Trois prétendants…un mari – Guillaume Oyônô Mbia – Acte 1

Ondua – Ah Matalina, n’est-ce pas que Juliette elle-même revient de Dibamba aujourd’hui?

Matalina – Oui, aujourd’hui. Elle m’a écrit qu’elle arriverait cet après-midi.

Atangana – Quelle heureuse coïncidence ! Vous savez, Ndi, le jeune cultivateur qui avait versé cent mille francs de dot pour elle arrive cet après-midi Également. On m’annonce aussi que (Un temps) euh enfin, un autre prétendant, un grand fonctionnaire de Sangmélima, vient me rendre visite aujourd’hui ! (Un peu emballé) Me rendre visite à moi, vous entendez ? (Ton confidentiel.) Là -bas, en ville, on attend longtemps avant de lui adresser seulement la parole ! (murmures d’admiration parmi les assistants.)

Bella – (fièrement) Un vrai blanc ! Ma petite Juliette va épouser un vrai blanc ! Ah Nane Ngk !

Matalina – (qui voudrait bien être à la place de Juliette) Quelle chance ! Ma cousine est vraiment née avec une étoile sur le front ! Épouser un homme si riche ! la veinarde ! Elle aura bientôt des tas de robes, des jupes en tergal, des perruques blondes, elle aura tout !

Ondua – (sentencieux) Ah Atangana, mon frère ! Voilà l’occasion ou jamais de te faire accorder un fusil sans les complications d’usage !

Abessolo – (très vite) Oui, ne rate pas une telle occasion ! Tu sais qu’on te fait subir de longues attentes chaque fois que tu te présentes devant les bureaux administratifs ! Maintenant que tu auras un si grand homme comme gendre, je parie que tous les fonctionnaires de Sangmélima s’empresseront de te servir !

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Makrita – (heureuse de cette information) N’est-ce pas ? (À Juliette) Ton père te donne un mari très travailleur, Juliette ! Ah, si tu avais vu le jour où Oyônô et lui me défrichaient mon champ d’arachides de cette année ! (…)

Abessolo(impatienté) Oui, mais nous ne voulons plus de lui ! Il faut que Juliette épouse le fonctionnaire ! (…)

Juliette – Mais comment voulez-vous que je…

Bella – (sévèrement) Juliette ! Une fille ne parle pas quand son père parle ! (…)

Juliette – Tu veux donc que j’accepte de me laisser vendre comme une chèvre ? Mais je suis un être humain ! J’ai de la valeur !

Matalina – Bien sûr que tu as de la valeur, Juliette ! On t’a déjà dit que Ndi, le jeune planteur d’Awaé, a versé cent mille francs pour t’épouser. Le grand fonctionnaire qu’on attend cet après-midi versera encore beaucoup plus d’argent. Est-ce que tout cela ne te montre pas que tu as de la valeur ? […]

Abessolo – Et qui d’autre veux-tu que nous regardions ? Tu es la fille la plus instruite de la famille ! Il faut aussi que ton frère Oyônô paie la dot de la fille qu’il veut épouser à Ebolowa. (Un temps : Abessolo sait qu’il va avancer un argument de poids) D’ailleurs, est-ce que tu nous as déjà dédommagés de toutes ces dépenses faites pour tes études à Dibamba et ailleurs ?

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Entretien avec Mamadou Samb, Homme de Lettres Sénégalais – par Amélie Diack

« Mamadou Samb est un écrivain dont la plume marque la société sénégalaise voire africaine. Au travers de son entretien, nous découvrons un homme, riche culturellement, humble, Humain. Je vous laisse le découvrir  » Amélie Diack

Bonjour Monsieur Samb. Je vous remercie d’avoir accepté cet interview. J’en suis honorée et mes abonnés aussi.
Tout le plaisir est pour moi. Je vous remercie pour l’honneur que vous me faites en m’offrant si généreusement l’occasion de m’adresser à mes lecteurs et à vos nombreux abonnés. Je vous remercie aussi pour l’intérêt que vous portez à mes productions littéraires en me révélant que vous connaissez déjà tous mes livres qui sont publiés.

A. D.   oh oui, je vous suis depuis un bon moment et ma bibliothèque est riche de vos écrits

Pouvez-vous vous présenter auprès de vos lecteurs ?
A chaque fois que l’on me pose cette question, j’essaie d’avoir du recul pour ne pas donner une image qui me présente comme j’aimerais être ou comme je voudrais que mon interlocuteur me perçoive. L’objectivité et la subjectivité se confondent souvent dans une auto-présentation.
Ceci dit, maintenant je réponds sans hésiter que je suis écrivain… ce titre, montre unede pulpe et d'orange M. Samb fonction que j’exerce et dont la matérialisation est l’existence de plusieurs livres qui portent ma signature. Ecrivain ? Oui, dirais-je après avoir longtemps eu des frayeurs pour accepter de porter ce titre qui en fait ne se décrète pas mais s’acquière à la suite d’une longue expérience qui doit se solder par la production d’un ou de plusieurs livres de fiction. Ecrivain ? Oui, mais me définir ou me présenter comme écrivain serait très réducteur de ma vie et de mes activités qui jalonnent et qui continuent de marquer chaque étape de mon existence. L’écriture est venue à moi au cours de ma carrière administrative d’abord en tant qu’enseignant et ensuite en tant qu’Inspecteur de l’Animation du Développement et Médiateur Pédagogique. Ce turban d’écrivain est resté sur ma tête en tant que Conseiller technique dans plusieurs ministères comme celui de l’Intérieur, de la Décentralisation, de la Petite Enfance, de la famille et de la Femme. L’écriture comme un labeur prégnant, je m’en accommodais avec plaisir et je l’ai réellement acceptée comme titre que lorsque j’ai obtenu certaines reconnaissances comme : Grand Prix des lycéens du Sénégal, Grand Prix Sembène Ousmane du Roman, Nominé au Grand Prix du Chef de l’Etat pour les lettres. Donc en dehors de mes activités professionnelles et annexes comme Expert en Femmes et Développement de l’UA, je suis devenu écrivain sans jamais m’imposer comme tel ou d’en faire un métier en plein temps.

