte, à l’amour, aux rêves et à la Renaissance Africaine….juste pour crier à pleine voix contre tous les bruits qui parasitent la Terre Africaine, cette terre si fortement chevillée à notre esprit, à notre corps , à notre ventre, à notre cœur. De derrière les Lézardes du silence, se profilent des paroles pour une poésie de la mémoire, afin qu’il fasse plus Humanité en nous

ombre.jpgOmbres – nouvelles 2011 Les personnages des nouvelles d’ « Ombres », ne sont pas des zombies qui errent passifs, dans une hypothétique attente d’un destin quelconque. Ce sont de fortes individualités qui cheminent armées d’une volonté farouche et inébranlable de gravir des montagnes, quitte à en mourir ou en …vivre, renforcées dans leurs principes et leurs convictions. Naviguant entre leur part d’ombre et de lumière, chacun d’eux n’aura qu’une idée fixe : aller jusqu’au bout du chemin.

Les Poètes meurent aussi – Poésie – Rayonnante d’une inspiration lumineuse, la poésie0536872001461143110 de Ndongo Mbaye est l’expression d’une littérature talentueuse, qui ouvre le champ du patrimoine africain avec une belle volonté universelle. Contrairement à ce que laisse imaginer le titre, ce recueil poétique est une ode à l’ancestralité de la terre africaine. Il est le témoignage de la mémoire des poètes, de ces êtres qui inscrivent dans le temps et dans l’espace des mots pluriels pour rebâtir la cosmogonie de la culture africaine.

Amadou-Elimane-KaneAmadou Elimane Kane : réinventer la littérature africaine , c’est bâtir le récit pluriel pour une humanité sans muraille…..Un essai littéraire – Ecrit avec Isabelle Chemin – Cet ouvrage rassemble une double réflexion, écrite à quatre mains, qui explore l’œuvre florissante de l’écrivain poète, enseignant et chercheur Amadou Elimane Kane .A travers le prisme de l’unité littéraire emblématique des livres d’Amadou Elimane Kane, à la fois hétérogène, libre et didactique, on assiste à une lecture enrichie qui éclaire, à angles variés, les dimensions culturelles, intellectuelles, littéraires, pédagogiques et poétiques de l’œuvre d’Amadou Elimane Kane. Assurément, cet ouvrage fait œuvre dans l’œuvre et donne à vouloir découvrir toute l’étendue littéraire d’Amadou Elimane Kane.

Dr Ndongo Mbaye sur YouTube

 

Annette Mbaye d’Erneville, femme de Communication, de Lettres et de Culture Sénégalaise – 1926

MbayedernevilleBagueAnnette Mbaye d’Erneville est née à Sokone (Sénégal) le 23 juin 1926. Elle a fait ses études primaires à St-Joseph de Cluny à Saint-Louis, puis àimagesNTDZZQBX l’Ecole normale de Rufisque  et enfin à Paris où elle a obtenu un diplôme de journaliste radio. Elle est la pionnière des journalistes sénégalais. De retour au Sénégal en 1957, elle fonde la revue qui deviendra en 1964 Awa la Revue de la Femme Noire. Annette a été tour à tour enseignante, poète, journaliste, directrice des programmes de Radio Sénégal. Elle a également été reporter pour la revue Elle, journaliste pour de nombreuses publications et a écrit Mbayeplusieurs livres pour enfants. Elle est aujourd’hui directrice du Musée de la femme Henriette Bathily, créé en 1994 et (situé à Gorée jusqu’en 2014 eternevillechasseur actuellement à la Place du Souvenirs africain et de la diaspora à Dakar). L’essentiel de son œuvre relève de la poésie et de la littérature enfantine. Dans ses poèmes, elle aborde la souffrance, la révolte et l’amour. Sa poésie est nourrie de trahison, de nostalgie, d’humanité, de solitude et de regrets ainsi que de certains aspects de la négritude.

1965 : Poèmes africains
1966 : Kaddu (réédition des poèmes) ernevillechansoernevillepic
1976 : Chansons pour Laïty comptines
1983 : Le Noël du vieux chasseur
1983 : La Bague de cuivre et d’argent (prix Jeune Afrique en 1961)
2003 : Motte de terre et motte de beurre
2003 : Picc l’Oiseau et Lëpp-Lëpp le papillon

 

Aminata Sow Fall – Ses oeuvres

J’ai envie de vous parler de certains romans de cette grande Dame de la littérature Sénégalaise. Aminata Sow Fall est une écrivaine que je suis depuis des décennies. Ses écrits ont été au cœur de mes devoirs, de mes discussions de collégienne, puis de lycéenne et enfin, de lectrice. Elle a toujours mis en lumière  les maux sociétaux qui réveillent les consciences humaines, interrogent cette part de soi que l’on ne souhaite pas questionner forcément. Les sujets de ses écrits sont criants d’actualité.

la-greve-des-battuDans La grève des Bàttu, elle interroge l’un des travers de l’Humain, pas seulement au Sénégal: le regard que la société dite nantie pose sur ses pauvres, ceux que la vie n’arrête pas de malmener. Partout dans le monde, la pauvreté est devenue politiquement incorrecte et doit être cachée aux yeux des bien pensants. L’éradiquer serait le bon mot. Alors, imaginez que ces mendiants, ceux qui remplissent les cours de miracles se révoltent. En effet, du jour au lendemain, ils refusent la charité que leur font les gens car ils manifestent contre la décision du gouvernement: les tenir éloignés des grandes villes, être relégués comme des ordures dans des endroits très éloignés. Dans un pays où il est de coutume de faire la charité à la sortie de la mosquée, pour réussir un examen, pour éloigner un cauchemar, etc. cette révolte va chambouler la société et démontrer la place que détient cette population invisible.

