LITTERATURE D'AILLEURS DE LEE HAM

Adnen Helali – poète et slameur Tunisien – 1975

Aden Helali est né à Sbeïtla (Tunisie) le 23 mars 1975. Il est poète et acteur arabophone. Il a fondé et dirige le Festival International du Printemps de Sbeïtla. Par ailleurs, il dirige le Centre Culturel Semama où il crèe des activités afin de lutter contre le djihadisme et l’obscurantisme dans les montagnes Tunisiennes.

Poète et slameur, ce professeur de français de Nabeul, promeut l’art et la culture de sa terre natale en présentant chaque année la fête des bergers à Djebel Semama, ainsi qu’à travers des pièce de théâtre, des poèmes. Il a écrit Zalabeni et Fartito. En 2017, il a joué le rôle de Garrett Flaherty dans Left for Dead réalisé par Albert Pyun.

New Phototastic CollageIl a créé un centre à Semmama qui met à l’honneur la culture de cette région montagneuse. Ainsi, des enfant pourraient faire du sport, profiter des ateliers photo, vidéo, théâtre, chant et cirque. D’autres ateliers pourraient mettre en avant le savoir-faire régional: tapisserie, tissage, distillerie d’huiles essentielles.

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Le turban et la capote -Nassur Attoumani 2009

Quatrième de couverture

« Le turban et la capote » est une comédie satirique dans la lignée du théâtre nassurien. Cette pièce qui a soulevé des vagues de rires, à Mayotte et à la Réunion, se fait l’écho des formidables mutations de la société mahoraise où les traditions musulmanes sont confrontées à la modernité occidentale. Au centre des dénonciations du dramaturge mahorais, se trouve le problème de la femme et de son émancipation, celui de la régulation des naissances, de l’allusion à la réforme  des noms patronymiques et à la départementalisation tant souhaitée par la population. Comme l’avait dénoncé Molière, en son temps, ici, les serviteurs de Dieu sont des hommes. Et lorsque sous le turban du cadi Mabawa Ya Nadzi, on reconnait Tartuffe et Don Juan, au bout de chaque réplique, le spectateur se tord de rire car, dans ce melting-pot cultuel et culturel, tout le monde ne prend pour son grade.

Chronique

En voyant le titre, j’ai souri car j’avais en tête un cadi tenant une capote. Ces deux – là n’étaient pas faits pour aller ensemble. Dès le départ, cet amalgame nous donne une idée de ce que l’on va lire. Mayotte et son double statut avant la départementalisation. Mayotte et ses cadis qui font justice. Des cadis parfois bien graveleux. Des hommes qui n’ont de religieux que le nom. Des images. Des tableaux de la vie sociale qui sont de vrais pamphlets dépeignant certaines réalités.

Le turban et la capote est une pièce de théâtre dans laquelle l’avare, Tartuffe, le malade imaginaire auraient bien leur place. Nassur Attoumani nous dépeint la société avec beaucoup d’humour. Les répliques sont succulentes et font rire aux larmes. Que peuvent bien faire ensemble un cadi et un époux obsédés sexuels et attirés par la même femme? Quelle est la place de la religion dans la désinformation sur les MST, la polygamie? Oups, je voulais dire la « multigamie ».

Les scènes sont sobres et laissent la place aux acteurs et à leur jeu. Du rire, du rire et encore du rire. Tous les sujets sont abordés: avortement, Sida, MST, divorce, grossesses à risque, abandon de foyer, etc. Mais, sous un angle jamais vu sauf par le cadi et ses désirs inassouvis. La lecture se fait d’une traite et avec d’énormes éclats de rire. Les quiproquos sont nombreux et régalent le lecteur. Pour dire vrai, le titre nous fait miroiter de l’humour à gogo et nous ne sommes pas déçus. Le turban et la capote, une longue et truculente histoire de religion inventée par un cadi lubrique, stupide et un époux ignare. Eclats de rire garantis.