Quels sont vos plus beaux souvenirs d’enfance, de vos études ?
De beaux souvenirs d’enfance, j’en ai eu plein, mais ma meilleure façon d’en parler9791090147270 serait de les regrouper dans des lieux comme :
Ngabou, le village où je passais trois mois par an mes vacances scolaires, avec sa nature verte, ses champs, ses animaux domestiques, ses rivières et lacs.
Le marché de Sandaga où je venais aider mon père dans son commerce et où je me gavais de lecture et de bandes dessinées chez les marchands de vieux journaux et de livres usagés.
Grand-Dakar, le mythique quartier où j’ai grandi dans un cadre familial élargi avec seize frères et sœurs, des tantes, des voisins, des cousines et cousins et autres parents qui tous, ont contribué à forger ma personnalité et ont alimenté mes rêves de jeunesse.
L’internat à l’École Normale William Ponty, où j’ai connu la diversité, la concurrence saine dans un environnement multiculturel, la vie artistique et sa pratique en toute liberté.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Mon désir d’écriture s’est progressivement installé en moi à la suite de ma vie d’internat9791090147133 à la prestigieuse École Normale William Ponty où j’étais très actif dans le club culturel, le théâtre et la vie associative.
Ensuite ce désir s’est exacerbé lorsqu’à la fin de mes études, j’occupais mon premier poste en tant que Directeur d’école en Casamance. Plongé dans une nature vierge et florissante, dans une verdure envoûtante et au milieu des merveilleux habitants du village de Séléky, j’avais tout à ma disposition pour exprimer mes sentiments à travers l’écriture.
Ce désir s’est installé et a muri en moi lorsque, rentré à Dakar, j’ai été régulièrement confronté et agressé par des situations où la condition humaine était régulièrement étalée sous mes yeux dans leur dénuement le plus total, aiguisant ainsi ma sensibilité et ne me laissant aucune issue d’indifférence face à la misère et au désarroi qui étaient le lot quotidien des personnes que je côtoyais de près ou de loin. Je reste persuadé que l’écriture est une somme d’expériences, elle ne se décrète pas du jour au lendemain, mais s’acquière progressivement parce que, alimentée objectivement ou subjectivement par un vécu auquel on est concerné directement ou indirectement.

À quel moment aviez-vous décidé de devenir écrivain ?
Je n’ai jamais décidé à un moment précis que je voudrai être écrivain. J’ai toujours eu un recul par rapport à cette appellation, et si ce n’était pas les titres obtenus qui me confirment dans cette corporation, j’allais continuer à écrire sans jamais m’affubler du titre d’écrivain, pas parce que je surf sur une fausse modestie ou que j’ai peur de me faire une grosse tête, mais parce qu’être écrivain est une lourde responsabilité sociétale et est très chargé pour moi. Un livre, une fois écrit et publié, sort du contrôle de l’auteur et est soumis à l’appréciation positive ou négative des lecteurs qui sont seul juges.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Cela va peut-être étonner plus d’un quand je répondrai que je n’ai jamais eu de problèmesang fantz de conflits ou de télescopages affectifs ou matériels entre mes livres et ma famille. Ma famille est prioritaire et elle est toujours mise en avant dans mes activités. Toute action qui ne contribue pas à améliorer mes relations et l’harmonie avec ma famille est sans ambages mis aux oubliettes.
Je donne du temps à l’écriture mais je ne me laisse pas entrainer dans le sillage qui veut que certains écrivains soient des marginaux qui font semblant de ne pas comprendre leur société ou qui pensent que les autres ont du mal à les comprendre, ainsi vivant comme des extraterrestres qui portent lourdement sur leurs frêles épaules d’humain leur joug d’écrivain.
Ma famille adhère parfaitement à ma passion d’écriture car je fais tout pour que cette affection littéraire ne perturbe ni mes obligations quotidiennes ni mes relations humaines en général et familiales en particulier.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous êtes-vous inspiré ?
51r0jdfPkwL._UY250_Mon premier roman « De pulpe et d’Orange » édition Enda-tiers monde en 1990.
Est une autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact pour exprimer à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils.
Dans ce roman, j’ai cherché à travers une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.
Pour résumer le livre je vais prendre un peu de recul et vous proposer la note (reçue aujourd’hui) d’une lectrice qui s’appelle Aïssata Sawadogo

Ma lecture de « De Pulpe et d’Orange » de Mamadou Samb.
« Ce livre n’est pas un roman à survoler sans chercher à saisir sa profondeur.
Il parle de ces filles à qui la société a tout pris et en exige ce qu’elles n’ont plus, les jugeant sans se demander quel impact elle a eu sur ces filles, ces femmes qui, obligées de vivre dans leur société, sont obligées de se vêtir d’un manteau et d’une personnalité qui ne sont pas les leurs.
L’histoire de cette jeune fille venant d’une famille pauvre qui devait se battre pour avoir un avenir grâce à l’école, qui a eu des hommes malintentionnés sur son parcours et qui a refusé de baisser les bras et compter sur les autres devrait nous interpeller TOUS!
Elle a peut-être choisi de se prostituer (contrainte quand même) comme d’autres auraient fait autre chose mais pas par choix de facilité. Et un choc lui fait fermer cette page!
Un livre à lire absolument!
On ne devrait pas s’arrêter au sous-titre du livre mais investir le personnage et vivre chacune de ses difficultés, craintes, douleurs sans la juger pour sentir le poids aliénant de nos sociétés ».