Dans Douceurs du bercail, le thème de l’émigration est vécu de l’intérieur. Aminata SowSowfalldouceur Fall interroge la place de tout migrant dans un pays qui ne reconnaît pas ou veut ignorer ses droits les plus élémentaires. On se retrouve face à l’accueil des migrants dans un pays occidental. Cet accueil caché, ignoré des communs des mortels. Qui fait ressortir la part sombre de l’humain du moment qu’il légitime ses actes par une pseudo-loi. Actuellement, le Monde occidental s’interroge beaucoup par rapport à ce sujet. L’accueil de ces personnes aussi. Ces derniers subissent souvent un accueil qui annihile toute dignité humaine et relaie l’Humain au statut même pas dévolu à un animal. Aminata Sow Fall pense qu’une solution existe pour ces personnes en errance. Et si cette solution se trouvait simplement dans ce pays que ces hommes cherchaient à fuir?

revenantLe revenant  égratigne la société  sénégalaise dans un de ses travers les plus criants: le paraître, grimper l’échelon social à coups de billets de banque. Des travers qui prennent la place de traditions: les dépenses astronomiques lors de cérémonies tels que les baptêmes, mariages, enterrements… qui poussent à l’endettement. Bakar, le héros, met en place un moyen de payer ses dettes en volant l’argent de son propre enterrement. A travers le suicide moral du héros, c’est un suicide sociétal que dépeint l’écrivaine avec ce style simple, clair et net qu’on lui connaît si bien.

L’appel des arènes relate un fait chronique dans les sociétés africaines. Aminata Sowarènes Fall y décortique le comportement de ceux qui, après des études à l’étranger reviennent au pays pour couper les liens avec leur entourage. Ils se sentent en effet « supérieurs » aux autres et s’enferment dans un monde. Leur monde. Celui qui se libère du carcan des traditions. Celui qui renvoie l’Humain à une rupture avec la famille agrandie. Comment remédier à cette césure?  Cette rupture qui agrandit le fossé qui sépare cette nouvelle classe imbue de ses connaissances. Est-ce trop tard pour y remédier? Est-ce possible pour la nouvelle génération issue

La plume de Aminata Sow Fall est criante de vérité. Les mots sont simples. Pleins d’humours et dépeignent la société avec un grand réalisme et beaucoup d’humour. Quelle que soit l’époque de parution de ses romans, les sujets restent brûlants d’actualité. Tout est dépeint avec une plume légère, mais ne laisse pas les consciences indifférentes

Aminata Sow Fall – La conscience du peuple Sénégalais – 1941

Aminata-Sow-Fall1 (2)Aminata Sow Fall est née en 1941. Après avoir étudié les Lettres Modernes en France, elle rentre au Sénégal après son mariage. Elle fera carrière dans l’enseignement et la culture. Elle est actuellement fondatrice de la Maison d’Edition Khoudia (au Sénégal), du Bureau Africain pour la Défense des Libertés de l’Ecrivain BALDE), du Centre Africain d’Animation et d’Echanges Culturels (CAEC), du Centre International d’Etudes, de Recherches et de Réactivation sur la Littérature, les Arts et la Culture.

Aminata Sow Fall est une grande Dame de la Littérature Sénégalaise. Avec Mariama Bâ,A. sow fall (2) elle est une des pionnière de la littérature féminine francophone en Afrique. Parler ne lui fait pas peur. Ecrire, encore moins. Les sujets qu’elle aborde sont très variés: la dictature, l’aliénation sociale, l’immigration, la pauvreté, le métissage.

aminata sow fall0 (2)Elle est la voix du peuple, du petit peuple. Elle est la parole de ceux qui n’en n’ont pas. De ceux que l’on ne voit plus à force de les voir. Elle est la parole de ceux dont le peuple ne se souvient que quand ils ont besoins d’eux. Elle est la conscience d’un peuple qui s’en est émancipé, il y a bien longtemps. Une conscience en voie de disparition.

Aminata sow fall (2)En abordant des sujets importants, elle y ajoute toujours un zeste d’humour. Ce qui donne une légèreté aux sujets abordés. Des sujets toujours très graves. Qui font sourire. Qui font réfléchir. Ce n’est pas un hasard, si en 2015, elle a été titulaire du Grand Prix de la Francophonie de l’Académie Française.

 

Bibliographie

  • 1976 Le revenant
  • 1979 La grève des bàttu
  • 1982 L’appel des arènes
  • 1987 L’ex père de la nation
  • 1996 Le jujubier du patriarche
  • 1998 Douceurs du bercail
  • 2002 Sur le flanc gauche du Belem
  • 2005 Festin de détresse
  • 2017 L’empire du Mensonge