Note 17/20

9782296106604   Ed. L’Harmattan   Coll. Théâtre des cinq continents   98 p.   11€

Le sang de Fanta – Mamadou Samb – 2016

Quatrième de couverture

« Le rang, le sang et l’honneur ne sont pas très souvent utilisés à bon escient dans nos sociétés africaines. Au lieu d’être des leviers susceptibles d’impulser le développement par l’acquisition ou la reconquête des valeurs morales évanescentes qu’ont eu à nous inculquer nos ancêtres, ils sont utilisés pour servir des moyens favorisant une fracture sociale béante. Le rang, le sang et l’honneur sont ainsi devenus le prétexte pour rejeter l’autre, l’avilir, le salir et le prendre de haut…. ».

Chronique

Les castes sont présentes dans de nombreuses sociétés de par le monde. Elles peuvent être à l’origine de grandes déceptions. De grandes douleurs. De nombreuses discriminations. Fanta est une jeune fille adoptée par la femme pour qui elle travaille. Elle est aimée et acceptée en tant que membre par cette famille. Une demande en mariage, et le monde de Fanta vole en éclats. Pourquoi? Que s’est-il passé?

Le sang de Fanta nous fait entrer dans le cœur d’une famille, d’une société qui se dit moderne mais qui calque ses actions sur les traditions ancestrales. Traditions qui mettent à bas la vie sociale. Traditions qui n’ont plus leur place dans la société moderne. Au fur et à mesure de la pièce, nous assistons à une implosion familiale. Implosion due à des théories fallacieuses. Comment cela se terminera t-il? Y a t-il une chance pour que cette famille se ressoude?

Mamadou Samb nous présente des faits qui gangrènent la société sénégalaise. Une théorie selon laquelle on ne se marie qu’à quelqu’un de son rang. Quelqu’un du même sang. Cette théorie persiste encore à travers le monde. La royauté n’épouse pas les gens du peuple. A de rares exceptions. Le sang de Fanta est un appel au bon sens. Un appel à la réflexion. Un appel au changement de la société. Que dis-je? Un appel à l’évolution, à l’ouverture de la société. Un changement qui permettrait de faire avancer son pays. De l’aider à évoluer. Est-ce possible? Seul l’avenir nous le dira.

Note 18/20

9791090147195   Teham Editions   106 p.    8€

Atterrissage – Kangni Alem – 2002

Quatrième de couverture

Yaguine et Fodé, deux adolescents guinéens, sont impétueux, innocents et téméraires. Comme beaucoup de jeunes africains, ils construisent le rêve de débarquer en Europe pour y faire fortune et revenir partager leur réussite. Surtout avec leur mère adoptive, Ma Carnélia, une femme aux mille bras, résignée et toute aussi rêveuse.

Mais la clé de cette Europe mythique est détenue par le passeur, un rapace dont la gloutonnerie exige aussi bien des dollars que des vieux disques de rumba. En échange, il leur offre de les cacher dans le train d’atterrissage d’un avion en partance pour Bruxelles.

Mon avis

Rêver d’un ailleurs meilleur est fortement, terriblement humain. Alors, imaginez pour deux adolescents dont l’avenir semble limité dans leur pays. Ainsi, Yaguine et Fodé vont-ils décider  d’aller dans un eldorado qui fait fantasmer: l’Europe. Cette pièce de théâtre met en scène un fait divers qui avait défrayé la chronique: deux jeunes guinéens qui étaient partis à l’aventure sans prévenir leur famille respective. Ils s’étaient cachés dans le train d’atterrissage d’un avion. Ils étaient morts de froid et leurs corps étaient tombés sur le tarmac lorsque l’avion avait sorti son train d’atterrissage.

Atterrissage nous fait découvrir les raisons du départ de ces deux jeunes rêveurs. Arrivés dans l’eldorado tant rêvé, leurs âmes  devront passer la douane et s’acquitter du rituel administratif pour leur entrée sur la terre promise. Sans papier, ces âmes seront confrontés au mal accueil. Au racisme. A la mauvaise foi. Ils ne goûteront pas au repos éternel tant qu’ils ne présenteront pas des documents administratifs en bonne et due forme. Tant qu’ils ne seront pas passés au tribunal des hommes qui leur reproche le défaut de ces papiers.