A. D.   Une très belle lecture, en effet.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
J’ai terminé le manuscrit en plus ou moins deux ans et je me souviens que je l’ai écrit dans plusieurs cahiers d’écolier et au crayon comme un élève qui faisait ses devoirs de classe.
Satisfaction ? Oui car ce roman est actuellement à sa troisième réimpression, il est retenu à la bibliothèque universitaire de Paris et est actuellement à plus de quatorze mille exemplaires.

A.D. Toute mes félicitations

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Bien accueilli oui, mais aussi beaucoup de surprises, de critiques et d’incompréhensions de la part de certains censeurs de la société, car le roman traite de sujets très sensibles et semblait ne pas sortir à son époque et dans son milieu (sociologiquement parlant).

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
J’ai dans ma bibliographie plusieurs œuvres, mais après chaque publication je suis sousNew Phototastic Collage pression, moins par le succès ou non de l’œuvre, mais plutôt par deux sentiments difficilement maîtrisables et qui hantent le sommeil de l’écrivain qui vient de tenir pour la première fois son nouveau livre fraîchement sorti de l’imprimerie :
– le premier sentiment c’est de livrer à l’appréciation des lecteurs et des critiques une production que j’ai murie pendant longtemps dans la solitude, dans l’angoisse et le doute.
Angoisse et doute permanents de n’avoir pas utilisé le mot juste, la phrase appropriée pour partager avec le lecteur mes sentiments, mes remarques, ma description des faits et gestes de mes personnages, les perceptions, les influences des milieux souvent hostiles dans lesquels ils baignent et l’atmosphère dans laquelle je les plonge sans ménagement.
Il est impossible pour un écrivain d’échapper à cette étape qui ressemble à la délivrance d’une parturiente qui vient de livrer à son entourage et au monde un nouveau-né qu’elle a gardé en son sein pendant neuf mois dans la douleur et l’anxiété de donner naissance à un bébé qu’elle ne sera pas la seule à apprécier.
– l’autre sentiment est lié à la production du prochain livre qui devra suivre et par quel bout l’aborder. Le sujet que je vais traiter est-il, et/ou sera-t-il assez intéressant pour mériter d’être écrit ? Est-ce que j’ai encore assez de ressources et de matières pour parler du sujet dont les différentes composantes se bousculent et s’entrechoquent pêlemêle dans ma tête ? Dois-je prendre le temps qu’il faut pour permettre au nouveau-né de prendre son envol ?
Autant de préoccupations qui envahissent l’écrivain et qui ne le quitteront plus jusqu’à la sortie d’un autre livre et le cercle reprendra.

A. D. Je vous comprends. Je traverse en ce moment le même enfer après la parution de mon premier roman et la préparation du prochain.

Quels sont les messages que vous véhiculez à travers vos écrits ?
Ma conviction profonde est que, comme le disait le distingué sage Amadou Hampâté Ba, « Tout est lié. Tout est vivant. Tout est interdépendant. »
Les messages que je véhicule à travers mes écrits, tournent essentiellement autour de la Condition Humaine : Il existe des liens tantôt visibles, tantôt invisibles et chaque êtreNew Phototastic Collage0 humain, pour donner un sens à sa vie, doit assumer sa responsabilité quant à ces liens qui forgent notre personnalité et qui font que nous existons. « Exister » dans le sens étymologique du mot : existerer ou exsisterer composé de ex et de sisterer qui est une forme dérivée de Stare (« être debout », « être stable »). Dès la naissance l’être humain cherche à être debout et fait tout pour garder une stabilité dans tous ses actes. Cette recherche de stabilité se poursuit au quotidien et se manifeste instinctivement dans nos comportements et nos relations ; d’abord avec nous-même, ensuite avec les autres et enfin avec notre environnement.
La « Stabilité » comme chez tout un chacun, est une recherche permanente de mes personnages dans leur processus évolutif. L’être n’est pas figé et le fait de se mouvoir dans un univers instable fait qu’il est tout le temps déstabilisé par les vicissitudes de son environnement proche ou éloigné. Par le biais des liens – tantôt visibles, tantôt invisibles – les personnages de mes livres se définissent et assument leur condition humaine en revendiquant leur part d’humanité.
A travers les pages de mes livres, aucun personnage n’est exclu, aucun cadre n’est neutre, aucune nature n’est négligée. Antagonistes et protagonistes se meuvent dans un univers qui se noue et se dénoue et où chacun joue son rôle qui influence et détermine la réaction de l’autre et dessine ainsi l’environnement qui selon le lecteur est jugé comme étant hostile ou favorable à l’épanouissement.

Quels sont vos futurs projets ?
Ecrire… Ecrire tant que j’aurais la possibilité et les moyens de le faire.

A. D. je vous le souhaite de tout cœur

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
La passion d’écriture n’est pas un « témoin » que l’on se transmet comme font les athlètes coureurs de relais. C’est un besoin très intime, une tension forte et inextinguible, gisant dans le tréfonds de l’être et qui comme un magma surgit un jour des entrailles d’un volcan.
Toutefois, elle peut être stimulée par la pratique régulière de la lecture qui permet une exploration psychosociologique de soi-même et des autres.
La lecture est un moyen sûr pour mettre en place les rampes d’envol de cette passion, car chaque livre qu’on parcoure, ouvre largement les portes à un voyage permanent dans l’environnement proche ou lointain des personnages et la découverte permanente et variée de mondes insoupçonnés. « C’est en forgeant qu’on devient forgeron » dit-on ? Je reste persuadé que la lecture assidue est le meilleur véhicule qui conduit inéluctablement vers l’écriture.

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Ne jamais se presser.
Prendre le temps de murir ses idées.
Accepter la censure et le regard des professionnels sur ce que l’on produit.
Ne jamais penser que votre écriture, votre style ou vos idées sont parfaits et à l’abri des critiques.
Rester modeste. Oui… mais le monde de l’écriture est une jungle où il n’y a aucune place à la faiblesse. Comme un fauve, ne jamais lâcher sa proie. Doucement mais sûrement allez-y sans complexe et ne fléchissez jamais devant les obstacles qui de toute façon, inévitablement se dresseront sur votre chemin.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog ?
Le soleil la fille m; sambQuand vous êtes sur la bonne voie, on ne peut que vous encourager et vous dire de persévérer car ce ne sera pas facile dans un paysage médiatique aussi multiple et diversifié.
Votre réussite dépendra essentiellement de votre professionnalisme et de la qualité de vos productions. Le monde littéraire n’est pas assez investi par des blogs engagés et spécialement orientés vers le livre, la lecture et les acteurs qui tournent autour de l’écriture, de sa diffusion et de sa promotion.
La littérature africaine est florissante, magnifique et très novatrice mais elle est mal exploitée, mal connue et est l’objet de sous-estimation par des intellectuelles (surtout africains) qui ne trouvent leur inspiration que dans les classiques scolaires et les citations désuètes et centenaires, d’écrivains exotiques et inaccessibles dont ils se gargarisent pour se donner bonne conscience lors de leurs exposés et conférences.
Votre Blog, s’il est accessible à nos jeunes professeurs devrait les aider à faireécharpe jumelles connaissance avec les auteurs actuels et les pousser à la lecture car il est regrettable de le dire : beaucoup d’entre eux demandent aux élèves de lire, mais eux ne connaissent de la littérature que les anciens livres au programme scolaire qu’ils ont lus par obligation (lorsqu’ils étaient eux-mêmes élèves), pour essentiellement préparer leurs devoirs et examens.
Malheureusement cette situation perdure et je suis souvent très consterné quand je demande à un professeur de lycée de me citer le dernier livre qu’il a lu, ou de me citer les auteurs de son pays et les livres qu’ils ont produits. Je suis d’autant plus meurtri quand des élèves me disent tristement qu’ils ne se retrouvent pas dans les anciens livres qu’on leur propose au programme et qu’ils trouvent leur lecture contraignante et très rébarbative.
Votre blog devrait aider à comprendre qu’il n’y a pas mieux pour voyager et apprendre sans contrainte dans le bonheur, qu’un bon livre que l’on lit avec plaisir et délectation.

A. D. Je fais de mon mieux. C’est un énorme travail. Cependant, j’adore ce que je fais. En ce qui concerne les professeurs, mon blog est ouvert à tous. Ils peuvent donner le lien à leurs étudiants et même venir y jeter un coup d’oeil. Je les y invite avec plaisir

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Pour aller vite, il faut aller doucement mais surement.
La réussite est au bout de l’effort, mais il faut que cet effort soit soutenu.

A. D.  Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Au plaisir de vous lire bientôt

Mamadou Samb, écrivain Sénégalais défenseur des droits des femmes – Bibliographie

Mamadou Samb est un écrivain reconnu sur le continent Africain. Il s’agit d’un écrivain pluridisciplinaire. Un touche à tout littéraire. Un écrivain prolifique qui met sa plume au service de la femme Africaine face à certaines traditions aliénantes.

1990 De pulpe et d’Orange – édition Enda-tiers monde51r0jdfPkwL._UY250_
Autobiographie d’une fille-mère, étudiante et prostituée, transposée avec tact par l’auteur, exprime à la fois les difficultés d’un certain contexte social et chez Nabou (l’héroïne), la volonté de s’en sortir, pour elle-même et pour son fils. Dans ce roman, l’auteur a su d’une longue histoire d’une vie, faire émerger l’essentiel, tout en gardant au récit, sa vérité et sa saveur.

1995 Ouly la fille de l’aveugleédition EDJA-Lettres Collection Parlure d’Afrique. leOuly la fille de l'aveugle M. Samb regard d’une jeune fille de 24 ans sur la pauvreté et l’injustice quotidienne dans une société indifférente à ces maux sociétaux

 2003 Le Soleil, la Folle et le Taureau – NEAS – un hommage à la verte Casamance et qui raconte l’histoire d’une jeune femme qui, victime de la condamnation des ancêtres offensés, provoque contre son gré le malheur de son entourage. Après la mort de ses jumeaux, premières victimes de la malédiction, Néné, soutenue par son mari Gueudjine, tente de se dresser contre les forcesLe soleil la fille m; samb surnaturelles de la forêt sacrée, le couple ira jusqu’au bout de ce combat inégal.

2008 Le Regard de l’Aveugle – éditions EDISAL – Grand Prix Littéraire desle regard de l'aveugle m; samb Lycéens du Sénégal 2011. Pointant un doigt accusateur sur certaines pratiques aliénantes de nos sociétés, l’auteur dans ce roman raconte la vie d’une jeune fille victime comme sa tante de l’excision et de l’infibulation par la mutilation d’une partie intime de leur anatomie. Suit alors pour les deux femmes, mais à des moments différents, une série de déboires liés à l’injustice humaine ou aux mauvais coups du sort. C’est un roman poignant par les thèmes abordés, notamment le problème crucial des mutilations génitales, la pauvreté, les castes, la ville et ses tracas, la prostitution, les enfants abandonnés, la violence, les pertes de valeurs. Et l’auteur évoque tout cela avec un réalisme saisissant, avec un art consommé de la narration.