Atterrissage est un récit touchant où les deux corps doivent expliquer leur périple, leurs préparatifs, leurs rêves, leurs déceptions. Kangni Alem leur donne la parole pour raconter l’innocence d’un rêve. L’innocence de la jeunesse. C’est une pièce de théâtre forte. Belle. Dure. Pleine de douceur. De douleur. De fureur. D’aigreur. L’humain n’y est pas décrit sous son meilleur jour. Pourquoi faire des reproches à des corps qui ont beaucoup souffert? Pourquoi leur demander des explications? Le terme « reposer en paix » ne peut-il pas être respecté? Et la douleur des familles, qui y pense?

Atterrissage est la partie visible  de l’iceberg. Il est d’une actualité criante au vu des évènements actuels. Ces deux jeunes ont ouvert la voie à d’autres rêveurs tout aussi déterminés. Sauf qu’ils préfèrent un amerrissage à un atterrissage.

9782911464133  Editions Ndzé   64 p.

Entretien avec Kama Sywor Kamanda, dramaturge, écrivain, conteur et poète Congolais

 

Bonjour Kama Sywor Kamanda. Je suis Amélie Diack. Je vous remercie d’avoir accepté cet entretien. J’en suis honorée. À la question « qui êtes-vous », que avec Aimé Césairerépondrez-vous ?

 Kamanda – Je suis écrivain, poète, dramaturge et essayiste Congolais. A.D. Pas seulement. Vous êtes conteur aussi

A.D. Vous parlez de vous en tant que Congolais d’origine Égyptienne. Je crois deviner pourquoi.41txBDCuDyL._SX195_ Cependant, je souhaite que vous nous en parliez

 Kamanda – Je suis né Congolais avec des grands parents Égyptiens déportés au Congo en tout début de l’occupation du pays par les Belges. Ils avaient le statut des colons indépendants de 280413_270482819760974_834406419_ol’administration coloniale Belge ! Mon père avait d’immenses plantations et faisait travailler des milliers de familles.

A.D. J’étais loin d’imaginer cela. Je pensais à Cheikh Anta Diop et de sa théorie sur l’origine négroïde des pharaons d’Égypte

A.D. Pouvez-vous nous parler de votre enfance, de vos études ?

Kamanda – J’ai eu une enfance et une jeunesse très solitaire. Je ne me connais pas d’amis51Q9GD4H65L._UY250_ d’enfance. J’ai beaucoup étudié et beaucoup lu. J’ai été dans le journalisme, la philosophie, les sciences politiques et le droit. En vérité, je n’avais besoin d’étudier que pour satisfaire mon indépendance intellectuelle et élargir mes compétences. Mon 51AX4Z6YXDL._SX195_chemin était déjà tracé: l’écriture.

A.D. Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ? Kamanda – J’ai découvert l’écriture très jeune ! A.D. Quand avez-vous décidé de devenir écrivain ? Kamanda – Dès l’âge de 12 ans. Mes premiers poèmes et mes51w6a+558GL._UY250_ premiers contes datent de cette époque. A.D. Qu’a pensé votre famille de votre désir d’écrire ? Kamanda – Je ne l’avais jamais exprimé ! Pour les miens, les écrits et les études se confondaient. A.D. Vous avez édité des poèmes que vous aviez écrit à douze ans. Vous les aviez toujours gardé en mémoire ? Kamanda – Je les ai toujours, mais jamais je n’ai voulu les éditer. 2738455476rA.D. Je pensais qu’ils faisaient partie de ceux que vous aviez édités.

A.D. De qui ou de quoi vous êtes-vous inspiré pour votre premier roman ?  Kamanda – Quand vous lisez mes romans, c’est mon imaginaire propre et mon style qui viennent immédiatement ! J’ai toujours voulu être original dans mon inspiration et dans mon style littéraire.

A.D. Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En 9782343075228rétiez-vous satisfait ?  Kamanda – Trois ans! Un peu!

A.D. Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?  Kamanda – Très bien.

A.D. Vous écrivez aussi bien des contes, des romans, que des pièces de théâtre ou de la poésie. Est-ce facile de passer de l’un ramses-ii-drame-historique-de-kama-sywor-kamandaà l’autre ou avez-vous une technique, une méthode ?