2011 de Pulpe et d’Orange qui a connu un grand succès est réimprimé pour la troisième fois

Le roman Le Regard de l’Aveugle a été réédité depuis juin 2013 en Tunisie par les éditions CELI avec un nouveau format et une nouvelle couverture

2014 L’écharpe des jumelles – Le 26 septembre 2002, le naufrage du Joola fait plus deécharpe jumelles 1953 morts. Parmi les victimes figure Awa Baldé, une jeune fille peulh. Awa, après avoir sacrifié son honneur pour sauver sa sœur jumelle Adama Baldé d’un scandale familial, fuyait les siens, son village et sa communauté. Réfugiée chez des bienfaiteurs à Ziguinchor, son tragique destin la rattrape et la contraint à prendre le bateau pour Dakar afin de mettre à l’abri son fils. L’histoire d’Awa et d’Adama Baldé reflète la condition féminine et le statut des jeunes filles dans les sociétés africaines. Ce roman met en perspective les comportements insidieux qui perpétuent des traditions rétrogrades, comme le mariage forcé et/ou précoce, les violences faites aux femmes et d’autres pratiques socioculturelles dégradantes.

EXTRAIT
Adama Baldé
Je m’appelle Adama Baldé. Ma ressemblance avec ma sœur jumelle était déroutante : nous étions de vraies jumelles telles que les définit la science. Nous étions comme deux gouttes d’eau, et même ma mère se trompait souvent lorsqu’elle ne faisait pas l’effort de regarder la petite cicatrice qui se trouve sur le dos de ma main gauche.
J’étais la plus turbulente et, avant la blessure qui m’avait causé cette cicatrice qui nous distingue l’une de l’autre, plusieurs fois on avait corrigé Awa à ma place et, à chaque fois, elle criait en vain qu’elle était innocente.
Je suis d’une famille peulh qui s’est sédentarisée depuis plusieurs générations dans la région de Kolda pour partager ses activités entre l’agriculture et l’élevage.
L’ethnie à laquelle appartient ma famille est la somme des traditions que mes ancêtres ont patiemment et longuement moissonnées et engrangées tout au long de leur nomadisme à travers les siècles et les contrées.
Pour garder les traditions et l’héritage des ancêtres intacts, mon père, chef coutumier, s’était retiré à une trentaine de kilomètres de la capitale régionale pour fonder un village avec ses parents et amis pour, disait-il, « fuir la société pourrie des Noirs occidentalisés qui vivent dans l’insolence et le manque de repères. » p41, 42

2015 Les larmes de la Reine – Prince Seydou, un brillant expert-comptable partage depuis plusieurs années une vie harmonieuse avec Mapenda, un homme avec qui il entretient une relation ambiguë, au-delà d’une simple amitié. Dans son désir de changer de vie, il fait la connaissance de Yacine, une jeune institutrice pour laquelle il éprouve des sentiments encore jamais ressentis. Victime d’une machination qui conduit à la mort d’un homme dans des circonstances troubles, il est mis en détention.
Son procès au lieu d’être celui d’un homme en proie à une intrigue, est le théâtre où se dévoilent les secrets qui entourent sa vie.

Pour dire la nouvelle Afrique et faire une excursion dans l’Afrique des grands empires, Mamadou Samb dépeint la probité d’un prince face à l’injustice, la vaillance d’une reine et le courage d’un peuple confrontés à l’adversité de la nature. Il explore les lois du cœur par l’attachement d’un homme à un homme, d’un homme à une femme, d’une mère à son fils et d’une reine à son peuple.

EXTRAIT
« C’était la nuit… Dans l’envoûtante et surprenante ville de Dakar, c’était une nuit comme tant d’autres nuits à la fois insipides, imprévisibles et merveilleuses, qui attendait d’être écourtée comme les autres par le chant du coq ou l’appel du muezzin pour la prière de l’aube, une nuit légèrement éclairée par un mince croissant de lune qui s’aboutait aux lueurs et lumières diffuses de la ville pour répandre sur une belle villa d’un quartier chic une atmosphère feutrée de repos, de calme et de sérénité… » C’est par cette invite sobre et concise que Mamadou Samb entame « Les larmes de la reine ».

2016 Le sang de FantaTHEÂTRE – « Le rang, le sang et l’honneur ne sont pas très souvent utilisés à bon escient dans nos sociétés africaines. Au lieu d’être des leviers susceptibles d’impulser le développement par l’acquisition ou la reconquête des valeurs morales évanescentes qu’ont eu à nous inculquer nos ancêtres, ils sont utilisés pour servir de moyens favorisant une fracture sociale béante. Le rang, le sang et l’honneur sont ainsi devenus le prétexte pour rejeter l’autre, l’avilir, le salir et le prendre de haut.

Avec cette pièce de théâtre, l’auteur a su tirer la sonnette d’alarme et nous ouvrir les yeux sur le caractère socialement dangereux et ravageur des histoires fallacieuses de castes souvent évoquées par des personnes qui ne comprennent rien au sens des valeurs et du sang. »

2017 Les contes de Ndayane – Recueil de 6 contes en 19 Thèmes.
Doudou le jeune citadin va passer les vacances avec son grand-père à Ndayane, le village natal de ses parents. Tous les soirs, en compagnie des autres enfants du village, il va écouter les merveilleux contes de Grand-père Badara. Pour l’auteur, ce recueil composé de 6 contes en 19 Thèmes, vient nourrir notre imaginaire et veut être trois choses à la fois : un jeu, une école d’éducation et de formation, un centre d’apprentissage de l’art de la parole. On retrouve dans chaque conte sa double fonction : celle de divertir et celle d’instruire. Il est accompagné d’une note de lecture pédagogique qui donne des orientations didactiques pour une bonne appropriation des contes.

LIVRES SCOLAIRES Monsieur Samb est co-auteur de plusieurs livres scolaires « LES P’TITS LIONS » publiés aux Editions Hatier :
- Cahier de communication maternelle GS 5/6 ans.
- Cahier de graphisme maternelle MS 4/5 ans.
– Cahier d’éveil scientifique MAT MS 4/5.
- Cahier éducation civique et environnementale G
DISTINCTIONS
– Grand Prix des Lycéens du Sénégal 2011
– Prix Sembène Ousmane du Roman 2017
– Chevalier de l’Ordre National du Lion du Sénégal 2002
– Officier de l’Ordre du Mérite du Sénégal 2011

 

Marouba Fall

Cette interview, comme toutes les autres d’ailleurs, me tient beaucoup à cœur.  Celle-ci est particulière car Marouba Fall a été mon professeur au CEMT. Je l’ai connu jeune et fringant professeur. Profondément humain et juste  Merci à vous Monsieur Fall d’avoir accepté de jouer le jeu. Un article sur cet écrivain est à paraître très bientôt.

Monsieur Fall, je m’appelle Amélie Diack. Après avoir été une de vos élèves, je suis très émue de vous interviewer en tant qu’auteur. Et Quel auteur ! Je vous remercie d’avoir accepté.
C’est un plaisir et une fierté certaine pour moi de retrouver une ancienne élève qui a réussi et qui se souvient de moi.

Tout d’abord, je souhaiterai que vous vous présentiez.
Je suis Sénégalais et professeur de Lettres modernes de formation. Je suis actuellement à la retraite, mais je suis régulièrement invité dans les collèges, lycées, universités et centres culturels de mon pays pour échanger avec les enseignants, les élèves, les étudiants et un public assez large, sur la littérature de langue française en général et sur mon œuvre en particulier. Je donne aussi un cours de théâtre à l’École Nationale des Arts de Dakar et je pilote une maison d’édition : Ruba Éditions.

Où avez-vous passé votre enfance, vos études ?
Je ne suis pas beaucoup sorti de mon pays natal où je passe ma vie. J’ai fait toutes mes études à Dakar, de l’élémentaire au supérieur.

Comment avez-vous découvert votre désir d’écrire ?
Dès que j’ai su lire et comprendre ce que je lisais, j’ai voulu écrire. Il y avait aussi l’influence qu’exerçait sur tout le monde le Poète-président Léopold Sédar SENGHOR. Je me rappelle la manie que j’avais de recopier les beaux textes que je découvrais et que j’imitais ensuite.

À quel moment avez-vous décidé de devenir écrivain ?
Cela va vous étonner, chère Amélie, mais je m’applique encore à devenir un écrivain. Pour le moment, j’écris et je n’ai pas encore déposé ma plume, car je compte m’améliorer à chaque nouvelle œuvre publiée. Je suis donc un écrivant. Le goût de l’écriture m’est venu très tôt. À chaque étape de ma vie, j’ai senti un besoin de m’exprimer avec les outils à ma portée. J’ai commencé à dévorer des bandes dessinées, entre 9 et 13 ans. J’ai alors créé mes personnages et inventé des situations où les installer et j’ai dessiné à main levée. Plus tard, je me suis intéressé au roman policier et j’ai continué à écrire au stylo des bandes dessinées dont les héros étaient soit des agents de la CIA soit des détectives privés. C’est lorsque je fréquentais le cycle Secondaire, au lycée Van Vollen Hoven devenu lycée Lamine Guèye de Dakar, que j’ai vraiment découvert les Belles Lettres, alors je me suis mis à rimailler, à construire des récits et à structurer des spectacles dramatiques.

Qu’a pensé votre famille de votre désir de devenir écrivain ?
Ma famille, c’étaient d’abord mes deux parents, mes sœurs et frères cadets dont les uns étaient analphabètes en français et les autres trop jeunes et peu instruits pour comprendre les enjeux de la littérature. Lorsqu’ils me voyaient scotché à ma chaise pendant des heures, penché sur ma table de travail, en train de lire, d’écrire et de raturer, ils me plaignaient. Certains qui avaient même peur pour ma santé mentale, me conseillaient d’aller prendre l’air plutôt que de rester seul, entouré de livres. Aujourd’hui, ma famille, ce sont aussi mes enfants parmi lesquels je compte une prof de français qui a des aptitudes critiques à cultiver, une prof de philo et le benjamin qui veut devenir écrivain. C’est dire que ma famille est fière non pas de mon désir, mais de ma posture qui est celle d’un porteur de paroles essentielles, de paroles nourricières. Ce sentiment s’est approfondi et considérablement élargi lorsque j’ai commencé à écrire en wolof, ma langue maternelle et que ceux des miens qui pensaient que j’étais un toubab noir ont compris que je maîtrisais à merveille la langue que j’ai tétée et que je suis resté fidèle à ma culture.

Quelle a été l’inspiration de votre premier roman ? De quoi ou de qui vous inspirez-vous ?
Le sujet de mon premier roman m’a été inspiré par mon vécu de jeune enseignant dans un collège de jeunes filles. En effet, j’ai été affecté comme professeur de français au CEMT/Filles1 devenu Collège Martin Luther King alors que je bouclais à peine 23 ans. Dans La collégienne, œuvre publiée par les Nouvelles Éditions Africaines du Sénégal, je pose le problème global du système éducatif dans mon pays, même si le lecteur superficiel n’en retient que le thème des relations entre professeurs et élèves de sexes opposés. J’ai décrit le CEMT/Filles de l’époque, c’est-à-dire des années 1973 à 1986, j’ai décrit les quartiers de Fass Paillote et Colobane. Les personnages principaux, parmi lesquels Mar NDIAYE, Oulimata THIAM, Madame DRAMÉ, Mère Soukaïna, Oncle Ndemba, me sont inspirés par des personnes que j’ai côtoyées. J’ai écrit sans trop m’éloigner de la réalité vécue pour ne pas rater mon coup d’essai romanesque, car avant La collégienne, j’étais surtout connu comme un dramaturge que le Concours théâtral interafricain organisé par Radio France Internationale avait révélé, en 1981, grâce à une pièce de théâtre primée, aujourd’hui, inscrite au programme de l’enseignement du français : Adja, militante du G.R.A.S.