Kamanda – Je n’ai pas de méthodologie particulière quand j’écris. Je suis mon idée originelle jusqu’au bout et je l’enrichis avec mes observations du monde et de la vie!

A.D. Depuis, en aviez-vous écrit d’autres ? comment vous002500116 sentez-vous à chaque publication ?

Kamanda – Les CONTES DE KAMANDA est une œuvre complète de 1786 pages. C’est l’une de mes plus belles réalisations ! Un écrivain, c’est une OEUVRE ! À sa sortie ,j’étais soulagé! Je venais d’accomplir un rêve d’enfant! 9782919613137A.D. Je vous comprends. C’est l’aboutissement d’une belle carrière. 

A.D. Pensez-vous que la passion d’écrire puisse se transmettre ? Si oui, par quel biais ? Kamanda – Oui ! Par la lecture!

A.D. Que représente l’écriture pour vous ? Est-elle synonyme d’engagement ?

Kamanda – Tout! C’est ma contribution à l’évolution du monde des idées, du savoir et de l’imaginaire. C’est aussi un engagement pour améliorer si possible les conditions de2738475760r l’homme !

A.D. Vous intervenez dans le monde entier. Vous parlez et écrivez le japonais. Ce qui est un art très rare. Avez-vous envisagé de réécrire vos contes ou vos poèmes dans cette 978-3-639-65428-8-frontlangue. Je dis bien réécrire et non traduire. Pourquoi ?

Kamanda – Je ne me crois pas doué pour réécrire mon œuvre ! Chaque livre symbolise une étape de vie .J’ai écris 70% de mes livres au Japon. C’est le pays qui m’a beaucoup donné ! J’espère voir les Japonais lire tous mes livres en Japonais, mais traduits par de très bons traducteurs Japonais.

A.D. En fait, je pensais que vous écriviez en japonais et qu’il vous était possible de traduire personnellement vos livres, malgré la difficulté de cette langue.

A.D. Quels sont vos futurs projets ?11160658_975969965755626_8758022158899565722_n-2

Kamanda – Après mes contes complets, ma poésie complète, je voudrais finir mon théâtre complet. Le reste de ma vie sera consacré aux justes causes, à l’écriture romanesque et aux essais sur l’Afrique perdue entre les rêves et les réalités.

A.D. De beaux projets en perspective.

002500123A.D. Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?

Kamanda – Tout jeune auteur doit croire en ses dons et se méfier de l’arrogance ! Il doit se considérer comme un artisan !

A.D. Quels conseils me donnerez-vous pour améliorer mon blog dont le lien est https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/ ?

Kamanda – En faire une tribune d’idée neuve, un lieu de mémoire littéraire avec plus des images d’archives sur les écrivains, éviter de vous laisser manipuler par ceux qui se disent faiseurs de légendes, de héros et de dignitaires Noirs.9782708707153FS

A.D. C’est mon rêve le plus cher. Et quand je reçois des bonnes 2747525864rcritiques de personnes en Corée, aux Etats-Unis ou d’ailleurs, qui sont heureux de découvrir la Littérature Africaine, cela me donne envie de faire plus et mieux. Pour les images, Je suis en train d’y travailler car beaucoup d’écrivains me le demandent. 

A.D. Avez-vous quelque chose à rajouter ?

Kamanda – Je suis fier de vous et reconnaissant. Parler des écrivains sans préjugés ni volonté d’exclure est un immense courage et un honorable engagement.

A.D. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.  

Mamadou Samb, écrivain Sénégalais défenseur des droits des femmes – Bibliographie

Mamadou Samb est un écrivain reconnu sur le continent Africain. Il s’agit d’un écrivain pluridisciplinaire. Un touche à tout littéraire. Un écrivain prolifique qui met sa plume au service de la femme Africaine face à certaines traditions aliénantes.

1990 De pulpe et d’Orange – édition Enda-tiers monde51r0jdfPkwL._UY250_
Autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact par l’auteur, exprime à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils. Dans ce roman, l’auteur a su d’une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.