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ? En étiez-vous satisfait ?
Je ne sais pas combien de temps j’ai mis, car l’écriture ne commence pas le jour où on prend sa plume et se met à sa table de travail pour écrire. Dès que l’idée d’une œuvre germe dans son ersprit, l’écrivain est en train de la structurer, de la nourrir de ses expériences et de tout ce qui l’entoure, de l’inscrire mentalement dans son tableau de bord intérieur. L’écriture proprement dite ou la mise sur papier ou sur ordinateur est la phase finale d’un processus identique à celui de la mise au monde d’un enfant, mais temporairement indéterminable. Tout comme la femme qui accouche, l’écrivain qui parvient au point final d’une œuvre est forcément soulagé parce que délivré. Satisfait ? En ce qui me concerne, je réserve toujours ma satisfaction en attendant le verdict des lecteurs avisés.

Comment ce roman a-t-il été accueilli dans le monde littéraire ?
Très bien accueilli. Il est inscrit au programme officiel d’enseignement du français. Il a été adapté à la télévision sous le même titre et je suis régulièrement invité dans les lycées et collèges pour en parler.

Depuis, vous en avez écrit plusieurs, comment vous sentez-vous à chaque publication ?
Après La collégienne (1990), trois autres œuvres sont publiées : Entre Dieu et Satan (NEAS, 2003), Betty Allen ou la liberté en question (NEAS, 2007) et Casseurs de solitude (Harmattan-Sénégal, 2012). J’ai publié quatre recueils de poèmes et de nombreuses pièces de théâtre, surtout des essais sous le titre LIS TES RATURES 1. (NEAS, 2012). Comme dit tantôt, à chaque nouvelle publication, j’ai essayé de m’améliorer en renouvelant mon écriture et la structure de l’œuvre.

Quels sont vos projets ?
J’ai écrit un conte Édalie, publié par Fama Éditions, à Thiès, en 2017.J’envisage d’en écrire un autre. Je suis en train de parachever un scénario en français-wolof (La colline et la tombe / Baat biy daan mbër) qui adapte un texte contenu dans mon ouvrage en wolof Yóbbalu ndaw (Viatique pour la jeunesse). Je vais davantage écrire dans ma langue maternelle, mais en privilégiant le bilinguisme.

Pensez-vous que la passion d’écrire peut se transmettre ? Si oui, par quel biais ?
Les passions se transmettent difficilement. Et puis il ne suffit pas d’aimer l’écriture pour parvenir à écrire comme il faut. Et si l’inspiration est incontournable en littérature, elle ne suffit pas. Le bon écrivain transpire aussi abondamment, Boileau l’avait déjà prédit. Il faut écrire, relire, raturer, réécrire et faire lire avant de faire publier. D’ailleurs il faut commencer par beaucoup lire les meilleurs écrivains. Car comme le dit l’adage wolof : Loo nekkul taalibéem doo nekk sëriñam (avant de maîtriser une chose, il faut l’apprendre d’abord)

Quels conseils pouvez-vous donner à des jeunes auteurs ?
Comme je viens de le dire : lire, beaucoup lire, maîtriser la langue d’expression et connaître l’esthétique des genres littéraires.

Quels conseils me donnerez-vous pour mon blog dont voici le lien https://litteratureetecrivainsdailleurs.blog/?
Je vous encourage. Continuez à faire découvrir les auteurs du Sénégal et des Antilles.

Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Merci, Amélie et bonne chance.

Réponses faites le 14 juin 2018.

1- CEMT Collège d’Enseignement Moyen Technique.

Ananda Devi – le poids de la conscience Mauricienne – 1957

AVT_Ananda-Devi-Nirsimloo_7450Ananda Devi Nirsimboo est née le 23 mars 1957 à l’île Maurice (Trois Boutiques). Elle a des racines indiennes. Elle est passionnée de poésie et a écrit sa première nouvelle à 15 ans (pour un concours qu’elle a gagné). Elle est Docteur en Anthropologie Sociale et traductrice. Ce qui se ressent dans son approche de la société, dans son art de décortiquer l’âme de chacun de ses personnages. De plus, du fait qu’elle soit polyglotte, elle illumine ses écrits de mots Hindi ou Créole qui reflètent sa pluri culturalité.

Au gré de sa plume, Ananda Devi met à vif le côté obscur de son île et de sa population.devi Elle crache à la face du monde les maux les plus secrets d’une société qu’elle connaît si bien. Planter un couteau dans une plaie sociétale à vif et arracher ses sombres entrailles est un art  dans lequel elle excelle. Toujours montrer plus pour interroger, réveiller la conscience sociale, la pousser à réfléchir, à voir dans ses écrits le reflet de leurs actes et pensées. Pour montrer que tout Humain, peu importe sa condition ou son apparence, a un rôle à jouer au sein de la société à laquelle il appartient. Ses écrits ont marqué le monde littéraire. Ce qui lui a permis de recevoir en 2006, le prix des cinq continents de la Francophonie, en 2010 le prix Louis-Guilloux. Elle a été ordonnée chevalier des Arts et des Lettres en 2010.