1995 Ouly la fille de l’aveugleédition EDJA-Lettres Collection Parlure d’Afrique. leOuly la fille de l'aveugle M. Samb regard d’une jeune fille de 24 ans sur la pauvreté et l’injustice quotidienne dans une société indifférente à ces maux sociétaux

 2003 Le Soleil, la Folle et le Taureau – NEAS – un hommage à la verte Casamance et qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui, victime de la condamnation des ancêtres offensés, provoque contre son gré le malheur de son entourage. Après la mort de ses jumeaux, premières victimes de la malédiction, Néné, soutenue par son mari Gueudjine, tente de se dresser contre les forcesLe soleil la fille m; samb surnaturelles de la forêt sacrée, le couple ira jusqu’au bout de ce combat inégal.

2008 Le Regard de l’Aveugle – éditions EDISAL – Grand Prix Littéraire desle regard de l'aveugle m; samb Lycéens du Sénégal 2011. Pointant un doigt accusateur sur certaines pratiques aliénantes de nos sociétés, l’auteur dans ce roman raconte la vie d’une jeune fille victime comme sa tante de l’excision et de l’infibulation par la mutilation d’une partie intime de leur anatomie. Suit alors pour les deux femmes, mais à des moments différents, une série de déboires liés à l’injustice humaine ou aux mauvais coups du sort. C’est un roman poignant par les thèmes abordés, notamment le problème crucial des mutilations génitales, la pauvreté, les castes, la ville et ses tracas, la prostitution, les enfants abandonnés, la violence, les pertes de valeurs. Et l’auteur évoque tout cela avec un réalisme saisissant, avec un art consommé de la narration.

2011 de Pulpe et d’Orange qui a connu un grand succès est réimprimé pour la troisième fois

Le roman Le Regard de l’Aveugle a été réédité depuis juin 2013 en Tunisie par les éditions CELI avec un nouveau format et une nouvelle couverture

2014 L’écharpe des jumelles – Le 26 septembre 2002, le naufrage du Joola fait plus deécharpe jumelles 1953 morts. Parmi les victimes figure Awa Baldé, une jeune fille peulh. Awa, après avoir sacrifié son honneur pour sauver sa sœur jumelle Adama Baldé d’un scandale familial, fuyait les siens, son village et sa communauté. Réfugiée chez des bienfaiteurs à Ziguinchor, son tragique destin la rattrape et la contraint à prendre le bateau pour Dakar afin de mettre à l’abri son fils. L’histoire d’Awa et d’Adama Baldé reflète la condition féminine et le statut des jeunes filles dans les sociétés africaines. Ce roman met en perspective les comportements insidieux qui perpétuent des traditions rétrogrades, comme le mariage forcé et/ou précoce, les violences faites aux femmes et d’autres pratiques socioculturelles dégradantes.

EXTRAIT
Adama Baldé
Je m’appelle Adama Baldé. Ma ressemblance avec ma sœur jumelle était déroutante : nous étions de vraies jumelles telles que les définit la science. Nous étions comme deux gouttes d’eau, et même ma mère se trompait souvent lorsqu’elle ne faisait pas l’effort de regarder la petite cicatrice qui se trouve sur le dos de ma main gauche.
J’étais la plus turbulente et, avant la blessure qui m’avait causé cette cicatrice qui nous distingue l’une de l’autre, plusieurs fois on avait corrigé Awa à ma place et, à chaque fois, elle criait en vain qu’elle était innocente.
Je suis d’une famille peulh qui s’est sédentarisée depuis plusieurs générations dans la région de Kolda pour partager ses activités entre l’agriculture et l’élevage.
L’ethnie à laquelle appartient ma famille est la somme des traditions que mes ancêtres ont patiemment et longuement moissonnées et engrangées tout au long de leur nomadisme à travers les siècles et les contrées.
Pour garder les traditions et l’héritage des ancêtres intacts, mon père, chef coutumier, s’était retiré à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale pour fonder un village avec ses parents et amis pour, disait-il, « fuir la société pourrie des Noirs occidentalisés qui vivent dans l’insolence et le manque de repères. » p41, 42

2015 Les larmes de la Reine – Prince Seydou, un brillant expert-comptable partage depuis plusieurs années une vie harmonieuse avec Mapenda, un homme avec qui il entretient une relation ambiguë, au-delà d’une simple amitié. Dans son désir de changer de vie, il fait la connaissance de Yacine, une jeune institutrice pour laquelle il éprouve des sentiments encore jamais ressentis. Victime d’une machination qui conduit à la mort d’un homme dans des circonstances troubles, il est mis en détention.
Son procès au lieu d’être celui d’un homme en proie à une intrigue, est le théâtre où se dévoilent les secrets qui entourent sa vie.

Pour dire la nouvelle Afrique et faire une excursion dans l’Afrique des grands empires, Mamadou Samb dépeint la probité d’un prince face à l’injustice, la vaillance d’une reine et le courage d’un peuple confrontés à l’adversité de la nature. Il explore les lois du cœur par l’attachement d’un homme à un homme, d’un homme à une femme, d’une mère à son fils et d’une reine à son peuple.

EXTRAIT
« C’était la nuit… Dans l’envoûtante et surprenante ville de Dakar, c’était une nuit comme tant d’autres nuits à la fois insipides, imprévisibles et merveilleuses, qui attendait d’être écourtée comme les autres par le chant du coq ou l’appel du muezzin pour la prière de l’aube, une nuit légèrement éclairée par un mince croissant de lune qui s’aboutait aux lueurs et lumières diffuses de la ville pour répandre sur une belle villa d’un quartier chic une atmosphère feutrée de repos, de calme et de sérénité… » C’est par cette invite sobre et concise que Mamadou Samb entame « Les larmes de la reine ».

2016 Le sang de FantaTHEÂTRE – « Le rang, le sang et l’honneur ne sont pas très souvent utilisés à bon escient dans nos sociétés africaines. Au lieu d’être des leviers susceptibles d’impulser le développement par l’acquisition ou la reconquête des valeurs morales évanescentes qu’ont eu à nous inculquer nos ancêtres, ils sont utilisés pour servir de moyens favorisant une fracture sociale béante. Le rang, le sang et l’honneur sont ainsi devenus le prétexte pour rejeter l’autre, l’avilir, le salir et le prendre de haut.

Avec cette pièce de théâtre, l’auteur a su tirer la sonnette d’alarme et nous ouvrir les yeux sur le caractère socialement dangereux et ravageur des histoires fallacieuses de castes souvent évoquées par des personnes qui ne comprennent rien au sens des valeurs et du sang. »

2017 Les contes de Ndayane – Recueil de 6 contes en 19 Thèmes.
Doudou le jeune citadin va passer les vacances avec son grand-père à Ndayane, le village natal de ses parents. Tous les soirs, en compagnie des autres enfants du village, il va écouter les merveilleux contes de Grand-père Badara. Pour l’auteur, ce recueil composé de 6 contes en 19 Thèmes, vient nourrir notre imaginaire et veut être trois choses à la fois : un jeu, une école d’éducation et de formation, un centre d’apprentissage de l’art de la parole. On retrouve dans chaque conte sa double fonction : celle de divertir et celle d’instruire. Il est accompagné d’une note de lecture pédagogique qui donne des orientations didactiques pour une bonne appropriation des contes.

LIVRES SCOLAIRES Monsieur Samb est co-auteur de plusieurs livres scolaires « LES P’TITS LIONS » publiés aux Editions Hatier :
- Cahier de communication maternelle GS 5/6 ans.
- Cahier de graphisme maternelle MS 4/5 ans.
– Cahier d’éveil scientifique MAT MS 4/5.
- Cahier éducation civique et environnementale G
DISTINCTIONS
– Grand Prix des Lycéens du Sénégal 2011
– Prix Sembène Ousmane du Roman 2017
– Chevalier de l’Ordre National du Lion du Sénégal 2002
– Officier de l’Ordre du Mérite du Sénégal 2011

 

Marouba Fall

Cette interview, comme toutes les autres d’ailleurs, me tient beaucoup à cœur.  Celle-ci est particulière car Marouba Fall a été mon professeur au CEMT. Je l’ai connu jeune et fringant professeur. Profondément humain et juste  Merci à vous Monsieur Fall d’avoir accepté de jouer le jeu. Un article sur cet écrivain est à paraître très bientôt.