 

Bibliographie

  • 1977 Solstices
  • 1987 Le poids des êtres
  • 1988 Rue de la poudrière
  • 1993 Le voile de Draupadi
  • 1993 La fin des pierres et des âges
  • 1997 L’arbre-fouet
  • 2000 Moi l’Interdite
  • 2001 Les chemins du long désir
  • 2001 Pagli
  • 2002 Soupir
  • 2003 Le long désir
  • 2003 la vie de Joséphin le fou
  • 2006 Eve de ses décombres
  • 2007 Indian Tango
  • 2009 Le sari vert
  • 2011 Quand la nuit consent à me parler – Poésie
  • 2011 Les hommes qui me parlent
  • 2013 Les jours vivants
  • 2015 L’ambassadeur triste
  • 2017 Ceux du large – Poésie
  • 2018 Manger l’Autre

 

Coucou à tous les abonnés et followers

Comme vous avez dû vous rendre compte, les articles sont comme les jours. Ils se suivent et ne se ressemblent pas. Je parle de la forme, de la présentation.

drops-of-water-578897__340En effet, j’ai décidé de faire évoluer la présentation afin de vous proposer le maximum d’écrivains. Rassurez-vous, je continue à miser sur la qualité. Donc, je vous présenterai des auteurs de différents pays, leur style  d’écriture, leurs différents engagements littéraires et leur bibliographie. Ce qui vous permettra de faire plus facilement le choix dans les romans que vous découvrirez et de passer de bons moments de lecture. Une fois par mois, je vous proposerai une oeuvre. Si vous avez des écrivains Africains ou Antillais à proposer. N’hésitez pas .

europe-2262154__340Je vous remercie de vous intéresser à mon blog qui sans vous n’est rien. Sachez que vos remarques seront toujours prises en compte. Ceux qui ont pris contact avec moi pour me faire part de leurs idées savent que leurs conseils sont pris en compte. Je les en remercie car ensemble nous faisons évoluer ce blog. Je vous remercie encore et n’hésitez pas.

Aminata Sow Fall – Ses oeuvres

J’ai envie de vous parler de certains romans de cette grande Dame de la littérature Sénégalaise. Aminata Sow Fall est une écrivaine que je suis depuis des décennies. Ses écrits ont été au cœur de mes devoirs, de mes discussions de collégienne, puis de lycéenne et enfin, de lectrice. Elle a toujours mis en lumière  les maux sociétaux qui réveillent les consciences humaines, interrogent cette part de soi que l’on ne souhaite pas questionner forcément. Les sujets de ses écrits sont criants d’actualité.

la-greve-des-battuDans La grève des Bàttu, elle interroge l’un des travers de l’Humain, pas seulement au Sénégal: le regard que la société dite nantie pose sur ses pauvres, ceux que la vie n’arrête pas de malmener. Partout dans le monde, la pauvreté est devenue politiquement incorrecte et doit être cachée aux yeux des bien pensants. L’éradiquer serait le bon mot. Alors, imaginez que ces mendiants, ceux qui remplissent les cours de miracles se révoltent. En effet, du jour au lendemain, ils refusent la charité que leur font les gens car ils manifestent contre la décision du gouvernement: les tenir éloignés des grandes villes, être relégués comme des ordures dans des endroits très éloignés. Dans un pays où il est de coutume de faire la charité à la sortie de la mosquée, pour réussir un examen, pour éloigner un cauchemar, etc. cette révolte va chambouler la société et démontrer la place que détient cette population invisible.

Dans Douceurs du bercail, le thème de l’émigration est vécu de l’intérieur. Aminata SowSowfalldouceur Fall interroge la place de tout migrant dans un pays qui ne reconnaît pas ou veut ignorer ses droits les plus élémentaires. On se retrouve face à l’accueil des migrants dans un pays occidental. Cet accueil caché, ignoré des communs des mortels. Qui fait ressortir la part sombre de l’humain du moment qu’il légitime ses actes par une pseudo-loi. Actuellement, le Monde occidental s’interroge beaucoup par rapport à ce sujet. L’accueil de ces personnes aussi. Ces derniers subissent souvent un accueil qui annihile toute dignité humaine et relaie l’Humain au statut même pas dévolu à un animal. Aminata Sow Fall pense qu’une solution existe pour ces personnes en errance. Et si cette solution se trouvait simplement dans ce pays que ces hommes cherchaient à fuir?

revenantLe revenant  égratigne la société  sénégalaise dans un de ses travers les plus criants: le paraître, grimper l’échelon social à coups de billets de banque. Des travers qui prennent la place de traditions: les dépenses astronomiques lors de cérémonies tels que les baptêmes, mariages, enterrements… qui poussent à l’endettement. Bakar, le héros, met en place un moyen de payer ses dettes en volant l’argent de son propre enterrement. A travers le suicide moral du héros, c’est un suicide sociétal que dépeint l’écrivaine avec ce style simple, clair et net qu’on lui connaît si bien.

L’appel des arènes relate un fait chronique dans les sociétés africaines. Aminata Sowarènes Fall y décortique le comportement de ceux qui, après des études à l’étranger reviennent au pays pour couper les liens avec leur entourage. Ils se sentent en effet « supérieurs » aux autres et s’enferment dans un monde. Leur monde. Celui qui se libère du carcan des traditions. Celui qui renvoie l’Humain à une rupture avec la famille agrandie. Comment remédier à cette césure?  Cette rupture qui agrandit le fossé qui sépare cette nouvelle classe imbue de ses connaissances. Est-ce trop tard pour y remédier? Est-ce possible pour la nouvelle génération issue

La plume de Aminata Sow Fall est criante de vérité. Les mots sont simples. Pleins d’humours et dépeignent la société avec un grand réalisme et beaucoup d’humour. Quelle que soit l’époque de parution de ses romans, les sujets restent brûlants d’actualité. Tout est dépeint avec une plume légère, mais ne laisse pas les consciences indifférentes