Monsieur Fall, je m’appelle Amélie Diack. Après avoir été une de vos élèves, je suis très émue de vous interviewer en tant qu’auteur. Et Quel auteur ! Je vous remercie d’avoir accepté.
C’est un plaisir et une fierté certaine pour moi de retrouver une ancienne élève qui a réussi et qui se souvient de moi.

Tout d’abord, je souhaiterai que vous vous présentiez.
Je suis Sénégalais et professeur de Lettres modernes de formation. Je suis actuellement à la retraite, mais je suis régulièrement invité dans les collèges, lycées, universités et centres culturels de mon pays pour échanger avec les enseignants, les élèves, les étudiants et un public assez large, sur la littérature de langue française en général et sur mon œuvre en particulier. Je donne aussi un cours de théâtre à l’École Nationale des Arts de Dakar et je pilote une maison d’édition : Ruba Éditions.

Où avez-vous passé votre enfance, vos études ?
Je ne suis pas beaucoup sorti de mon pays natal où je passe ma vie. J’ai fait toutes mes études à Dakar, de l’élémentaire au supérieur.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Dès que j’ai su lire et comprendre ce que je lisais, j’ai voulu écrire. Il y avait aussi l’influence qu’exerçait sur tout le monde le Poète-président Léopold Sédar SENGHOR. Je me rappelle la manie que j’avais de recopier les beaux textes que je découvrais et que j’imitais ensuite.

À quel moment avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Cela va vous étonner, chère Amélie, mais je m’applique encore à devenir un écrivain. Pour le moment, j’écris et je n’ai pas encore déposé ma plume, car je compte m’améliorer à chaque nouvelle œuvre publiée. Je suis donc un écrivant. Le goût de l’écriture m’est venu très tôt. À chaque étape de ma vie, j’ai senti un besoin de m’exprimer avec les outils à ma portée. J’ai commencé à dévorer des bandes dessinées, entre 9 et 13 ans. J’ai alors créé mes personnages et inventé des situations où les installer et j’ai dessiné à main levée. Plus tard, je me suis intéressé au roman policier et j’ai continué à écrire au stylo des bandes dessinées dont les héros étaient soit des agents de la CIA soit des détectives privés. C’est lorsque je fréquentais le cycle Secondaire, au lycée Van Vollen Hoven devenu lycée Lamine Guèye de Dakar, que j’ai vraiment découvert les Belles Lettres, alors je me suis mis à rimailler, à construire des récits et à structurer des spectacles dramatiques.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Ma famille, c’étaient d’abord mes deux parents, mes sœurs et frères cadets dont les uns étaient analphabètes en français et les autres trop jeunes et peu instruits pour comprendre les enjeux de la littérature. Lorsqu’ils me voyaient scotché à ma chaise pendant des heures, penché sur ma table de travail, en train de lire, d’écrire et de raturer, ils me plaignaient. Certains qui avaient même peur pour ma santé mentale, me conseillaient d’aller prendre l’air plutôt que de rester seul, entouré de livres. Aujourd’hui, ma famille, ce sont aussi mes enfants parmi lesquels je compte une prof de français qui a des aptitudes critiques à cultiver, une prof de philo et le benjamin qui veut devenir écrivain. C’est dire que ma famille est fière non pas de mon désir, mais de ma posture qui est celle d’un porteur de paroles essentielles, de paroles nourricières. Ce sentiment s’est approfondi et considérablement élargi lorsque j’ai commencé à écrire en wolof, ma langue maternelle et que ceux des miens qui pensaient que j’étais un toubab noir ont compris que je maîtrisais à merveille la langue que j’ai tétée et que je suis resté fidèle à ma culture.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Le sujet de mon premier roman m’a été inspiré par mon vécu de jeune enseignant dans un collège de jeunes filles. En effet, j’ai été affecté comme professeur de français au CEMT/Filles1 devenu Collège Martin Luther King alors que je bouclais à peine 23 ans. Dans La collégienne, œuvre publiée par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, je pose le problème global du système éducatif dans mon pays, même si le lecteur superficiel n’en retient que le thème des relations entre professeurs et élèves de sexes opposés. J’ai décrit le CEMT/Filles de l’époque, c’est-à-dire des années 1973 à 1986, j’ai décrit les quartiers de Fass Paillote et Colobane. Les personnages principaux, parmi lesquels Mar NDIAYE, Oulimata THIAM, Madame DRAMÉ, Mère Soukaïna, Oncle Ndemba, me sont inspirés par des personnes que j’ai côtoyées. J’ai écrit sans trop m’éloigner de la réalité vécue pour ne pas rater mon coup d’essai romanesque, car avant La collégienne, j’étais surtout connu comme un dramaturge que le Concours théâtral interafricain organisé par Radio France Internationale avait révélé, en 1981, grâce à une pièce de théâtre primée, aujourd’hui, inscrite au programme de l’enseignement du français : Adja, militante du G.R.A.S.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Je ne sais pas combien de temps j’ai mis, car l’écriture ne commence pas le jour où on prend sa plume et se met à sa table de travail pour écrire. Dès que l’idée d’une œuvre germe dans son ersprit, l’écrivain est en train de la structurer, de la nourrir de ses expériences et de tout ce qui l’entoure, de l’inscrire mentalement dans son tableau de bord intérieur. L’écriture proprement dite ou la mise sur papier ou sur ordinateur est la phase finale d’un processus identique à celui de la mise au monde d’un enfant, mais temporairement indéterminable. Tout comme la femme qui accouche, l’écrivain qui parvient au point final d’une œuvre est forcément soulagé parce que délivré. Satisfait ? En ce qui me concerne, je réserve toujours ma satisfaction en attendant le verdict des lecteurs avisés.

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Très bien accueilli. Il est inscrit au programme officiel d’enseignement du français. Il a été adapté à la télévision sous le même titre et je suis régulièrement invité dans les lycées et collèges pour en parler.

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Après La collégienne (1990), trois autres œuvres sont publiées : Entre Dieu et Satan (NEAS, 2003), Betty Allen ou la liberté en question (NEAS, 2007) et Casseurs de solitude (Harmattan-Sénégal, 2012). J’ai publié quatre recueils de poèmes et de nombreuses pièces de théâtre, surtout des essais sous le titre LIS TES RATURES 1. (NEAS, 2012). Comme dit tantôt, à chaque nouvelle publication, j’ai essayé de m’améliorer en renouvelant mon écriture et la structure de l’œuvre.

Quels sont vos projets ?
J’ai écrit un conte Édalie, publié par Fama Éditions, à Thiès, en 2017.J’envisage d’en écrire un autre. Je suis en train de parachever un scénario en français-wolof (La colline et la tombe / Baat biy daan mbër) qui adapte un texte contenu dans mon ouvrage en wolof Yóbbalu ndaw (Viatique pour la jeunesse). Je vais davantage écrire dans ma langue maternelle, mais en privilégiant le bilinguisme.

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Les passions se transmettent difficilement. Et puis il ne suffit pas d’aimer l’écriture pour parvenir à écrire comme il faut. Et si l’inspiration est incontournable en littérature, elle ne suffit pas. Le bon écrivain transpire aussi abondamment, Boileau l’avait déjà prédit. Il faut écrire, relire, raturer, réécrire et faire lire avant de faire publier. D’ailleurs il faut commencer par beaucoup lire les meilleurs écrivains. Car comme le dit l’adage wolof : Loo nekkul taalibéem doo nekk sëriñam (avant de maîtriser une chose, il faut l’apprendre d’abord)

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Comme je viens de le dire : lire, beaucoup lire, maîtriser la langue d’expression et connaître l’esthétique des genres littéraires.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog dont voici le lien https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/?
Je vous encourage. Continuez à faire découvrir les auteurs du Sénégal et des Antilles.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Merci, Amélie et bonne chance.

Réponses faites le 14 juin 2018.

1- CEMT Collège d’Enseignement Moyen Technique.